‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 24 sur 38 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les lalqnes en préserce du choléra dans les diocèses de Tonrg, de Beauvais, de Reims et de Fréjus. — Zèle des inerabres de la Société de Sainl-Viocent de Paul et de plusieurs militaires.

A Tours , il faut citer , parmi les laïques qui ont fait leurs devoirs, MM. de Loverdo, Jules Moreau . Fauveau , Huot et Léon Aubineau. Ce dernier a reçu la Croix de la Légion-d'Honneur pour sa belle conduite. Ces messieurs , appartenant pour la plupart à la inagistiature , se sont distingués par leur courage , leur zèle et leur charité : les actes qu'ils ont accomplis rentrant dans ceux que nous avons déjà sou\ent énumérés , on nous dispensera de les raconter en détail.

Mais nous ne devons pas omettre de remarquer que M. Huot , cité ici , est Fauteur de Tarticle intitulé le Pénitencier de Tours, dont nous avons dit un mot plus haut ' , et que ce magistrat a particulièrement fait preuve d'un grand courage et d'une chrétienne activité pendant toute la durée de répidémie ; jusque-là qu'il

' Voir Part. i. va.

LE DÉVOIJEME.M CATHOl.lUli: l4()

en fut lui-même atteint , par suite de ses continuelles fatigues, ce qii'il nous révèle dans l'article précité.

Cet article nous apprend encore ijuc M. Le Serrurier , procureur-général près la cour dOrléaus, a visité avec la plus touchante sollicitude toutes les anibulauLes de Touis où Ton avait transporté les inlorluués cholériques du PènUencier. u Le magistrat éminent , dit M. Huot , qui avait quitté son siège pour venir appoi 1er à ces malheureux tjuelques consolations, ce magistrat promit que leurs souH'rances actuelles leur st-raient comptées comme expiation, qu'aux uns on ferait gràctentière , qu'à d'autres on remettrait une partie notable de leur peine ; et cette assurance, faisant luire un rayon d'espoir à leurs espiits abattus, en sauva plus d'un; pour les autres . cette espérance qui ne put se réaliser adoucit du moins leurs derniers instants. Je dois ajouter ici que M. le procnrenr-généia! a tenu sa pmmesse *.... «

Dans une lettre que le garde-des s^ceaux écrivit à M. Huot, durant sa maladie, et dans laquelle il qualifie d'admirable la conduite que celui-ci et M, de Loverdo ont tenue dansées pénibles circonslances, on trouve ces lignes : « 11 est bien que la justice ne se manifeste pas seulement aux populations par des actes de rigueur nécessaires, mais qu'elle se montre aussi à elles secourable contre les fléaux dont il plaît à la Providence de les affliger. Je garderai souvenir de ces actes de dévouement qui honorent la magistrature '... » Mof profondément vrai , el qui , s'il étail aussi bien compris dans Tordre politique , où les jiopulations ne connaissent le pouvoir que par ses compressions et sa domina! ion , sauverait la société de bien des commotions!...

Venons au diocèse de Beauvais, où nous» retrouvons

» Le Choiera au Péuitenci' r de Tours, dans h revue m-'dicale du docteur Cayoi , n' de uov. et dofeiiitn-. is'i;» p. 387. * Id. ibid.p. 40-,

plus particulièrement le dévouement des membres de la Société de Saint-Vincenl de Paul.

Nous l'avons dit déjà, ces pieux jeunes hommes ont donné , partout où ils ont été envoyés , des preuves de la foi la plus vive , de la charité la plus ardente et la plus éclairée : à Paris , à Tours , à Marseille , à Bourges, à Monteroau, à Chauny-sur-Marne , à Creil, à Cuvilly, et dans beaucoup d'autres lieux , ils se sont montrés (lignes de Tilhistre bienfaiteur de l'humanité dont ils portent le nom.

« Là , dit M. Ozanam dans le rapport que nous avons cité et dont nous avons promis un nouvel extrait ^ , là , dans des communes de cinq mille , de deux mille, de douze cents âmes , où vingt décès avaient bientôt jeté la consternation, c'était déjà un bienfait que la présence de deux ou trois hommes courageux, relevant les esprits par leur exemple , les accoutumant à envisager le péril sans trouble , portant des paroles d'espérance aux familles atteintes. Pendant que la mortalité diminuait , que la maladie cédait à l'active et intelligente administiation des secours , la Religion frappait à des portes fermées depuis longtemps , et y faisait rentrer avec elle la paix , la réconciliation et les promesses de l'éternité. C'est ce qui a paru surtout à Montataire (diocèse de Beauvais), où, sur deux mille deux cents habitants, ou comptait mille malades. Sept membres de la société de Saint -Vincent de Paul s'y sont rendus; ils y ont passé un mois et demi dans des travaux et des veilles qui auraient ébranlé les plus fortes santés. Leurs soins ont sauvé bien des vies ; et des cent cinquante personnes que la commune a perdues , xme seule a refusé les sacrements ^.. »

Le choléra a fait à Montataire près de cent cinquanle victimes, tandis que la suette atteignait piès de la

' Voir part. ii. chap. i\.

