‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 23 sur 38 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dèvniieroen! «lo? inique» dans les diocèses de Cambrai et de Nancy. LeKre empreiute du vént));le esprit chrétien.

Le diocèse de Cauibrai , dont nous avons assez longuement parlé dans la partie consacrée aux actes de dévouement du cli'rué et des ordres religieux , nous olîie ici la belle et généjx'use conduite d'un jeune méilucin , h Lille. M. Matliou a non-seulement exposé , mais donné sa vie au^c ses soins. Toujours occupé à secourir les cholériques avec la plus touchante sollicitude , il a fini par succomber lui-même le 1 1 juillet. Sa mort a été vivement regiettée dans toute la ville. On verra encore au chapitre n de la ô""^ partie , quelques ti'aits de dévouement , appartenant au diocèse de Cambra: , mêlés aux actes de loi qui font spécialement l'objet de cette partie.

On sait ' combien la petite paroisse d'Haraucourt , au diocè>e de >ancy , fut cruellement éprouvée. Ses pauvres habitants étaient aux abois. Tous ceux qui les secouraient, prêtres, leligieux . religieuses, a\ aient

• Voir paît, i , chap. vu.

LE nKVOLEMENT CATHOI.IQIE lôO

ri\ alise do zèle et étaient parvenus à procurer qnelqne soulagement. Cependant d'autres secours devaient encore être accordés à ces infortuné».

Les ofliciers du 1" léger de Dieuzo ' , émus de douleurs de leurs voisins, ouvrirent une souscription et tbrniorcnl une commission de secours. Ces généreuY mililaires parvinrent ainsi à procurer chaque jour , et pendant assez longtemps , du pain , de la viande et des médicaments à cent cinquante malades et con- \alescents. Les ouvriers de la Saline, peu distants d'Haraucourt , out également participé à cette bonne a'uvre, en donnant une somme de deux cents francs prise sur leur caisse de secours mutuels Qu'on dise que le peuple ne sait pas pratiquer la fraternilé !

11 ne faut pas oublier parmi les bienfaiteurs de la paroisse d'Haraucourt , M. Pichon , médecin de Dieuze. Toutes ses après-midi furent consacrées à soigner les choléjiques et à soutenir leur courage par de bonnes paroles Non content de cela , il se lit solliciteur de secours pour eux dans sa propre paroisse , et il eut la satisfaction de voir ses pieux elVoits couronnés de succès.

Un journal de Nancy, VEspérance , avait nommé deux jeunes hommes qui s'étaient héroïquement dévoués aux soins des cholériques dans cette même comuume ; l'un d'eux adressa à cette feuille une lettre intéressante , modeste et chrétienne , qui nous paraît une j>reuve [iratique de la sainteté de notre foi , laquelle ne peut manquer de happer tous les bons esprits, et qui, entin , rentre trop dans la pensée de notre livre pour que nous ne la citions pas ici tout entière ; elle est datée de Nancy, le 17 septembre 1849.

« Monsieur le rédacteur, les terribles lavages que le choléra vient d'exercer dans la petite commune d'Haraucouit ont l'ait donner à mon nom et à celui

' D'autres aisent les officiers de la garde nationale.

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d'un ami qui m'est cher une publicité que nous regrettons sincèrement , quoique la reconnaissance l'ait provoquée. En prètdiTit notre faible concours aux soins touchants de ceux qui nous avaient précédés sur celte espèce de champ de bataille, nous avions fait trop peu pour espéi-er d'édifier vos lecteurs par notre exemple , et assez pour craindje de sembler avoir agi pour la vanité humaine ; nous eussions donc préféré rester dans l'oubli , et nous contenter de cette douce satisfaction qu'on éprouve eu emportant les bénédictions des pauvres gens! Mais, puisqu'une pieuse indiscrétion a dépassé nos vœux , je crois utile, pour ma part, de dire à ceux que notie démarche a pu happer, quels sont les motifs qui nous l'ont inspirée. Nous sommes du nombre de ceux qui, après avoir quitté la religion catholique , à un âge où elle devrait être le plus puissant soutien de l'homme, ont reconnu, après bien des en eurs , que là seulement est le calme et partant le bonheur.

I Nous avons cheiché la paix ailleurs , et nous avons trouvé... le doute ; nous avons ouvert l'Evangile, et tous nos doutes sont tombés.

» Ce principe une fois accepté li anchement , et sans arrière-pensée de raison humaine , nous avons voulu demeurer conséquents a\ec nous-mêmes. Ainsi , nous n'avons pas pensé que la loi du Christ n'eût pas besoin d'interprète , quand toutes les bonnes lois humaines en exigent , lors même qu'elles ont pour base un principe supérieur. .Nous a\ons donc accepté l'EgHse , cette interprète que le Christ lui-même a donnée à sa loi , et nous sommes demeurés fidèles à la lettre de l'Eghsc, de même »)ue , en citoyens, nous serions fidèles à la lettre de la constitution. Aussi nous sommes de ceux qui prient , qui vont à la messe , qui se confessent , qui conmiunient.... et qui s'en trouvent bien. Peutêtre qu'entre cette sorte de profession de foi et le>

pkndant le choléra 14i

soins donnés u de pauvres cholériques , et la liaison ne parait pas é\identc. J'essaierai de la montrer. Nous avons lu quelque part dans TEvangile ces paroles du Maître : « J'avais faim , et vous ne m'avez pas donné à » manger; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné y> à boire; jetais errant , el vous ne m'a\ez pas re- » cueilli ; nu , et vous ne m'avez pas couvert ; malade » et en prison , et vous ne m'avez pas visité... Car, en » vérité , toutes les fois que vous avez refusé ces choses » au plus petit de vos frères , c'est comme si vous me n l'aviez refusé à moi-même'....»

