‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 34 sur 38 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Tonclîantcs marqnes de fui, de piéîé et de recocnaissance données par Its populations dans les diocèses d'Aix, de Verdan, de Nimes et de Marseille.

11 nous reste à citer quelques faits qui se sont passés dans quatre diocèses de France et en Belgique , avant d'avoir épuise les renseignements qu'il nous a été donné de recueillir sur la manifestation de la foi dont les afflictions répandues partout par le choléra ont été l'occasion.

Une grande partie de la population d'Arles , diocèse d'Aix , effrayée par le souvenir des épidémies précédentes , plus encore que par le petit nombre de décès attribués au choléra, éniigra en toute hâte. Déjà un grand nombie do magasins s'étaient fermés , et il était à craindre que la ville devint bientôt déserte. Heureusement que la population eut recours à la prière'. On fit une procession à laquelle assista une foule innombrable , où la statue de saint Roch fut portée par les membres de la société de ce nom. En un mot on ue cessa d'implorer la protection divine , et le calme rentra dans les esprits.

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Même pieuse prévoyance de la part des habitants de Ligny , diocèse de Verdun. Le 23 juin , une dëputation d'hommes , au nombre do plus de soixante , se rendit chez M. le curé pour le prier de demander à rautorité municipale la permission de faire une procession en rhonneur de Notre-Dame des Veitus, atin d'obtenir de Dieu qu'il délivrât la ville du fléau qui commençait à exercer ses ravages dans les environs. Cette procession eut lieu , et les pieux habitants de Ligny ne purent que s'applaudir de leur contiance en Marie.

Mais ce qu'avait fait une simple paroisse, la ville épiscopale ne put le négliger. Verdun voulut aussi avoir sa pieuse solennité préservative , si nous pouvons nous exprimer de la sorte : les habitants de cette ville eurent la consolation de voir la statue de Marie portée triomphalement dans les rues.

Un temps magnifique favorisa cette procession , qui s'est faite le dimanche 8 juillet. Un concours innombrable de fidèles accompagna l'image de la Vierge- Mère. « Depuis longtemps , dit un journal du pays ^ la ville de Verdun n'avait vu cérémonie aussi imposante , et depuis longtemps cérémonie n'avait réuni un cortège composé de citoyens de tous les rangs et de tous les âges, augmenté par un grand nombre d habitants des campagnes.

La procession , sortie de léglise Notre-Dame à cinq heures du soir, n'y ett rentré qu'à neuf heures; tous les fidèles n'ont pu trouvei" place dans la vaste église ; un recueillement édifiant s'est peint sur tous les visages, et , malgré une chaleur excessive , tout le monde , prêtres et fidèles , a fait preuve de zèle et d'une sainte ardeui'. Ajoutons que la musique de la garde nationale a assisté au complet à la cérémonie, et qu'elle n'a cessé de jouer des airs empieints du sentiment religieux.

A Nimes, le jeudi 15 août, fête et anniversaire de la

' l'Echo de VEit . u" du 10 juillet 1849.

t'ENDANT t.?. CHOI.fcRA IH.T

mort de saint Roch, une cérémonie des plus édifianles eut lieu à la cathédrale.

Le conseil municipal , prévenant le vœu delà pieu.^ population de cette ville, avait piié .M. révêque de célébrer Toffice divin en Thonneur du saint ^ pom- obtenir de Dieu, par son intercession, Téloignemcnt du fléau qui désolait la cité. A onze heures, la vaste nef de l'église fut remplie par une foule chrétienne et recueillie. M. révêque a pris dans la chapelle où elle était exposée depuis la veille à la vénération. des fidèles, la relique de saint Roch , et Ta portée proccssionnellement sur le mailre-autel , nù il a célébré la messe. Tne émotion générale saisit toute rassemblée pendant cette cérémonie. Après la sainte messe . le prélat est monté en chaire , et , par quelques paroles pleines de simplicité et d'onction , a remercié les magistiats de la cité de leur pensée toute chrétienne. Il a consolé les uns et recommandé aux autres la confiance et la soumission à la volonté divine. Nous savons que Tallocution du premier pasteur a fait couler de bien douces larmes et fortifié bien des cœurs.

Nous retrouvons ici Marseille sous notre plume. C'est dans cette ville qu'il faut principalement admirer les élans de la piété en présence des ravages du choléra.

Depuis 1720, Marseille célèbre par une procession votive la cessation du terrible fléau qui décima si cniellement sa population. Jusqu'à ce jour, le vœu de Belzunce s'est religieusement accompli le vendredi , jour du Sacré-Cœur, choisi pour le pieux anniversaire'. Les générations marseillaises se sont transmis d'âge en îige les détails et le cérémonial de la fête, |>our laquelle

' On peut voir d'iiiléressauts df-tails. ?iii- la fondation de cetU' procession votive . en tète des Œm-rf^s choisies de Bclzunc<; , 'i vol. in-8°. détails que M. l'abhc Pelletier a lités. avec beaucoup d'à-propos. dans une lettre adressée à la Voix de la Write, n da 16 juin 1849.

