CHAPITRE VIÏI
Dévouement du clergé dans les diocèses d'Aii , de Rennes, de Bourges . de Besançon et de Marseillp. — Prières et processions ordonnées par l'autorité ecclésiastique.
Comme on le voit , nous groupons encore dans ce chapitre plusieurs diocèses : presque toute la France sera ainsi représentée dans ces pieuses annales de la charité et du dévouement chrétien , pendant cette période de temps où notre patrie fut si cruellement éprouvée.
Dans le diocèse d Ai\ , lautoiilé ecclésiastique ordonna des prières : la population d\\i\ répondit avec élan à cet appel et alla en foule solliciter la miséricorde divine.... Sans avoir de faits particuliers à citer, nous de\ons dire que le clergé ût son devoir. Les religieuses ne pouvaient non plus y manquer. Parmi les victimes à l'hôpital d'Aix , deux sœurs hospitalières ont été atteintes : Tune, sœur Sainte- Philomène, a succombé et a vu sa mission de piété et de dévouement couronnée par le martyre.
Au diocèse de Rennes , les populations rivalisèrent
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aussi (le zèle pour implurei' la miséricorde de Dieu ; et , de son cùlé , le clergé dut montrer la foi agissant en lui.
tu edet , un journal de Kennes écrivait , à la Cn de juin • : M On nous signale, depuis plusieurs jours, le zèle admirable d'un jeune prùtre, M. TabbéVerdy, vicaire ù Saint -Hellier, qui épuise ses forces dans Tadministjatiun des secours qu'il donne aux cholériques. On sait que le faubourg Sainl-Helliera été particulièrement an'eclé par Tépidémie. Or M. Verdy n'a pas cessé, depuis rin\asion du choléra, de pi-odiguer les soins les plus actifs et les plus dévoués aux malheureuses victimes de sa paroisse , jusque-là qu'il est tombé luimême malade de fatigue et d'épuisement. »
Le cardinal-archevêque de Bouiges adressa à ses diocésains un Mandement pour ordonner des prières publiques afin de demander à la Bonté divine la cessation du fléau.
De toutes les paroisses de ce diocèse , la petite ville de Nérondes fut la plus éprouvée. Dès que l'épidémie s'y manifesta avec intensité , toute la ville tomba dans la stupeur. Les autorités civiles s'enfuirent , et avec elles les habitants jouissant de quelque aisance. Le pharmacien, les boulangers , les bouchers, tous quittèrent Nérondes, et il n'y demeura plus que cinq cents personnes , trop pauvres pour chercher un asile ailleurs.
Pourtant , il faut que quelqu'un reste au milieu de ces malheureux pour les secourir, car le choléra les décime avec une fureur extrême ! Ce sera le curé qui se dévouera à cette mission, et celle fois encore l'Evangile triomphera de l'égoïsme du cœur humain.
Mais ces pauvres délaissés étaient remplis de préjugés ; ils se défiaient du clergé , et le pasteiw eut d'abord à supporter bien des épreuves et fut quelquefois rebuté. Heureusement que les esprits les plus prévenus et les plus égarés ne résistent pas longtemps à l'action du
' Le Conciliateur de Rennes.
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christianisme et aux exemples de la charité ! C'est ce qui arriva pour les habitants abandonnés de Nérondes. lis reconnurent qu'un prêtre qui se dè^ ouait ainsi et qui restait au milieu d'eux quand tant d'autres fuyaient, ne pouvait être un (•)npoiso7motir. et qu'il devait être mu de sa conduite par un piincipe supérieur à toute considération humaine. Aussi acceptèrent-ils ses soins avec reconnaissance , tant le dévouement touche les cœurs les plus endurcis et les ramène vite à la vérité et à la justice !
Cependant le digne pasteur, épuisé de fatigues , ne pouvant à lui seul suffire à tant de soins, et craignant que ses paroissiens ne restassent tout à fait abandonnés s'il venait lui-même à succomber, demanda des secours à Bourges. On lui envoya plusieurs frères des Ecoles chrétiennes pour l'aider à soigner les malades. Ceux-ci ne furent d'abord pas mieux accueillis que le curé ne l'avait été lui-même. Dès qu'ils parurent dans Nérondes, une rumeur se répandit qu'il fallait se défler d'eux , et il paraît qu'ils furent chassés brutalement ; action blâmable assurément , mais qui ne peut être que la conséquence de cette ignorance dans laquelle ceux-là même qui se récrient le plus contre les excès des populations , les ont laissées croupir en ajoutant souTent à cette négligence coupable les plus funestes exemples !
