CHAPITRE IV
Dévonenjent et z^le des iaïques dans les diocèses de RoaeH , de Dijon , de Bayeux et de Chàlons.
On a vu, au chapitre précédent, le zèle de deux médecins du diocèse de Soissons. En voici trois autres , au diocèse de Rouen , qui ne sont pas moins dignes de la reconnaissance publique : ce sont : MM. Lecadre , médecin des épidémies de rarrondisscment du Havre; Liépard, de Fécamp, et Hello, de Rouen.
Ces trois docteurs ont organisé le service- sanitaire dans la paroisse d'Yport avec une sollicitude toute particulière. Chaque jour, M. Liépard a passé plusieurs heures à soigner les malades. Ses prescriptions ont été fidèlement observées par M. Levasseui-, élève en médecine de Rouen. Ce sujet, d'ailleurs fort distingué, s'empressa, en l'absence du médecin, de donner les premiers secours aux personnes nouvelleinent atteintes. Un élève en pharmacie , dont nous ignorons le nom , a préparé les médicaments avec un grand zèle et a rendu ainsi les plus signalés services. Dans une réunion
LE DKVOLEMENT CVTUOLIQLE l"f
qui eut lieu entre ces trois médecins, le maire et le curé de la paroisse, il a été décidé qu'on distribuerait trois fois par semaine , du vin et du bouillon aux convalescents nécessiteux. Tant de témoignages de charité ont rendu la confiance aux habiiants d'Yport, qui s'étaient d'abord laissés aller au plus triste découragement.
Touché de l'héroïque dévouement du curé d'Ouche , dont nous avons parlé plus haut ' , un courageux et honorable habitant de Sainte-Marie , diocèse de Dijon , M. Cédaux , officier supérieur de la garde nationale , s'est associé aux soins pieux du respectable pasteur.
Mais ce qui mérite les plus grands éloges , d'après toutes nos correspondances , c'est la conduite , le zèle, le dévouement sans bornes du médecin spécialement chargé , à Meursault , du traitement des malades. Nous voulons parler de M. Grappin , de Dijon. Rien ne put l'arrêter dans son service , et rien n'est comparable à sa conduite , si ce n'est celle de M. le curé de Meursault , qui , lui aussi , s'est dévoué pour son troupeau , ainsi qu'on a pu le remaj-quer au chapitre v de la première partie.
On a vu , à ce même endroit, qu'une sœur de Sainte- Marthe a succombé à ses coui-ageux efforts. Elle fut secondée dans ses soins pieux auprès des malades par une dame charitable de Beaune , M"^ M"'. Cette femme chrétienne ne craignit point d'aiïronler les plus grands dangers , et , comme quelqu'un lui témoignait une certaine surprise de son dévouement : « Quel mérite puis-je avoir? répondit-elle; je nai pas même celui de l'obéissance , puisque je n'appartiens à aucune communauté. Je cherche à me rendre utile , et voilà tout. » Parfait esprit du christianisme 1 Cette femme accomplit des actions qui excitent l'admiration du monde; mais elle, qui sait à quoi la charité nous oblige envers nos
> Partie i. v.
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semblables, trouve ses actions toutes naturelles, et elle les couvre du voile de rhumilité !
Voilà encore une àrne chrétienne qui , dans ces temps doulourejix , fit le bien avec un partait sentiment de cette maxime évangélique . « Prenez garde de faire vos bonnes œuvres devant les hommes afin d'être vu d'eux ; autrement vous n'aurez pas de récompense de votre Père qui est dans les cieux '. » Lors donc que l'épidémie sévissait le plus dans la paroisse de Saint- Ouen , au diocèse de Baveux , ime personne adressa au curé une offiande destinée a secourir les malheureux. Dans la lettre qui accompagnait ce don pieux , la personne ne se fit pas connaitre. C'est M. le curé de Saint- Ouen qui a révélé ce fait dans un journal locale en même temps qu'il annonçait qu'il dirait une messe à l'intention du bienfaiteur i< auquel il n'avait pas d'autre moyen de témoigner sa vive reconnaissance. »>
Nous avons assez longuement parlé du dévouement du clergé et des ordres religieux du diocèse de Chàlons 2. Ce diocèee nous fournira aussi quelques témoignages en faveur de la charité des laïques.
Ainsi l'on cite d'abord , dans une lettre écrite d'Avize, M. Guillaume , instituteur , comme ayant fait acte de dévouement en soignant les cholériques. A. l'apparition du fléau , les habitants de Mareugis furent saisis d'une telle épouvante qu'ils songeaient à prendre la fuite. M. Guillaume rassura la population, et en buvant ce que des cholériques avaient laissé dans des verres, il fit voir que la maladie n'était point contagieuse. Sa belle conduite lui a valu une médaille et la reconnaissance de ses concitoyens , mais elle ne l'a pas mis à l'abri des tracasseries de l'administration préfectorale de la Marne. Est ce que les administrations qui trempent dans la politique savent appi'écier le dévouement el
' .Malth. \n. 1 et seq.
' Voir le cbap. v de la 1" partie.
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le récompenser? M. Guillaume a pour lui le témoignage de sa conscience et le contentement d'un devoir accompli ; ce qui vaut mieux , devant Dieu , que toutes les satisfactions humaines, et ce qui dédommage de bien des persécutions.
Un autre fait pour le diocèse de Chàlons. Le choléra et la suette miliaire sévissaient dans plusieurs paroisses du canton de Fère-Champeuoise. La famille de Conantre , touchée de la position malheureuse des personnes atteintes de ces maladies , s'est empressée d'appeler un médecin de Paris, qu'elle a chargé de donner ses soins gratuitement aux malades. >'on contente de leur procurer tous les secours de l'art , cette estimable famille s'est fait un devoir de venir en aide aux convalescents nécessiteux. Ceci se passait au mois de juillet.
Heureux ceux qui peuvent ainsi venir au secours de leurs frères souffrants! Mais plus heureux encore ceux qui , tout en ayant la faculté de faire le bien , l'accomphssent parce qu'ils connaissent l'obligation que leur en fait l'Evangile, et qui correspondent, de la sorte, à la volonté divine !...
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