‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 20 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DévoaeiTient des laïques et de la jeunesse dans les diocèse» de Blois , de Soissons, d'Arras et d'Amieng.

Le choléra, en envahissant les campagnes du diocèse de Blois, a fait éclater la charité de tous. Amis, médecins, parents, chacun a rivalisé d'efforts, comme prêtres et religieuses, pour soigner les mal ides, c'est à ce point qu'il semble que plus le mal augmentait, plus il s'étendait , plus aussi le dévouement s'élargissait et se propageait. A Sainl-Gervais, une pharmacie fut établie par Ids soins du mah'e et a été d'un grand soulagement.

Au diocèse de Soissons, à Saint-Quentin, M. Mignent , sous-préfet , et sa femme , ont donné des preuves de zèle et de dévouement remarquables. On rencontrait , dit une lettre particulière, à toute heure du jour et de la nuit, M"'* Mignent dans les lieux les plus affligés , visitant les pauvres malades et leur distribuant, avec les consolations de la charité , d'abondantes aumônes. Oigne émule de celte dame dévouée, M. Mignent l'accompagna le plus souvent dans ses visites prolongées.

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Ce magistrat n'a eessé, dit-on , de présider à la distribution des secours , et durant tout le temps que l'épidémie a exercé ses ravages dans la ville, il a déployé Tactivité la plus généreu-e et la plus ardente.

Cette même lettre fait aussi mention du dévouement de deux médecins ; nous en citerons donc le passage suivant : « Le docteur Krichten, médecin étrangei", résidant depuis peu dans la paroisse de Cugny, arrondissement de Saint- Quentin, a montré le plus grand dévouement. 11 a été six nuits sans prendre aucun repos; et malgré ses soins empressés, voyant que la maladie faisait toujours d'affreux ravages, et ayant appris qu'un médecin arrivé depuis quelques jours à Chaulues, village éloigné de Cugny, de sept à huit lieues, réussissait assez bien dans sa manière de traiter, il se décida à aller le consulter par une chaleur excessive. Mais à peine est-il revenu à Cugny, qu'il tombe lui-même dangereusement malade.

» 11 était arrivé de Chaulnes à onze heures du soir, et à deux heures du matin il était en proie à de cruelles soutfrances. Il n'y avait plus de médecin dans l'endroit; M. Parquin , curé de Cugny ( dont nous avons parlé au chapitre vi de la repartie, qui, appelé aussitôt par le malade , lui donne les premiers soins, et qui s'efforce de le rassurer, après avoir vu tous deux tomber et mourir une trentaine de persoimes.

» Je dis qu'il n'y avait plus de médecin dans l'endroit, ajoute l'auteur de la lettre, car M. Alfred Caboche , aussi docteur en médecine , retiré dans Sa. famille, quoique jeune encore, jouissait là paisiblement de sa fortune et n'exerçait plus son art. Emu de tant de zèle et de courage de la part de M. Parquin et de M. le docteur Krichten ; excité par les progrès du mal , il abandonne sa retraite pour voler lui aussi au secours de nos compatriotes; mais à peine a-t-il donné, pendant quelques jours , tous ses soins aux malades qui

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le demandaient, ijue, harassé de faiigues , il est alteint de la maladie et meui f victime de son zèle. »

•) Ainsi il était mort avant que le docteur Krichten tombât malade. Ces trois porsormes n'ont pas montré la moindre faiblesse et n'ont pas craint un instant de s'exposer au danger. M. Païquin et M. le docteur Krichten n'unt [)a» cessé de donner les soins les plus empressés aux malheureux, jusquà la tin de l'épidémie. »

En présence de ces traits de dévouement, nous voyons à Etrun , diocèse dArias, de tristes exemples d'insen- «ibihté. Une mère lefusa de se j-endre près de son flls atteint par la maladie; peu de jouis après, la malheureuse le suivait dans la tombe. On pouvait à grande peine trouvci' deux porteurs pour enlever les cadavres.

Mais , grâce à Dieu, à côté de ces traits d'égoïsrae et de terreur, nous sommes heureux de citer pour la même commune, le dévouement d'une jeune femme qui a soigné les cholériques constamment et presque seule. Elle en a enseveli de ses mains loi-sque personne n'osait s'approcher des maisons des décédés. Nous regrettons de ne pas connaître le nom de celte pieuse chrétienne. Que Dieu lui rende au centuple le bien qu'elle a fait dans ces douloureuses circonstances !

On cite encore la charité dune autre femme. Cette

personne nommée X habitant à Marœuil , paroisse

Voisine d'Ktrun. venait de perdie plusieurs de ses parents. Sa douleur personnelle ne l'empêcha point de venir au secoui-s de son prochain. Ainsi une malheureuse femme qui nouriissait tomba malade. Il fallut la séparer de son enfant... Qui servira de mère à cette innocente créatuie? C'est la fennue X. Ce n'est pas tout. Le lait gène la pauvre malade. Lui rendre son enfant, c'est l'exposer à périr. On l'ordonne cependant. Mais la chanté de notre chétieim>' n'est pas à bout. Elle SI' charge elle-même de h tâche dangereuse qu'on réservait à lenfanl ! La malade eut le bonheur derecou-

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vrerla santc, et son entant lui a été remis par celle à qui il doit la vie. Remarquons que cette bienfaitrice appartient à la classe ouvrièie , et bénissons Dieu qui permet que les plus pauvres puissent communiquer à leurs semblables quelque i>etite part des tiésors de la charité!....

Apres de simples fcumies vovons la sainte IVaternité comprise ei exercée par la jeunesse. M. Tabbé Lejeune, curé de Boves , au diocèse d'Amiens , nous apprend dans une lettre >, que depuis Tinvasion du choléra dans cette commune toute la jeunesse n'a cessé d'édifiei- par son zèle.

Plusieurs jeunes gens, pendant répidémie, se sont dévoués entièrement au soin des malades ; il ne les quittaient qu'après les avoir arrachés à la mort ou leur avoir procuré le bonheur de recevoir les derniers sacrements de l'Eglise, lien est un surtout dont on ne peut taire le nom et qui mérite une mention spéciale, Félix Becquet, musicien de la société philharmonique.

Seul, pendant plus de vingt-quatre heures, ce bon jeune homme fut occupé à frictionner le mari et la femme, tous deux en même temps attaqués du choléra ; il eut la douleur de voir le mari expirer dans ses bras. Mais Dieu , pour bénir et récompenser un tel dévouement, lui a donné du moins la consolation de sauver la vie de la femme, et de conserver une pauvre mère à quatre petits enfants qui allaient devenir orphelins.

* Insérée dans la Voix de la Vériié, n° du l«' uov. 1849.

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