C'est sans doute ce que comprit M. le curé de Nérondes, car il ne perdit pas courage. N'ayant pas réussi dans sa première tentative , il en fit une seconde . et s'étant souvenu qu'un religieux de la compagnie de Jésus était parvenu , quelques années auparavant , à se faire écouter par la population avec assez de faveur, il lui écrivit pour lui demander son concours. Le révérend Père ne perdit pas un moment ; il arriva accompagné d'un jeune chrétien de Bourges , membre de la société de Saint-Yincent-de-Paul. L'espérance du digne curé ne fut pas déçue cette fois , et ces deux soldats de la cha-
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rite purent accomplir, avec le curé, leur mission sainte. A cinq kilomètres de Nérondes , dans la paroisse d'Ignol , le choléra étant venu |>orler ses ravages , trouva également pour le couibaltre, avec les armes de lâchante, les mêmes personnes. Aussi sommes-nous convaincu que les actes de dévouement de ces généreux disciples du Sauveur ont fait plus auprès des populations que tous les discours ({u'on pourrait imaginer pour ramener les esprits ignorants ou égarés. C'est également par des actes semblables que les sœurs de la Charité , soit à Nérondes, soit à Ignul , ont répondu aux préventions. Par là, elles ont attiié les cœurs et les ont amenés à de meilleurs sentiments. N'est-ce donc pas à cause du bien que Jésus-Christ faisait, que la multitude le suivait et qu'elle l'environnait partout où ce divin Sauveur se présentait '?...
N'oublions pas le diocèse de Besan(,on , dont on nous rapporte aussi d'édifiantes choses.
Ce diocèse fut assez longtemps préservé du fléau , car on ne l'y vit guère appaïaître que vers les derniers jours du mois de novembre. C'est surtout dans la petite ville de Gray qu'il éclata à cette époque , comme pour mieux déjouer les calculs de la médecine et montrer que ni les grandes chaleurs ni le froid n'étaient une cause déterminante de son intensité plus ou moins grande. Aussitôt qu'il eut paru à Gray , Mgr rarchevèque de Besançon mit , par un vœu , son diocèse sous la protection de la sainte Vierge et des SS. Feriéol et Ferjeux. Mais le prélat fit plus encore. L'épidémie, après avoir d'abord présenté un caractère peu alarmant depuis son apparition , semblait être à sa tin , lorsque , au commencement de décembre, elle reprit avec force et fil des victimes en si grand nombie que la plupart des habitants quittèrent la ^ille pour se réfugier dans les environs. Alors Mgr l'archevêque partit en toute hâte 1 .Marc, ni; 8. — Luc. vi. 17. — Jean, vi^ 2.
PENDANT LE CHOLÉRA 8d
pour aller lassurer, par sa présence , par ses consolations et par ses prières , cette population affligée. A Gray , comme partout ailleurs, le fléau a frappé dans tous les rangs et a fait éclater de beaux dévouements parmi les laïques.
Nous ne voyons pas que d'autres contrées de ce diocèse aient été ravagées. Besançon fut épargné. Aussi les fidèles, et Mgr Tarchevêque moins que tout autre , n'ont-ils pas oublié la grâce qui leur fut accordée dans ces douloureuses circonstances. Dans la visite que le prélat fit à Gray, il avait renouvelé le vœu dont nous venons de parler ; et , en exécution de ce vœu , il fit faire une châsse pour y déposer une portion considérable des reliques des SS. Ferréol et Ferjeux. Cette châsse est eu vermeil , d'une forme pyramidale et d'un très-bon govit ; et , au moment où nous écrivons , elle vient d'être portée solennellement à une procession commémorative de la délivrance de Besançon.
