‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 6 sur 38 · I.E DÉVOIEMENT CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

I.E DÉVOIEMENT CATHOLIQUE

sacrifice, en tenant dans nos mains la Victime de propitiation , lavons-nous offeite au Seiçrneur pour qu'il séchât tant do larmes , (ju'il consolât tant d'âmes brisées, et qu'il vînt en aide à tant de veuves et d'orphelins!. . » Le prélat ajoute : « Oui, M. le curé , dites bien à vos paroissiens que leur premier pasteur n'a été étranger à aucune de leurs épreuves , qu'il a pris part , comme père, au deuil général , et que son cœur a senti le contre-coup de tant de morts aussi terribles que soudaines.... »

Le service prescrit par Mgr Sibour eut lieu à Paris le 12 novembre, dans l'église de Saint-Médard. 11 fut célébré par le pieux archevêque lui-même. Le prélat, inspiré par l'objet de la céiémonie, a parfaitement rendu ses inspirations dans une allocution touchante avant le saint sacrifice. Inutile de dire qu'il y eut un grand concours à ce service funèbre. Qui n'avait pas un parent, un ami h pleurer? Qui aurait voulu refuser aux morts un souvenir une prière?

Après l'office divin , Mgr l'archevêque , reconduit au presbytère par le clergé , a trouvé dans son cœur quelques-unes de ces paroles gracieuses par lesquelles il a félicité le clergé de la paroisse du zèle qu'il a montré pendant tout le temps que le cruel fléau a exercé ses ravages dans la paroisse Saint-Médard. M. le curé suitout méritait les éloges qui ont été donnés au clergé dans cette circonstance.

Mais ce nétait pas a^sez pour le vénérable pasteur du diocèse de Paris d'avoir porté partout les âmes à la prière, d'avoir visité, à plusieurs reprises , les malades dans les hospices , et d'avoir pourvu à la mémoire des morts en faisant prier solennellement pour le repos de leiu- âme ; comme M. de Quélen , il s'appliqua ces paroles des Livres saints : Tibi derelictus est paiiper , orphano tu eris arljutor\ et il prit aussi

• Ps. X. 14.

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rengagement de venir au secours des pauvres orphelins que ferait la cruelle épidémie.

Cette pieuse et salutaire pensée lui vint dès les premiers jouis de Tinvasion du fléau; il la 6t connaître dans son Manàement du 19 mai , dont nous avons parlé plus haut' : « Ah! s'écria-t-il alors, ce sont surtout les pauvres petits enfants privés de leur naturel soutien , qui doivent exciter toute noire soUicitude. Us nous tendent les bras , ils nous appellent par leurs cris à la place de leur père et de leur mère qu'ils ont perdus. Détournerions-nous nos regards, fermerions-nous nos oreilles? Non. Nous nous souviendrons de cette parole du Seigneur dans le Psalmiste : « C'est à toi que j'ai confié le pauvre, tu seras l'appui de l'orphelin-, » et de cet autre de l'apôtre saint Jacques : « La religion véritable consiste à ne pas abandonner la veuve et l'orphehn *. » Nous nous souviendrons de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui aimait tant les petits enfants. Nous nous souviendrons du zèle aussi ardent que tendre d'un saint Vincent de Paul. Les monuments de sa charité sont encore vivants sous nos yeux. Enfin , nous nous souviendrons de l'œuvre si belle et si bien conduite des orphelins du choléra : pensée sortie du cœur de Mgr de Quélen , qui trouva tant de sympathie dans cette grande cité , dont la charité la plus pure pouisuivit avec une persévérance admirable la réalisation , et qui durant l'espace de plus de douze années, a sauvé , nourri, secouru, élevé plus de douze cents enfants, d

Puis le pieux Pontife , parlant de cette œuvre dont nous avons fait connaître l'origine^, ajoute : « VOEuvre des Orphelins du choléra avait à peine fini ses travaux , elle va les reprendre. L'appel que nous avons fait

* Au coœmencemeut du chapitre n de cette première partie. 5 Ps. X. H. 3 s. Jacq. I îi.

• Voir le chapitre i de cette première partie.

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aux membres qui la dirigèrent avec tant de succès a été entendu. Annoncez-le aux fidèles, M. le curé; et veuillez solliciter en faveur de YOEuvre des Orphelins du choléra les secours qu'ils accordèrent à l'ancienne. Déjà , rien que dans les faubourgs , plus de cent enfants que le fléau a rendu orphelins ont été inscrits sur nos listes. Les secours de Charité les ont recueillis en attendant que nous ayons pu leur trouver un asile et des soins maternels. Nous comptons , pour y parvenir, sur votre concours empressé , M. le curé , sur la charité de tous vos bons paroissiens , et particulièrement sur le zèle infatigable de ces dames auxquelles la chanté ne s'adresse jamais en vain , dont la main et le cœur sont dans toutes les bonnes teuvres, et que nous proclamons hautement les patronesses et , plus que cela , les mères des pauvres. «

Enfln, comme pour stimuler davantage le zèle, le prélat fit entendre dans le même Mandement ces graves paroles : « 11 faut avant tout que nous sauvions nos âmes ; mais nous ne serions pas chrétiens , nous ne serions pas même liornrnes . si nous nous arrêtions là. La charité ne peut pas ainsi se borner. Sa flamme céleste s'éteint quand on l'enferme dans de si étroites limites. Quel aliment pour notre charité , dans les maux que traîne à sa suite un impitoyable fléau ! Que de malades à secourir , que de pauvres à soulager , que de veuves à défendre , que doiphelins à adopter! »

Le prélat n'eut pas de repos jusqu'à ce que cette Œuvre précieuse fut reconstituée. U fit tout pour lui procurer des ressources abondantes. 11 Aoulut qu'un tiers des sommes recueillies poiu- les pauvres , et provenant de la dispense du mariage pendant le carême , fût afïectée à l'Œuvre. De plus pendant l'octave du tres-saint Sacrement , de cette année 1849 , il ordonna une quête dans toutes les églises du diocèse ; car ,

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alors , le nombre des enfants à secourir , dit Vavis qui fut publié à cette occasion , dépassait malheureusement de beaucoup les prévisions premières , et les ressources étaient sans proportion avec les besoins.

