‹ Le "Devoir"; son origine, son passé, son avenirChapitre 6 sur 8 · RÉSULTATS OBTENUS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS OBTENUS

Un esprit nouveau

Notre oeuvre, nos efforts, nos travaux ont-ils obtenu des résultats?

La réponse décisive à cette deuxième question, je la laisse, comme la première, à toute conscience honnête, à toute parole libre.

Me sera-t-il permis d'indiquer ceux de ci s résultats qui me semblent 1rs plus apparents? Ne trouve t-on pas chez les lecteurs du Devoir, chez les jeunes surtout, une plus grande indépendance d'opinions, unv fermeté de caractère plus marquée, une plus

grande maturité d'esprit qui se manifeste par un jugement plus sûr, des aperçus plus nets et plus justes, une puissance de réflexion et de travail plus étendue et plus constante? Et cette mentalité ne commence-t-elle pas à se répandre autour des milieux où pénètrent le Devoir et ses idées?

Ne trouve-t-on pas un peu partout une plus juste notion delà véritable actualité, une curiosité plus intense des idées et des faits propres à nourrir l'intelligence, à faire battre les coeurs, au lieu de cette appétence morbide pour les récits répugnants des crimes les plus immondes ou la fade description des incidents les plus banals, qui ont fait le succès et la fortune des gros journaux?

Et surtout n'y a-t-il pas chez nous un peu plus de fierté nationale, de virilité, de courage moral et d'esprit public? A l'un des Soupers du Devoir, l'an dernier, un homme d'affaires honnête et intelligent, attaché par tradition au parti libéral et n'en faisant pas mystère, nous disait avec une rondeur et une spontanéité charmantes: "En dehors du cercle des nationalistes et des amis reconnus du Devoir, il y a une foule d'hommes intelligents qui lisent le Devoir, qui le goûtent, qui en absorbent peu à peu les idées et les principes, sans toutefois partager toutes ses opinions ni ratifier tous ses jugements." Et au nom de ceux-là, que l'on me permettra d'appeler les catéchumènes de notre credo, il nous demandait de maintenir notre oeuvre.

Ce témoignage désintéressé en dit long. Il nous apporte la preuve que notre oeuvre est venue en son temps et que nos efforts n'ont pas été stériles.

Même en dehors de sa sphère d'action immédiate, l'influence du Devoir se fait sentir et les résultats de son travail se manifestent. Depuis que le Devoir existe, depuis qu'il parle, depuis qu'il agit sur les consciences et sur les volontés, il y a des choses qui se disaient, qui ne devaient pas se dire, et qui ne se disent plus; il y a des choses qui ne se disaient pas, qui devaient se dire, et qui se disent.

On n'entendrait plus aujourd'hui un ministre canadien-français affirmer, en plein parlement, que les droits de la langue et de la civilisation françaises doivent être à la merci de la force brutale d'une majorité. Aucun auditoire canadien-français n'applaudirait ces paroles de déchéance jadis prononcées par un député canadienfrançais : "L'égalité des droits des catholiques et des protestants, des Canadiens-français et des Anglo-Canadiens, est une utopie et un anachronisme".

Ainsi que le disait si bien Armand Lavergne: depuis que le Devoir existe, "il y a quelque chose de changé dans la province de Québec" et dans l'esprit des Canadiens-français; et ce changement est propre a fortifier les espérances et la fierté de la race.

Page 1