Cette procession a eu lieu dans cette ville le 21 juin. Pendant tout le temps , la châsse fut exposée à la vénération des fidèles, et Mgr l'archevêque, entouré de son chapitre , la suivit jusqu'à Saint-Ferjeux , où elle fut déposée sur un autel, durant le saint sacrifice. Les fidèles , plus nombreux que jamais , n'ont pu tous obtenir une place dans l'église. Le premier pasteur a édifié et ému l'assistance, en rappelant dans son discours l'objet de son vœu et les tristes circonstances qui s'y rattachent. «Le préiat, ajoute le journal auquel nous empruntons ces détails ' , a fait don au chapitre métropofitain des reliques des deux apôtres de Besançon et de la châsse qui les renferme. »
Mais arrivons au dernier diocèse que nous avons inscrit au commencement , et qui doit le plus nous fournir, poui- ce chapitre, de traits édifiants et de -preuves frappantes de l'ascendant que la Foi exerce sur les âmeâ ' Voix de la Vérité . r.° du 29 juin «SaO.
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fidèles à leur vocation. Nous \uulons pai'ler du diocèse de Marseille.
Marseille '. ce nom rappelle l'un des plus glorieux apôtres de la charité , Tillustre de Belzunce , et le zèle admirable que déployèrent , lors de la cruelle peste de 4720 , les Jésuites et les Capucins, dans cette ville si cruellement ravagée '. Or nous allons voir, à plus d'un
* Nos lecteurs aimeront trouver en cet endroit et rapprocher des faits que nous allons rapporter, tovcliant le choléra k Marseille , une lettre que de Belzunce écrivait le 22 octobre 1720 , à l'évêque de Toulon , et que Feller a recueillie dans son Cours de morale chrétienne et de littérature religieuse. 5 vol. in-8» 1824 , tome iv. page 84 et suiv. — Cette lettre , écrite au flagrant de la peste , peint rtiieux le héros de la charité pastorale que tout ce que rhistoire nous en apprend ; elle contient d'ailleurs des détails qu'il nous importe trop de mettre en présence des faits niodernes. Voici donc comment s'e-xprime de Belzunce :
« Ce n'est pas pour moi, Monseigneur, une médiocre consolation dans toutes les horreurs qui m'environnent, de voir que vous avez la chanté de prendre part à mes peines. Je vous en fais mon sincère remerciment. Je suis encore, par la grâce de Dieu, debout au milieu dts morts et des mourants. Tout a été abattu à mes côtés, et de tous les ministres du Seigneur qiîi m'ont accompagné , il ne me reste plus que mon seul aumûaier. L'abbé Bougerel a été eukvé en quatre jours. De ma maison devenue un hôpital de pestiférés, il en est sorti onze morts, et j'y ai encore cinq malades, mais hors de dauL^er. Le P. de la Fare , malgré son grand âge , est échappé, afin qu'au moins un Père de Sainte- Croix * put survivre aux. autres. Monsieur Gnérin a eu le même bonheur. Dieu vous délivre, Monseigneur, de semblable tléau ! 11 a trois mois que la peste est à Marseille, et cela ne finit pas. Hélas! que n'ai-je pas vu, et que n'ai-je pas eu à souffrir pendant ce temps-là! J'ai vu et senti pendant huit jours deux cents morts pourrissants autour de ma maison et sous mes fenêtres, j'ai été obligé rie marcher dans les rues , toutes sans exception bordées des deux cô'és de cadavres à demi pourris et rongés par les chiens, et le milieu plein de bardes de pestiférés et d'ordures à ne savoir où mettre le pied. Une éponge trempée dans le vi-
■ ÀiiUoo prcfesK" des Jésaitta.
