‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 7 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dcvouenjent du clergé cl des religieuses dans les diocèses de Versailles , de Meam , d'Orléans , Je Blois et d'Anas.

En même temps que le choléra envahissait Paris, il se répandit dans les provinces. 11 en est cependant quelques-unes qui furent atteintes un peu plus tard. Mais partout , on peut l'avancer , il trouva la chanté à son poste et disposée à parer ses coups terribles. Nous espérons le montrer , bien que ce que nous allons dire ne soit qu'une partie de la réalité.

Le fléau décime une portion du diocèse de ^ersailles. Le pieuv évêque, Mgr Gros, n'en continue pas moins la tournée pastorale qu'il faisait alors. Bien loin de l'arrêter . il la prolonge , et il va de préférence dans les villages qui sont atteints pai- l'épidémie. Là, il court vers les pauvres malades et s'empresse de les bénir et de les consoler. Il semble qu'il ne puisse s'arracher à ce spectacle de douleurs, car il sent que sa présence fortifie et encourage î Aussi reste-t-il des jours eutiei-s au milieu des pauvres cholériques , s'ef-

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forçant de soutenir le moral des familles désolées et de faire pe'nctrer la sainte espérance dans les cœurs. Dans une petite paroisse du canton de Longjumeau , le prélat est resté trois journées de suite, parce que le fléau décimait la population de cette commune. " Comment , disait ce bon pasteur les larmes aux yeux, comment quitter ces braves gens dans un pareil état:... »

A Argenteuil , au même diocèse , là où Ton conserve avec un soin pieux une insigne relique, la sainte Tunique de Notre-Seigneur, l'épidémie exerça aussi ses ravages. Le clergé de cette impoitante paroisse, MM. les abbés Croiset et de Saintard , vicaires, et à leur tète M. l'abbé Millet , curé , se dévouèrent avec zèle. Visites fréquentes aux malades, tendres sollicitudes , consolations religieuses , rien ne fut épargné. On fit une procession solennelle dans les rues de la ville, et Ton y porta la précieuse relique que nous sortons de désigner. Puis, le pieux et digne pasteur plaça sa paroisse sous la protection puissante de la Reine du ciel, et forma publiquement en chaire le vœu de se rendre à Notic - Dame - de - Liesse , a6n d'obtenir, par rintercession de Marie, la cessation du fléau. Ce vœu a été fidèlement accompli , et quelques paroissiens ont l'ait avec M. le curé le pèlerinage au sanctuaire vénéré. Ajoutons que M. l'abbé Millet , maintenant vicaire-général de Versailles, figure dans le rapport présenté au commencement de janvier de Tannée 1830, par le ministre du commerce, pour les récompenses honorifiques décernées aux personnes qui se sont distinguées par leur dévouement durant le choléra.

Mais de tous les pays de ce même diocèse où l'épidémie a exercé ses ravages, il n'en est pas qui ait été plus accablé que la paroisse de Follain\ille. Là aussi le curé, M. l'abbé Lebrun, n'a pas cessé de se mon-

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lier pour tous l'ange de la consolation et de Tespéraijce. Il a rempli les fonctions de son saint ministère avec un dévouement digne des plus grands éloges, et nous ne doutons pas qu'une telle conduite n'ait exercé riniluence la plus salutaire pour l'avenir de la religion dans cette paroisse.

11 faut donner les mêmes louanges à M. le cuié d'Epinay-sur-Seine. Cette paroisse, composée de douze cents âmes environ , a perdu cent soixante de ses membres par le choléra. Le curé et le maire, M. Carlière , ont fait des prodiges de dévouement , afin de prodiguer des secours aux malades et d'empêcher le développement de répidémie. A ces messieurs s'est jointe une humble fille, la domestique du ciu'é de la paroisse; elle a, pendant plus de trois mois, été littéralement la garde- malade de tout le pays; elle s'est multipliée pour donner les soins les plus intelligents , et elle a montré , avec éclat , combien est noble et grand un cœur qu'embrase l'amour de ses semblables.