» De ce passage à celui du Hoc est corpus meum î , il n'y a que l'intervalle d'un chapitre. Donc , c'était puiser à la même source. Or il y avait , dans ce petit village de cinq cents âmes, plus de cents infortunés frappés par la maladie , la j)luparl au fond de réduits oii leur nudité était à peine couverte ; il y en avait d'autres que le fléau avait épargné;, malgré de cruelles atteintes , et qui avaient faim et soif. D'ailleurs , malgré le dévouement du digne curé de la paroisse, des bons PP. Dominicains et des sœurs de Charité ( à peu près les seuls représentants de l'humanité qui compatissent au chevet de l'humanité qui souflraiti, le nombre des victimes du fléau dépassait déjà de beaucoup celui des bras capables de les lui disputer. Nous nous somines donc lappelé la parole de l'Evangile.... Quatre bras de plus , deux volontés dévouées , et la garde de Dieu. U y avait là de quoi motiver notre départ , — et nous sommes partis.

» Nous avons vu , dans ces tristes circonstances , où s'arrête la philanthropie, pour céder la place à la cha rite; nuiis a\ons admiré la généreuse munificence des bons habitants de Dieuze , et la belle démarche des braves officiers du 7« léger % descendant dans les ré-

< Cap. XXV. 42. 43. 45. • Ibid. xxvi. 26.

» On voit, d'après ce passage du correspondant, que 1» £ ai de

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diiits, pour y distribuer le produit de leur collecte; mais nous uavons pu nous défendre pour les uns et les autres d'un vœu : cVst que leur dévouement attirai sur eux la vraie lumière , commo elle éclaira autrefois Corneille , le centurion de Césaiée ; car l'aveu sincère des uns et les alarmes des autres nous ont prouvé combien le souffle de Dieu pouriait féconder de telles âmes. Pour nous, afin qu'on ne s'exagère pas retendue des sei'vices que nous avons rendus , je dirai franchement que nous n'avions ni motif, ni moyens humains pour nous décider, et j'avoue que nulle théorie du monde n'eut pu nous aider à supporter le spectacle, à plus forte raison le contact , de tant de misères. .Nous avons obéi au même principe qui avait appelé ,au premier rang et longtemps a\autnous, les reUgieux et les religieuses au secours du pauvre pasteur de cet infortunée paroisse ; nous avions de moins qu'eux leur caractère sacré et leur infatigable zèle.

» Je pourrais entrer à leur sujet , dans des détails d'un triste et pourtant bien consolant intérêt ; je me tahai, parce que je sais quel'ai/iour de Dieu et de leur prochain a été leur seul mobile . et qu'ainsi le témoignage intime de leur àme sera leur plus douce récom- I>ense. Je désire seulement qu'en présence de faits qui pailent aussi haut , la haine et la calomnie se taisent , et que les ennemis de la religion , plutôt que des ordres religieux qui se dispensent d'attaquer ce qu'ils ne se sentent pas la force d'imitei'. t;«. biermann. »

Ne quittons pas le diocèse de Nancy. La commune d'Eply fut aussi ravagée par le choléra. Un représentant du peuple, M. Viard , lui est venu en aide. 11 a l'émis à M. le curé de cette paroisse une somme de cent francs pour soulager les victimes du fléau. De

uationale dût coutiibuer avec les officiers du 7' léger . à secourir les infortunés habitants d'Haraucourt, ce qui concilie les deux veisions ci-dessus.

PENDAM LF. CHOLÉRA I4S

plus l'honorable représentant a destiné aux communes des environs , atteintes de l'épidémie , l'indemnité qui lui revenait pendant la prorogation , qui eut lieu alors- . de l'Assemblée nationale.

Dans la paroisse de Fresne-en-Saulnois , nous voyons l'instituteur, M. Nicolas Godaid , rempli de dévouement et de foi , secourant les malades , les édifiant et les foitifiant pas ses bons exemples et par ses conseils , ensevelissant les morts, les accompagnant et souvent les portant au cimetière , où il aidait encore à creuser les fosses , imitant en cela l'admirable Tobie '. Ce pieux chrétien a mené de la sorte , pendant plusieurs semaines, cette vie héroïque. Le Ciel seul pouvait le récompenser de tant de vertus. Aussi Dieu le rappelat-il à lui , après qu'il eut été éprouvé par le cruel fléau, dont il voulait guérir ou préserver ses frères. M. Godard est mort à l'âge de quarante-et-un ans , laissant à sa pauvre veuve et à ses cinq jeunes enfants le plus beau titre de gloire. Mais hélas! cette infortunée famille est sans aucune ressource. Ne viendra-t-on pas efficacement à son aide ?

Passons maintenant à d'autres diocèses : nous y verrons encore le consolant spectacle d'hommes qui ne sont pas seul fment chrétiens de nom , mais d'effet ; ce qui , dans ces temps où l'on en voit tant qui disent « Seigneur, Seigneur, mais qui ne font pas les œuvres du Père céleste *, » est de la plus heureuse influence et montre que , si tous les chrétiens ne mettent pas toujours en pratique les préceptes de l'Evangile , cela vient de la faiblesse et de l'égoïsme des hommes , et non d'une prétendue caducité de la religion , qui est toujours assez puissante , assez jeune , assez remplie de sève divine pour produire des fruits des vie...

> Tob II. 3. 4. '. 8. 9 et 10. ' Matth. vu. 21.

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