Tant de touchants appels furent entendus. La divine Providence et la charité des fidèles vinrent en aide au digne pasteur ; une commission , dont nous parlerons plus loin , fut définitivement organisée ; au mois de septembre , Mgr Tarchevèque put déjà , dans une lettre qui fut lue au prône, révéler quelques-uns des prodiges opérés par l'Œuvre et ajouter à ce récit de nouvelles sollicitations pour que le bien commencé fût non-seulement continué , mais augmenté sans cesse. Ici nous laisseions parler le prélat luimême :

« Les orphelins , dit-il dans celte lettre du mois de septembre, les orphelins pour lesquels on a demandé les secours de notre Œuvre s'élèvent , garçons et filles , jusqu'ici à environ neuf cents. Le plus souvent , il y a plusieurs orphelins dans la même famille. Tous ont besoin de secours et sout dignes de pitié , mais tous ne se trouvent pas au même degré de misère et de délaissem.ent. Il y a les orphelins de père et de mère, qu'il fallait se hâter de recueillir'. Parmi ceux à qui il reste quelques parents , il en est qui sont autant à plaindre que les premiers. Comme nos secours sont aussi bien destinés à l'âme qu'au corps , nous avons dû nous pi'éoccuper de la position d'un certain nombre d'enfants dont le salut aurait été exposé si nous n'avions pu les placer sous les ailes de la charité. Enfin notre commission , forcée de faire un ciioix parmi toutes les infortunes qui se réfugiaient auprès de nous , s'est dirigée, dans les adoptions et dans les allocations de secours, d'après les circonstances d'âge, de dé-

' La ville de Paris a recueilli et place dau? un établissement cent gajçons orphelins de père et de mère.

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laisseinent , de péril , qui coiiiiiiandaient des préférences à sa scvcie impartialité.

» C'est ainsi que quatre cents enfants ont été admis par rŒuvrc : les uns sont adoptés pleinement ; les autres reçoivent des secours mensuels à domicile. 11 y a eu adoption complète pour soixante-dix garçons et cent cinquante filles. Ces orphelins sont déjà placés dans diveis établissements. D'autre part, cent garçons et quatre-vingts filles sont secourus à la maison. L'Œuvre leur donne , avec le lait ou le pain matériel , ics soins , le bienfait de sa sur\eillance et de sa tutelle religieuse.

» Mais, \ uns le comprenez facilement, M. le curé , notre cœur est moins satisfait que ces quatre cents orphelins secourus et élevés , qu'il n'est douloureusement ému pour ceux qui restent et au.xquels le même bienfait n'a pu être accordé. Successivement et à mesure qu'il y auia des vacances dans le cadre que nous nous sommes ti acé , ces admissions nouvelles seront faites; mais nous souffrons de ces détails , et nous voudrions que le sein de la charité chrétienne se dilatât pour que pas un de nos petits enfants n'en fût même momentanément écarté.

» Et cependant , elle a déjà fait des merveilles , cette charité chrétienne î Nous avons recueilli d'abondants secours : des âmes compatissantes nous ont demandé des orphelins qu'elles ont pris entièrement à leur charge. Une société qui se montre de plus en plus digne du nom qu'elle porte , s'animant de l'esprit de saint Vincent de Paul , son patron , a voulu faire les frais de trente adoptions. Malgré cela, nous avons dû encore assumer sur nous une dépense annuelle de plus de 60,000 francs pour tout le temps que durera l'éducation de nos orphelins. Fardeau bien lourd , et qu'il nous serait impossible de porter , si la Providence et la piclé des fidèles ne devaient le porter avec nous 1 Nous

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nous reposons avec confiance dans celte pensée , el nous espérons même qu'en apprenant ce que notre Œuvre a t'ait et surtout ce qu'il lui a été impossible de faire , des cœurs généreux , comme il y en a tant dans cette vaste cité , seront éinus du sort de tant d'orphelins laissés forcément sans secours, et viendront soit nous demander des enfants à adopter , soit par de nouveaux dons , nous mettre en mesure d'augmenter le nombre de nos propres adoptions. »

Assurément on ne peut, dans Tordre de la charité, rien voir de plus touchant et de plus excellent que cette Œuvre. Espérons que tous les pieux fidèles continuel ont à la soutenir et qu'ils lui permettront, comme pour sa première période , de venir au secours de tant de pauvres enfants orphelins et d'atteindre son but !

Mais nous reviendrons , ainsi que nous venons de le dire, sur cette Œuvre ; nous parlerons d'autres œuvres analogues à celle-ci , et qui ne prouvent pas moins qu'elle combien la charité est toujours active pai'mi nous , et combien elle sait proportionner ses généreux efforts à la grandeur et à l'étendue des calamités.

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