‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 22 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dévouement des laïques el de pieuses femmes dans les diocèses de Nantes, du Mans, de Poitiers el d'Angers.

Les femmes , comme nous en avons déjà vu plusieurs témoignages , se sont distinguées sur le champ de bataille de la charité. A qui , au reste , les œuvres de miséricordes conviennent elles mieux qu'à celles qui ont pour modèle la douce Vierge, la Mère du Dieu d'amour ï Marie n'a-t-elle pas été la femme forte et dévouée par excellence? 11 n'est donc pas étonnant que les personnes du sexe, surmontant leur faiblesse ordinaire, deviennent courageuses et fortes en présence du danger.

Le diocèse de Nantes se présente à nous , en tète de ce chapitre , et c'est pour y admirer le dévouement d'une femme. M"^ Denis, institutrice de la paroisse de la Chapelle-des-Marais , tout en remplissant ses devoirs auprès des enfants conflés à sa garde , s'est plu , en dehors de ses classes , à soigner les cholériques : elle passa , le jour comme la nuit , de longues heures au chevet du lit des malades et des mourants , les encourageant et leur prodiguant des secours.

Au Mans , im jeune médecin , membre de la Confé-

LE DÉVOLEMENT CATHOMyLE l3o

rence de Saint- Vincent de Paid , M . le docteur Lebèle , s'est montré infatiguable pour visiter et soigner les malades pendant loute la durée de l'épidémie : toujours debout au premier appel , on Ta vu se dévouei', et cela malgré les soins qu'exigeait sa propre santé. Mais l'homme sincèrement chrétien ne connaît pas l'égoïsme, et il est à son prochain avant de songer à lui-même.

Nous signalerons encore le dévouement d'un médecin. M. le maire de Coulonges, au diocèse de Poitiers, pratique l'art de guérir : celte qualité lui a permis de l'endre de très-grands services à ses administré? , qu'il n'a pas quittés un seul instant depuis l'invasion du fléau.

Le diocèse d'Angers nous fournit aussi de beaux actes de charité accomplis par des laïques. Mais on cite particulièrement M. de Quatre-Barbes , mi>mbre de la Conférence de Saint-Vincent de Paul d'Amiers^ dont la conduite a été des plus chrétiennes. C'est à Reaulieu qu'il a exercé sa charité.

11 consacra les jours et les nuits au service des malades. 11 fit venir des sœurs de la Charité, et, par la générosité de ses soins il ne tarda pas à dissiper les préventions que l'on avait contre ces saintes ûlles. Le tléau faisait de tels ravages dans Beaulieu , que cette paroisse devint presque vide. Sur huit cents habitants , il n'en resta plus que deux cents ; cinquante tombent malades à la fois , sept succombent en un seul jour. Alors M. de Quatre-Barbes redoubla de zèle. Quand il ne couchait pas à Beaulieu , il accourait de grand matin et il passait la journée près de ses chers cholériques. Véritable garde-malade, il les frictionnait lui-même, retournait leur lit , distribuait les remèdes nécessaires , et remplissait , en un mot , toutes ces fonctions avec une douceur, uue patience , un dévouement si grand , qu'on eût dit que c'était le pÎTC le plus tendre qui soignait les siens !

Mais M. de Quatre-Barbes ne se borna pas à ces soins

156 I.F. DÉVOl'EMr.M <.ATBOI.I0r'E

matériels. Son cœur profondément chrétien visait a nne mission plus haute , celle de proclamer le salut des âmes. El combien son zèle ardent , sa touchante sollicitude préparaient déjà les \oies et amollissaient les cœurs les moins disposés! Cet ainsi que Thomme \éritablement pénétré, en faisant sentir autour de lu' Taction du cliiistianisme , alliie doucement vers la religion et opère les plus consolantes conversions....

« Beaulieu , dit le pieux auteur dont nous suivons ici le récit', ressemblait ù un tombeau. Pour relever ces pauvres âmes abattue'^ et ramener la confiance , M. de Quatre-Barbes alla lui-même avec le gardechampètre ouvrir les maisons abandonnées , où la mort avait passé , et desquelles on s'imaginait voir sortir des fantômes : il les fit nettoyer et blanchir. Le lendemain le garde fut frappé et succomba. Le zèle du généreux visiteur ne se ralentit point pour cela : durant tout le temps de Tépidémie on ne cessa de le rencontrer au chevet des malades et dos mourants, les entietenant des consolations de la religion et des saintes espérances du ciel. Ses (;.\hoitation^ furent tellement persuasives qu'on l'écouta a\ec bonheur: (»u sembla abandonner sa vie entre ses mains Aussi tous les malades reçurent-ils les secours de la religion . à rexception d'un seul , qui habitait un village éloigné du bourg et qui n'a pu être secouru à temps, v

A côté de la conduite généreuse de M. de Quatre- Barbes, nous citerons celle de M. Bourgeois, adjoint de la commune do Beaulieu. « Tandis, dit M. de Quatre- Barbes, dans un rapport , en date du 1.3 octobre 1849, adressé au préfet de Maine-et-Loire , tandis (jue le maire absent donnait sa démission , que la plupai t des conseillers municipnuv abandouuaient leurs demeures , cet excellent homme n'a cesse de donner l'exemple du dévouement et du courage, il a été admirablement se-

' La Chanté chrétienne en jwé'ieiice du choiera, p. 143.

PK.NDA>T LE UIOLÉRA 1"7

conilé par trois saintes religieuses envoyées à Bcaulieu , par la supérieure des gardes-malades et par M. Tangourdeau , interne à l'hôpital. C'est a leurs soins pleins dintelligence et de dévouemeni , continue le digne rapporteur , que Ton duit , après Dieu , la cessation de répidémie : leurs exemples et leurs conseils ont ranimé les courages, appris aux habitants à recourir à des remèdes simples pour prévenir le choléra des la première indisposition ; enfin, grâce à leur présence, tous les malades ont reçu les secours et les soins les plus dévoués. » M. de Quatre-Barbcs cite, en terminant , la charité de M. le curé de Beai/lieu, et celle de son frère, curé de la petite paroisse de Noyaiit , ecclésiastique qu'il faut joindj-e aux raombies du clergé du diocèse d'Angers qui se sont dévoués et dont nous avons parlé au chapitre VI de notre J" paitie.

Mais nous n'en avons pas fini avec la générosité de M. de Quatre-Barbes. Dès que le fléau eut cessé , il demanda et obtint un orphelin de Beauliou , ce pays si désolé où il avait exercé sa charité. On lui présenta un petit enfant de quatre ans. La foi si vive du bienfaiteur lui fit aussitôt reconnait'e dans celte innocente créature un membre pauvie et soufiiaul du divin Maître : « Il sera , se dit-il , la bénédiction de la maison. »> Avant de le recevoir et de remmener , il se mit à genoux , remercia le Seigneur de ce qu'il lui procurait ainsi Toccasion de piolonger le bien qu'il avait fait, embrassa son enfant adoptif , et l'emmena ensuite comme un précieux tiésor dans sa famille.

Un dernier trait de ce di<ci|>le de l'Evangile a couronné dignement la conduite qu'il tint dans ces circonstances. La croix de la Légion d'honneur fut offerte à M. de Quatre-Barbes. Il l'a refusée : désintéressement bien naturel chez un chrétien sincère , mais qui brille davantage dans ces temps de vanité et d'égoïsme 1...

Page 1