Descartes. Principes de la Philosophie, 1, S
plupart des gens ne voient plus qu'ils voient. Le Cogito les réveille de la vision pour les rendre à eux-mêmes. En affaiblissant dans le Cogito cartésien tout ce que « la conscience, le subjectivité et le libre-arbitre » y apportent de vécu, Spinoza conférera à l’intelligibilité le primat que Descartes accorde à l'intelligence, et tout en refusant d’entendre l’idée comme l’universel, laissera à Pobjet la primauté sur le sujet. Le soin d’unir le Cogito au doute empêche que la vérité du Cogito ne se définisse indépendamment du besoin de l'esprit. Si Descartes rappelle si souvent et notamment dès le début des Principes’ que l'analyse obscurcit souvent ce qu’elle veut expliquer, c’est qu'il a le sentiment qu'aucune vérité ne vaut que par le concours des exigences qu'elle satisfait en nous. La vérité ne se définit, ni par le fait, ni par la démonstration, ni par l’intuitif, ni par le discursif ; mais par une impossibilité de ne pas poser, qui s'impose à nous-même parce qu’elle sort de nous-même. La véracité divine n’est que la projection en Dieu d’une foi que nous découvrons en nous. Dieu nous tromperait si nous pouvions nous tromper. Il suffit donc que nous écartions toutes les affirmations qui seraient reçues par nous sans avoir été éprouvées par nous. Le Cogito ne serait qu'un mot si nous le répétions sur une autorité, mais il est vrai parce qu’il sort du doute. L'acte qui le pose est plus qu’une continuité de notion à notion, c’est une continuité d'esprit à vérité. Le vide, que la vérité comble, n’est pas dans une notion, mais en nous-même.
C’est pourquoi l'objection faite par Hamelin, s’inspirant expressément, quand il la présente, de l’analytisme leibnizien *, que Descartes aurait dû s'interroger plus précisément sur le danger de mêler de fausses notions à des notions vraies, n’aurait sans doute pas inquiété sa pensée. Qui a raison d’Hamelin ou de Descartes ? Aucune certitude peut-elle être autre chose qu’une confluence de facteurs