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LA PESTE

Il est consolant de pouvoir opposer aux récits des grands fléaux qui affligent trop souvent l'humanité, l'exemple des sublimes dévouements qui l'honorent. Dans les temps d'épidémie meurtrière, l'amour du prochain donne aux âmes généreuses une telle force d'impulsion qu'à quelque degré que le mal s'élève, ces nobles âmes atteignent pour le combattre et son niveau et sa puissance.

Mais, parmi ceux qui s'imposent comme devoir un périlleux défi contre la mort, si quelques-uns parviennent à échapper providentiellement aux coups de l'ennemi commun, beaucoup d'entre eux y succombent, et la peste ainsi que la guerre compte d'illustres héros et de glorieux martyrs.

Sans remonter plus haut que le milieu du quatorzième siècle, on lit dans Mézerai, à propos de la peste noire : « L'année précédente (1547), il avait paru sur la ville de Paris, vers la partie occidentale, une étoile fort grande et fort lumineuse qui se montrait avant le soleil

couchant, n'étant pas fort éloignée de la terre ; elle grossit extrêmement le jour d'après et se divisa en plusieurs rayons qu'elle dardait sur la ville comme la menaçant de la peste furieuse qui la ravagea durant l'année suivante. A cette époque, il mourut à Paris quatre-vingt mille personnes au nombre desquelles furent Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI de Valois et la princesse Blanche sa sœur. L'une et l'autre ne cessèrent d'aller elles-mêmes porter des secours aux malades, de leur prodiguer les soins les plus touchants et de faire disposer plusieurs hôpitaux pourvus abondamment de ce qui était nécessaire; elles finirent par être victimes de leur admirable dévouement. Jeanne mourut le 12 septembre 1548. »

Depuis l'invasion de la peste noire, c'est-à-dire durant environ cinq siècles, la plus meurtrière des sept plaies d'Egypte n'a pas cessé d'étendre ses ravages sur toutes les contrées de l'Europe ; où elle n'avait fait que passer, elle est souvent revenue, et partout, à chacun de ces effroyables retours, les mêmes périls ont suscité les mêmes dévouements pour lutter contre le fléau et lui arracher des victimes.

Entre tant d'autres qu'il serait juste de glorifier ici, et dont les noms ont été recueillis par la reconnaissance publique, nous nous bornerons à signaler comme des modèles d'abnégation et de courage, parmi les apôtres de l'humanité : un prince de l'Église romaine, un humble ministre du culte évangélique , un généreux magistrat et un docteur en médecine, mort comme Bichat, avant d'avoir atteint sa vingt-huitième année.

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