* BuUçUn, ////'■*//;>/■«. page ^1 et 252.

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moitié Je la population. On voit combien la charité eut à s'exercer dans ce malheuieux pays ! Chacun dans cette calamité a heureusement accompli son devoir. Nous avons fait la part du clergé'. Indépendamment du zèle qu'y ont déployé les membres de la Société de Saint -VinceiH de Paul, ce que nous regrettons de ne pouvoir dire, c'est qu'eu général beaucoup d'autres personnes ont donné de glorieux exemples de dévouement.

Ainsi , le préfet de l'Oise et le sous-préfet de Senlis, bravant les dangers de l'épidémie, ont voulu rassurer par leur présence leurs concitoyens alarmés. Le maire de Montataire a montré dans cette grave circonstance un zèle et un dévouement admirable. Malgré des douleurs personnelles qui semblaient devoir l'absorber , il a fait face à tous les besoins et présidé sans cesse à une sage administration des secours. Les médecins n'ont point été au dessous de leur tâche ; il ont tenté, souvent avec succès , tous les moyens pour combattre la terrible influence de l'épidémie. Nous citerons en particulier M. Belleti , docteur envoyé par le minstre , dont la population de Montataire conservera un reconnaissant souvenir.

Elle n'oublieia pas non plus les généreux jeunes gens de Soriété de Sainl-ymcent de Paul , car, encore une fois , il» ont opéré an milieu d'elle des prodiges de charité. Nous avons entendu à cet égard , de la bouche même de l'un de ces jeunes hommes, les détails les plus émouvants , et nous avons lu les lellr«s les plus touchantes et où respire la foi la plus ardente. Certes , nous voudrions bien rediie ces édifiantes cho.-es ; maïs outre que nous nous exposerions à tomber dans des répétitions continuelles, naurons-nous pas suffisamment fait pressentir les merveilles que la charité à opérées dans cette paroisse , par les mains de ces pieux fidèles, lorsque nous aurons constaté, plus loin*.

i Voir part. i. vi. ^ .\a cbap. ui. de la 3* pîrt.

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les précieux résultats de ces actes de dévouement ?

Dès que répidémie parut céder à Moutataire , le docteur Belletti , que nous venons de nommer, accompagné de M. de Coursac , élève en médecine, et de M. Vincent, tous trois membres de la Société de Saint -Fincent de Paul . s'empressèrent de porter leurs secours physiques et moraux à Acy-en-Mulcien , où le choléra avait luimême porté la désolation et la mort.

Un autre spectacle , peut-être le plus beau encore , nous est offert dans les diocèses de Fréjus et de Reims. Là déjeunes hommes aussi nous donnent l'exemple du dévouement. Mais ceux-ci ne sont pas nourris comme ceux-là des pratiques de la foi. Ils ne vivent pas, comme les premiers , dans une atmosphère que la piété et les bonnes œuvres embaument de leurs doux parfums. Loin de là, ils passent leurs plus belles années au milieu de l'air empesté des camps. jN'importe ! ils se laisseront piendre aux charmes de la charité , et eux aussi voudront secourir leurs frètes dans leurs angoisses....

En effet , sitôt i|ue le choléra eut éclaté d'une manière alarmante dans la ville de Toulon, une grande partie des habitants, effrayée, prit la fuite Dès le premier jour , il y eut dix décès , et les jours suivants il était devenu impossible , à cause des émigrations , de trouver des gardes malades. Alors les soldats de la garnison s'offiirent spontanément pour veiller au chevet des cholériqties et leur prodiguer les soins les plus tendres.

11 en fut de même à Givet , au diocèse de Reims. Le 63* régiment de ligne, qui s'y trouvait en garnison au mois de septembre, était cruellement décimé. Le nombre des infirmiers militaires ne suffisant plus, le sous-intendant lit un appel à la population do la ville pour venir soigner les malades. Personne n'osa répondre à celte invitation. Aussitôt plusieurs volontaires du 2* bataillon de la garde mobile se présentèrent . et

quinze d'entre eux furent admis à l'hôpital comme infirmiers volontaires. L'un de ces braves jeunes gens , Joseph Barata, fut atteint par répidémie et on mourut. Les autres se distinguèrent par leur dévouement et reçurent les éloges les plus mérités '.

Disons aussi , en terminant ce chapitre , que les rapports les plus honorables ont été transmis au ministre de Tinlérieur sur le compte de M. le docteur Pellarion, chirurgien-aide-major du 2« bataillon , qui s'est multiplié pour faire , à l'hôpital et au quatrième régiment de hussards , le service des médecins militaires , atteints eux-mêmes par l'épidémie-

' On peut voir leurs nonas au Mortiteur, d'où ces faits sont tirés, n° du 17 octobre 1849.

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