PENDANT LE f.HOI-ÊRA 8Î
siècle de distance , se reproduire les mêmes actes de sainte abnégation et de sacritice , tant la charité chrétienne est toujours féconde , tant la religion qui Tins-
naigre sous le nez, ma soutane retroussée sous le bras et bien haut , il me fallait traverser ces cadavres infects , pour démêler parmi eux . confesser ou consoler des moribonds jetés hors de leurs maisons et placés parmi les morts sur des matelas. Les monceaux de chiens et de chats tué? et pourrissants augmentaient fhorreur du spectacle et l'insupportable puanteur. Ah ! Monseigneur, que (le moracnl> d'anieitiime et de désolation n'a-t-oa pas à souffrir et qu'il est fâcheux de se trouver dans une situation pareille! Aujourd'hui, quoique le mal soit grand encore, nous respirons , il y a de la diminution , et il commence enfin à y avoir de l'ordre, depuis que Mgr de Lanjeron commande; je vais partout sans trouver des morts dans les rues , et depuis plusieurs jours je n'ai confessé aucun pestiféré. Il y a bien de la puanteur et des légions de pauvres, mais ce n'est rien en comparaison du passé. Je ne sais, Monseigneur, ce qu'on m'a fait faire à Noire- Dame de la Garde : mais je n'y ai f.ût autre chose que d'y aller dire la messe , en priant la sainte Vierge à chaque station , et confessant, en allant, et venant, do pauvres pestiférés que je trouvais sur le chemin. Je suis quasi sans confesseuis. Les personnes accusées de morale relâchée , sans obligation aucune , ont fait des prodiges de zèle et de charité et ont donné leur vie pour leurs frères. Tous les jésuites sont morts, à la réserve de trois ou quatre. Il en est venu de bien loin se livrer volontairement -à la mort. Nos riguoristes trouvent cette momie abominable. Trente-trois Capucins sont morts, il y a encore une douzaine de malades, et cela n'empêche pas qu'il ne m'en vienne souvent de nouveaux , dont le sort est envié par tous les autres qui demandent à venir. Il y a eu vingt Récollets et autant d'Observanlins morts au service des malades, plusieurs Carmes déi.haussés . .Minimes et quelques jjrands Carmes. Je ne parle pas de mes chars ecclésiastiques qui se sont sacriliés. Je me regarde comme un gàiéral quia perdu rélite de ses troupes et est absndouiié du reste... »
La fin de la lettre du pieux évêque eoutieul quelques détails sur la secte des appelants que nous croyons devoir passer sous silence , comme n'ayant pas Irait à notre sujet. Le passage que nous venons de citer sufùt , ce nous semble , pour montrer le véritable esprit de foi et de charité en action.
88 I.F. DKVOUEVKM ( A THOLIOlip.
pire est toujours digne de Pamour et de la reconnaissance des hommes'...
Le choléra ne parut pas d'abord faire de grands ravages , et la population de Marseille sembla ne pas trop s'alarmer de quelques cas isolés qui s'étaient raanileslés tout d'abord. Mais bientôt la maladie ayant pris plus dintensilé , une véritable terreur s'empara des esprits. On ne compta pas moins de quarante , cinquante et soixante décès cholériques par jour. Certaines paroisses furent frappées a\ ec plus de violence que les autres; mais toutes foiunirent leur contingent, et il sembla même que celles qui furent d'abord épargnées durent , plus taid , payer avec usure les quelques jours de calme qui leui- avaient été laissés. Alors , c'est-à-dire dans les premières semaines de septembre , la population émigra d'ime manière étonnante. Les départements voisins virent arriver chaque jour de nouveaux hôtes , les petites \illes qui environnent Marseille furent encombrées , et la banlieue i-egorgea de toutes parts d'habitants.
En piésence de cette émigration , le devou' du premier pasteur fut de rester à son poste , afin de remonter le moral des ouailles effrayées. C'est ce que comprit Mgr révoque de Marseille. 11 se disposait à franchir la frontière du Nord pour les affaiies de son église. Lorsqu'il apprit que le choléra sévissait dans sa ville épiscopale , il renonça à pouisuivre son voyage et il revint au milieu de son troupeau. Le premier soin de l'autorité ecclésiastique fut dinvjter les fidèles à avoir recours H la prière pour détourner les coups du fléau. La statue vénérée de Notre-Dame de la Garde * fut descendue
' Le pèlerinage à la statue de Sotrp-Dnme de la Garde à Marseille remonte au cominenceraent du xiii* siècle. Dans les occasions graves , surtout (ians les calamités publiques, toute la populaliou vient se presser autour de l'image de la glorieuse Yif rt'c Marie , rjue .Marseille prorlarae hautement s^i patronne . sa
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processionncUcment de son sanctuaire et transportée à la cathédrale , où elle demeura exposée à la dévotion des fidèles. Nous dirons plus loin comment s'accomplit celte touchante cérémonie.
Chaque jour, un prêtre de chaque paroisse vint célébjer la sainte messe à la cathédrale devant Timage vénérée, et beaucoup d'autres prêtres s'y rendirent également. Une neuvaine de prières fut célébrée ; on la termina dans le sanctuaire de la sainte Vierge , où la statue de Notre-Dame fut rcpoilée procossionnellement le jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. Dans ces jours de supplications générales, des cris despéiance se sont fait entendre de toutes parts, et des larmes ont coulé abondamment.