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église et fidèles déploient tonte leur pompe , et dont les préparatifs occupent fructueusement une foule de petites industries.

S'il est une époque ou ce pieux anniversaire devait être célébré, c'est hien suitout cette année 1849 qui marquera si tristement dans Thisloire. Eh bien! ce fut précisément cette année-là que la piocession votive n'eut point lieu. Aussi quels furent la surprise et le regret de lou« lorsqu'on apprit que, par une décision de l'autorité municipale , cédant à un sentiment de prudence sans doute exagérée, la céjémonie était ajournée! Le peuple ne put consentir à refouler ses sentiments religieux , et il a fallu qu'il les fit éclater hautenient.

Ainsi qu'on l'a vu ci-dessus *, au moment où le choléra commençait à sévir dans Marseille , la statue de Notre- Dame de la Garde fut descendue processionnellement de son antique sanctuaire pour être exposée dans la cathédrale à la vénéiation des fidèles. Or le peuple saisit avec bonheur cette occasion de se dédommager de la privation qu'il avait éprouvée de l'absence de la fête votive dont nous venons de parler.

Dans les circonstances pénibles où les habitants de Marseille se trouvaient , la cérémonie de la translation de l'image de la très-sainte Vierge fut empreinte d'un grand caractère qui saisit tous les cœurs. Il serait impossible de décrire le concours du peuple qui se pressa sur le passage de la bonne Mère et à la suite de la procession. Le cortège s'avançait lentement ; un seul chant, le l'arce Domine, retentissait dans les airs, et portait dans toutes les âmes chrétiennes l'émotion et le recueillement.

A cet instant solennel , écrit un témoin oculaire , « nous avons vu couler bien des larmes! Ce touchant spectacle, qui nous rappelait les plus beaux temps de la foi , nous a rempli de consolation et a fortifié notre

1 Part. I, chap. viu.

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courage. Et alors les réflexions se pressaient en foule dans nolie espiit. Un peuple chez lequel le sentiment religieux est si vivace, pensions-nous, ne peut pas se laisser aller à rabattement do la peur, quelque grande que soit Tépreuve que le Ciel lui envoie; car la foi a toujours été une invincible égide contie les douleurs humaines... Dieu ne restera pas insensible aux pr ères de notre fervente population ; il jettera sur elle un regard de pitié '... »

(Juand la pieuse cérémonie fut terminée , chacun -.e retira profondément ému... Mais en se promettant bien de revenir souvent visiter limage de Marie pour puiser, à Tombre de cette vénérée i-elique , les consolations et les forces si nécessaires en temps d'épreuves.

Tous les jours, en effet, une affluence considérable de fidèles rempht les nefs de la cathédrale. Aucune messe ne sest célébrée sans que de nombreux chrétiens n'y assistassent avec le plus grand recueillement, et l'on Jenterait on vain de compter ceux qui s'approchèrent de la Table sainte pendant tout le temps que dura l'exposition de la statue de Notre-Dame de la Garde. Aussi, ne douts-t-on pas que la Mère de Dieu n'ait obtenu , en ces circonstances encore, de grandes grâces pour un peuple qui Tairne et qu'elle a toujours visiblement protégé.

.Mais la foi des Maiseiilais ne s'est pas seulement manifestée par des actes de piéfé : ils ont fait preuve de dévouement les uns envers les aulies; ils se sont montrés sensibles aux nobles sacrifices accomplis par le zèle chrétien , et eux aussi ont eu la vertu de reconnaissance.

On se rappelle ladmirable conduite des sœurs de Saint-Vincont de Paul ai: milieu des cholériques de Marseille, et Ton sait- que l'une d'elles a succombé à

' Lettre insérée dans Vl'niiers, n" du 14 septembre 1849. * Voir notre chap. vin de Is 1" partie.

une violente attaque du lléau , après avoir , avec une infatigable persévérance , consacré ses soins aux malades , jusqu'au moment où elle s'est mise elle-même au lit pour aller recevoir dans un monde meilleur la récompense duc à sa charité.

La glorieuse fin de cette pieuse fille de saint Vincent de Paul méritait un hommage public. La commission de permanence du conseil municipal en a pris Tinitialive . et la dette de la population fut dignement acquittée.

Quelques moments avant l'heure fixée pour les funérailles , le maire pi'ovisoire accompagné des conseillers, qui pour le moment partageaient ses travaux, se rendit à l'endroit d'oîi devait partir le convoi; et là, d'une voi.x. émue , il exprima à la supérieure les sentiments «le reconnaissance et de douleur de tous les cœurs marseillais. Les conseillers se mirent à la suite du convoi modeste, qui accompagnait la vénérable religieuse à sa dernière demeure ; et partout sui- leur passage ils ont pu comprendre , à l'attitude et au pieux recueillement de la population , combien elle sympathisait avec cette marque louchante de gratitude publique, accordée à la pieuse victime du devoir et de la foi.

Disons maintenant un mot des manifestations de la foi en Belgique, ainsi que nous l'avons annoncé en tête de ce chapitre , et nous terminerons.

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