Au diocèse de Meaux , on cite la visite que fit Mgr révêque aux cholériques de Jouarre et de la Fertésous-Jouarre. Ce prélat porta à ces infortunés les consolations de son ministère et laissa, pour les familles nécessiteuses, d'abondantes aumônes. Nous savons particulièrement que, dans la dernière ville que nous >enons de mentionner , un respectable ecclésiastique, M. Tabbé Bardeau , qui , par ses vertus sacerdotales , fait habituellement aimer et bénh" la religion , s'est dévoué aux cholériques de la manière la plus admirable. Nous pourrions citer une foule de traits qui révèlent chez cet ecclésiastique la plus belle àme. Pendant plusieurs jours , pour ne mentionner qu'un seul de ces faits, il fit lui-même le lit d'une pauvre femme et l'aida à faire son humble ménage, qu'elle ne pouvait soigner étant malade. On a offert la croix de la Légion d'honneur à M l'abbc Baideau ; mais il l'a refu-

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sée, sa charité trouvant exlraordinaiie qu'on voulût récompenser des actes qu'il j-egarde comme tout naturels dans un prêtre. Ce digne ecclésiastique, qui a nécessairement conquis Testime el lalTection de toute la ville, et qui, par lui-même, opère Leaucoup de bien, figure à côté de M. Tabbé Millet, cujé d'Argenleuil , dans le rapport ofâciel cité ci-dessus.

Passons au diocèse d'Orléans. Le choléra s'est manifesté d'une manière intense dans Ihôpital-général. Les religieuses chargées de cet établissement se montrèrent à la hauteur de leur mission, el quatre d'entre elles furent frappées presque en même temps, bans l'arrondissement de Pithiviers, la maladie éclate. Trois cholériques appaitenant à la commune de Charmont meurent dans la même maison. 11 n'en faut pas davantage poui- jeter l'alarme. Les habitants effrayés n'osent ni soigner ni ensevelir ces malheureux. Qui va donc accomplir ce double devoir? Le pasteur.

En effet, M. l'abbé Lesueur, curé de Charmont, prit place au chevet des trois moribonds, qu'il soigna de ses propres mains , ensevelit lui-même et porta en terre!... Le lundi suivant, ce digne ecclésiastique se rendit à Orléans. .Abattu par la fatigue , il tomba malade le même jour et fut conduit à l'ambulance. Sentant sa fin prochaine , il demanda et reçut avec une angélique piété les derniers sacrements. Il expira k; mardi matin (août 1849;, et alla recevoir au ciel la récompense due à son courageux dévouement et aux vertus qu'il avait montrées dans l'accomplissement de sou ministère.

L'épidémie , en envahissant les localités des diocèses de Blois et d'.Arras , que nous placerons dans ce chapitre , n'a fait aussi que donner un éclat nouveau à ce déxouement, à celte charité véritablement évangéliqiie, qui se sont inanifeslées jusqu'ici paitout où ce redoutable fléau a promené ses ravages.

oO LE DÉVOUEMENT CATHOLIQUE

Au diocèse de Blois, les communes d'Oucques, de Saint-Gervais , de Saint-Denis-sur-Loiie, de Chousy, visitées par répidémie , ont aussitôt donné lieu à de touchantes manifestations de dévouement et de charité. Amis, médecins, prêtres, sœurs de charité, chacun a rivalisé d'eflbrts, à ce point, dit une correspondance de Blois , qu'il semble que plus le mal augmentait , plus il s'étendait , plus le dévouement s'élargit et se propagea. Au milieu de ces actes si louables, auxquels le premier pasteur du diocèse est venu donner une nouvelle sanction par sou exemple, en se rendant à Oucques, auprès de cette portion de son troupeau si cruellement éprouvé, nous aurons à consigner, plus loin, un fait consolant, celui d'une amélioration sensible dans l'esprit des populations....

Quant au diocèse d'Arras , il nous fournira aussi de touchantes manifestations de foi et de piété parmi les peuples. Mais rappelons d'abord la conduite du clergé , qui, comme l'on sait, fait seule l'objet de cette première partie.

Le curé de Beaumont ayant été frappé, M- l'abbé Lequette, chanoine, directeur du grand séminaire d'Arras , accepta la mission périlleuse de remplacer ce pasteur, et il se dévoua en faveur des malades. A Etrun, M. le curé prodigua aux malades tous les secours en son pouvoir. 11 transforma son presbytère en une véritable pharmacie ; il est arrivé à ce zélé prêtre de se relever six fois dans une nuit : trois fois pour préparer les médicaments, et trois fois pour administrer des cholériques. Dans la paroisse de Courrière , on cite l'empressement des religieuses de l'Enfant- Jésns à soigner les cholériques. Ces dignes religieuses ne purent se rendre à Couriière qu'au nombre de trois, et toutes trois ont succombé à la suite des faligues que leur occasiona le dévouement le plus saint. Une autre rehgieuse de la Charité, sœur Azèle,

PENDANT LE CHOLÉBA .M

succomba aussi , victime de son abnégation , dans la ville de Calais.