Au milieu des ravages de la mort , la conduite du clergé a été admirable ; il s'est montré à la liauieur de sa divine mission. La nuit comme le jour, on le vit sur pied , et personne ne Tappela en vain. On compterait facilement les victimes qui ont succombé sans a\oir eu le temps et le bonheur de s'être réconciliées avec Dieu et de recevoir les secours et les consolations de la religion. Les prêtres attachés aux paroisses de la ville se sont consacrés aux malades avec une telle ardeur, que plusieurs , succombant à leurs fatigues et se trouvant hors d'état de continuer leur œuvre de zèle, furent obligés de se mettre au lit. Ces dignes ecclésiastiques , après avoir rempli les devoirs de leur saint ministère , surent encore faire aux pauvres que le fléau décimait . l'offrande de leurs secours et de leurs soins ,
bonne .Vè/e .' Chaque année, cette douce imaiie est portée en grande pompe dans l'intéiieur de la cité et y attire de nouvelles béoédictions. en même temps que .Marie y recueille de nouveaux témoignages de ^éuération. — Voir, sur ce pèlerinage , l'intéressant ouvrage intitulé : Année de Marie ou Pèlerinages nvx ■sanctuaires de la Mère de Dieu, etc., i vol. in-12 , 1842, tome 1 , page 130-153.
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pour adoucir leurs douleurs et guérir leurs maux s'il était possible.
Mais il y eut une uiagnifique émulation entre le clergé et les religieux capucins pour secourir les choléi'iques. C'était à qui déploieiait le plus de zèle. On a vu , dans la lettre que nous a\ons citée . de Belzunce , ce que firent autrefois les capucins pour les pestiférés. Une insciipîion placée sur une des places de Marseille rappelle également que, lors de cette cruelle peste de 1720, ces religieux accomplirent des prodiges de charité et d'abnégation. Eh bien ! ceux de 1849 ne voulurent pas rester au-desious de leurs devanciers. De nos jours comme jadis, les RR. PP. et novices capucins ont fait l'admiration de cette ville.
On les Ait se nuiltiplier, s'oflrir aux autorités pour porter partout leur assistaiico et leurs consolations aux malheureux que l'épidémie frappait ; la nuit , le jour, à toute heure ils stationnèrent dans les bureaux de secours , et au premier signal ils volaient où la charité les appelaient. L'ambulance des cours du Chapili-e leur a surtout été assignée , et là ces apôtres populaires n'ont cessé d'y donner les preuves d'un zèle que l'Oiient apprécie depuis dos siècles; car de tout temps on a vn ces religieux au premier rang pour combattre un fléau plus terrible que le choléra : à Constantinople , ce sont eux qui ont le glorieux privilège de desservir l'hôpital des pestiférés '.
Ce que toute la presse locale a dit de l'admirable conduite des capucins - , nous devons le dire aussi des prêtres de la Mission de France, qui ont trouvé, dans
' Gaztlte du Mi<J> . ir du 26 septembre 1849.
' « Le ministre de l'intérieur, dit la Voix de la Vérité ( n" du \'^^ octobre 1849). vient d'écrire au supérieur du couvent des rapucin? de Marseille pour le remercier du dévouPiiieiit et du courage que ses religieux n'ont cessé de montrer depuis l'invasion du chulérâ dans cette vilie.
PENDAM LE CHOLÉRA 91?
leur zèle apostolique , les moyens de se multiplier et de suffire aux obligations si nombreuses que leur imposait la confiance des fidèles ; car ce ne turent pas seulement les malades qui recoururent du prêtre dans ces moments terribles. Du chevet des mourants , le clergé des paroisses et les religieux qui les assistaient devaient passer au confessionnal, et les longues heures du jour et paifois de la nuit qu'ils y consacrèrent, ne furent pas un des labeurs les moins pénibles de leur saint ministère '. Puisque nous parlons du dévouement des rehgieux et du clergé, nous devons dire, toujours d'après le journal que nous citons, que dans ce même diocèse, au Fiioul , M. l'abbé Tempier, vicaire-général , accompagné d'un père capucin , alla visiter les malades et s'assurer que rien ne leur manquait sous le rapport religieux comme sous le rapport physique.
