POLITIQUE PROVINCIALE
Colonisation, forêts, forces hydrauliques, mines
Dans le sphère de l'administration provinciale, le Devoir a poursuivi la campagne que nous avions entamée deux ans avant sa fondation.
Nous n'avons cesse de préconiser l'adoption de mesures pratiques et efficaces pour activer la colonisation des terres en forêts et en friche et la production plus intense et plus variée des terres en culture. Nous nous sommes efforcés de démontrer l'intérêt vital que les hommes de la finance et du négoce et les habitants des villes ont à faire développer le domaine rural et améliorer les conditions des classes agricoles fet productives.
Plusieurs de ceux qui n'ont accordé à nos démonstrations qu'une attention fort distraite constatent aujourd'hui que leur mise en pratique aurait contribué à résoudre dans une large mesure la solution des maux économiques dont le pays souffre aujourd'hui: encombrement des villes, chômage général, cherté de la vie.
Nous avons suggéré le seul moyen possible de concilier les exigences de la colonisation avec la nécessité de conserver les forêts et les forces hydrauliques, afin d'en faire la source principale des industries de la province. La colonisation de la province de Québec ne sera active et l'exploitation de ses forêts profitable et assurée de se perpétuer que le jour où l'on aura définitivement décidé de séparer le domaine forestier des terres ouvertes à la colonisation. Ce serait aussi la seule manière d'assurer la permanence et la continuité des forces hydrauliques dont la valeur indus trielle ne cessera d'augmenter avec les années.
Sur ce point, comme sur tant d'autres, on a commencé par jeter le ridicule sur nos idées: puis ceux-là même qui les avaient traitées d'impraticables et de "moyenâgeuses" — le mot est du premier ministre de la province de Québec — ont fini par les adopter en tout ou en partie.
La loi des Mines a été entièrement refaite et presque toute dans le sens des réformes que nous avions suggérées.
Le rôle de la province de Québec
Dans un ordre plus général et plus élevé, nous nous sommes efforcés de faire renaître dans l'esprit de nos hommes publics et de notre peuple tout entier, la notion véritable du rôle primordial de la province de Québec dans la Confédération et de ses devoirs envers les minorités des autres provinces. Ce rôle, c'est celui de gardienne des traditions et de l'idéal de la race française. La province de Québec ne peut le remplir efficacement qu'en offrant à chacun des groupes français d'Amérique, et particulièrement à ceux des provinces anglaises du Canada, l'appui de ses forces, de ses institutions déjà anciennes et des résultats bienfaisants des organismes sociaux qu'elle tient des fondateurs de la Nouvelle France.
Ge rêve avait élé celui de Mercier. Les embûches du pouvoir et de la politique empêchèrent cet homme d'Etat, dont le patriotisme ardent doit faire oublier les faiblesses et les fautes, de le réaliser. Ses successeurs de tous les partis ne s'étaient préoccupés que de rétablir l'équilibre financier de la province. Soucieux de leur réputation de bons administrateurs, ils étaient en train de réduire tout l'idéal de la race, dans la sphère d'action que lui trace le régime fédératif, à une question de piastres et de sous et de législation particulière.
Un autre esprit plus noble et plus large commence à renaître. Le Devoir n'a-t-il pas le droit de revendiquer l'honneur d'avoir contribué à cette rénovation?
L'autonomie de Montréal
Dans le domaine plus restreint encore des intérêts de la ville de Montréal, nous avons été constamment fidèles aux principes de l'autonomie municipale. Nous avons demandé et nous demandons encore que les responsabilités de l'administration de la ville reposent sur la tête de ses seuls administrateurs. Nous avons dénoncé et nous dénonçons encore ces pèlerinages annuels qui permettent aux faiseurs de l'Hôtel-de- Ville de rejeter le poids de leur incurie ou de leur corruption sur le dos des farceurs de la Législature, qui échappent à la surveillance des électeurs municipaux.
J'ai rappelé que le Devoir avait pris naissance au milieu de la campagne municipale qui aboutit au balayage de février 1910.
Nous avons marqué dès lors la nécessité de poursuivre l'enquête sur l'administration municipale, de nettoyer à fond tous les coins infects de l'Hôtel-de-Ville et d'imposer aux plus coupables des châtiments exemplaires. Si l'on eût suivi nos avis, le mouvement de la réforme aurait peut-être eu une durée moins éphémère et plus productive de résultats sérieux et permanents. Je rappelle en passant la lutte que nous avons faite pour défendre les intérêts de la ville et des contribuables contre la domination envahissante de la compagnie des Tramways et des autres services dits "d'utilité publique", qui mériteraient trop souvent de s'appeler services "d'exploitation publique".
Ces luttes, nous les avons faites sans aucun souci de servir des intérêts rivaux. Certains des journaux qui font aujourd'hui feu et flamme contre le Tramway étaient à son service il y a quatre ans.
Le Devoir reste ce qu'il était: soumis à sa seule conscience et décidé à toujours promouvoir l'intérêt public de préférence à tous les intérêts particuliers