Mais admirons surtout la conduite héioïque de M. le curé d'Oignies , et pour cela lisons la touchante page suivante qu'un homme de foi' a confié à un jouinal. Tout ce que nous pourrions dire ne remplacerait pas ce simple récit , tracé en quelque sorte sur les lieux :

« Oignies est un petit village perdu dans les bois et assis sur la fiontière du département du Pas-de-Calais qui touche le nord vers Seclin. Sa population est d'environ 1,300 àmcs. Dès les premiers jours de son invasion , le choléra y fit des ravages immenses. Le nombre des malades monta jusqu'à huit cents; il en mourut deux cent neuf. Le cimetièie étant petit , on fut obligé de prendre quelques pieds de terre da)is un champ voisin pour enterrer les victimes du fléau. La terreur était si gran.le dans le village, que tous les habitants qui n'étaient point atteints de l'horrible mal s'enfuyaient , abandonnant leurs chaumières et leurs moissons. Le curé, M. l'abbé Edouard Dubois, et le maire, vieillard presque septuagénaire, restèrent seuls au milieu des malheureux cholériques, qu'un savant et respectable médecin de Carvin , M. Charte'? Garez , accourut visiter. Le prêtre charitable pasteur, versa le baume de la parole di\ine et Ihuile des infirmes sur ses brebis mourantes huit crtits fois en moins d'un mois et demi. Puis, comme la plupart des moribonds étaient pauvres, il répandit à pleines manis l'aumône sur leur couche de douleurs. 11 fallait des remèdes, il vendit un petit patrimoine de 3,000 francs pour en acheter ; puis il donna son linge pour ensevelir les morts , qu'il fut souvent contraint de rouler lui-même jusqu'au cimetière, dans une brouette !.... Deux fois il manqua de pain pour donner aux orphelins qu'il avait recueillis, et il fut plus de cinq

' M. .Alplionse Cordier (de Tours).

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semaines sans se coucher , dormant une heure ou deux au che\ et des malades , dont il s'était établi tout à la fois le consolateur cl le gardien. J'ai eu le bonheur de voir ce digne piètre dernièrement , et à force d'instances j'ai pu airacher de sa modestie quelques détails sur les soins qu'il avait prodigués aux cholériques. Voici ses propres paroles que je garantis sur l'honneur :

« ... Vn soir j'entrai dans une chambre où quatre cholériques se déballaient dans le délire du mal et de la frayeur : l'un d'eux voulait se sauver pour ne point mourir ; un autre appelait à son secours; un troisième demandait à grands ciis du café. Je m'efforçai de les calmer, mais inutilement. Deux se sauvèrent dans la rue; je courus après eux et les lamenai; puis je m'occupai du moyen de satisfaire le désir de celui qui demandait du café. N'en ayant point de piéparé chez moi , je courus frapper à plusieurs portes , qui ne s'ouvrirent point ; on craignait que je ne vinsse prier de m'aider pour quelque ensevehsseraent.

.) Cependant un chrétien se mourait sans sacrements , et il nie fallait trouver la liqueur si ardemment désirée , pour obtenir de lui l'aveu de ses fautes. Je retourne chez moi , et , comme ma servante était atteinte du choléra, je me mets à broyer du café, j'allume du feu, je procède à lïnfusion, et quand elle fut achevée, j'allai à l'église chercher le saint Viatique; et tenant d'une main le Pain des anges, et de l'autre la cafetière brûlante , je me dirigeai en pleurant , et à travers les ténèbres, vers la demeure du moribond qui m'attendait pour mourir.

» Oh ! que mon cœur était serré à la vue de tant de misères'. J'eusse donné volontiers ma vie pour sauver mon troupeau de la mort , et je n'avais que de stériles pleurs à lui offrir!... »

11 faudrait désespérer de l'espèce humaine, si de

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pareils faits n'étaient pas capables de changer le? populations les plus entlurcieà et de dissiper les préjugés les plus enracinés. Mais non ; le cœur des hommes est toujours accessible à l'héroïsme de la vertu , et nous sommes persuadé qu'il n'est pas un pasteur des âmes qui ne reconnaisse tout ce que le bon exemple et le dévouement renferment de puissance , et quelle action convertissante ils exercent , même sur les esprits les plus rebelles.

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