Il serait injuste d'oublier, dans ce tribut de reconnaissance publique , les religieuses chargées du soin des malades, et spécialement les sœurs de Saint-Vincent do Paul. Elles partagèrent leur glorieuse mission avec les sœurs de Notre-Dame de Bon-Secours. Trois de celles ci quittèi'ent Montpellier, vers le milieu du mois de septembre , pour aller donner leurs soins aux cholériques. Au moment du départ , la supérieure , en leur tendant la main , leur l'ait ainsi ses adieux : « Mes sœurs , un acte de contrition , et à la volonté de Dieu! Si ma présence peut être nécessaire , écrivez-moi , et je me rendrai auprès de vous sur-le-champ. "
Quant aux sœurs de Saint- Vincent de Paul , voici ce qu'une feuille de province - nous rapporte de leur mission de zèle et de dévouement. Nous voulons conserver à ce récit tout le parfum de sa piété et de sa douce gratitude :
• Gazette du Midi , a» du 2'j septembre 1R49.
* Gazette de Provence, article reproduit par V Unit-ers, n* du 13 septembre 1849, édition semi-quotidieûue.
95 I.I. Dî^vOLEMENT CATHOLIQUE
« Nous ne saurions , dit ce journal , signaler avec assez d'empressement , à l'admiration et à la reconnaissance publiques, la conduite des sœurs de Saint- Vincent de Paul au milieu des circonstances où nous sommes. Si l'on ne savait tout ce que la foi religieuse et l'esprit évangélique peuvent inspirer de dévouement et d'abnégation , on ne pourrait comprendre le zèle que ces saintes femmes déploient pour courii- au secours des personnes atteintes par l'épidémie. Le matin , dès six heures, elles sortent de leur maison, portant dans une petite corbeille les quelques aliments nécessaires à l'entretien de leur journée; puis au premier appel, elles sont au chevet des malades , leur prodiguant tous les soins de la charité la plus ardente et d'une expérience acquise par tant de services. Ainsi , leur journée entière s'écoule en actes multipliés de dévouement , et souvent, brisées pai- tant de fatigues, elles refusent, même la nuit , à prendre un instant de repos. 11 faut le dire bien hautement : Si les anges du ciel se manifestaient sur la terre , pourraient-ils se montrer à l'humanité sous des apparences plus dignes de leur céleste essence? Marseille, nous n'en doutons pas, conservera un long souvenir de la conduite des sœurs de Saint- Vincent de Paul, et Tadmiiable mission qu'elles accomplissent à cette heure dans ses murs y vivra, dans la mémoire de tous , aussi longtemps que le nom de Belzunze et de tous les religieux martyrs de la charité. »
« Plus heureuses cependant à Marseille que dans le j-este de la Fi-ance , ajoute la Gazette du Midi que nous citions tout à l'heure , les religieuses de Saint-Vincent de Paul n'ont perdue qu'une seule des leurs. Nous nous applaudissons de pouvoir donner quelques détails sur cette victime résignée et exemplaire de la charité cathohque.
» La sœur Henriette , de la Grande-Miséricorde , à
pi;m»ant le f.iioi.ÉHA 95
peine âgée de vingt-qualre ans ' , rentrant un jour à la communauté , fatiguée et ressentant les premières atteintes du fléau , trouva une lettre pressante qui l'appelait auprès d'un malheureux choléiique du quartier Saint-Laurent , pour le disposer à recevoir les secours et les consolations de la religion. Elle ne tint aucun compte de ses soutTrances personnelles , et s'empressa d'accourir où l'appelaient la chaiité et le désir d'ouvrir le ciel au moribond qui lefusait de recevoir un prêtre. La digne religieuse sut accomplir sa mission avec succès; mais les progrès du mal fui'ent si rapides chez elle , qu'à peine rentrée à la Grande-Miséricoi'de , elle succomba à une violente attaque de choléra. On ne peut donner assez d'éloges et d'admiration à un acte de dévouement aussi sublime, par le sentiment d'abnégation qui l'a inspiré. La sœur Henriette appartenait à une famille des plus recommandables du Languedoc, et avait un frère consaoé comme clic à la religion. »
« D'autres liiseut trente-quatre ans.