‹ Le dévouementChapitre 7 sur 34 · II. MYLADY mHISDALE · texte numérisé non relu

II. MYLADY mHISDALE

Georges-Louis de Brunswick, électeur de Hanovre,

appelé au trône d'Angleterre par le testament de la reine Anne, qu'avaient ratifié les parlements du Royaume- Uni, régnait à Londres depuis deux ans sous le nom de George 1er. Malgré les sévérités de sa justice contre la rébellion ouverte ou dissimulée des partisans du fils de Jacques II, ceux-ci continuaient par d'incessants complots de troubler la paix de la Grande Bretagne, dans l'espoir chimérique de provoquer efficacement une seconde restauration des Stuarts.

L'un de ces complots si fréquents ayant échoué ainsi que les autres, amena devant la cour suprême sept gentilshommes, pairs du royaume; le tribunal les condamna tous à mort. On n'a pas oublié leurs noms, c'étaient les comtes de Dewinther, de Nilhisdale, de Gungworth, de Winthoun et les lords Nairn, Windrington et Kennir. Dès que fut connue cette sentence qui devait remplir de douleur sept illustres maisons, et décourager les turbulents champions d'une cause royale déjà deux fois vaincue, on vit les épouses des condamnés, vêtues de deuil et accompagnées de plus de cent autres dames, traverser les rues de Londres comme un cortège funèbre pour aller implorer la clémence du roi. Admises en sa présence, toutes se précipitèrent à genoux et la voix de lady Nilhisdale qui s'était chargée de la pénible tâche de porter la parole, brisée par l'émotion, se perdit dans le bruit des sanglots de ses compagnes d'infortune. George, visiblement attendri, demeura cependant inflexible ; et, comme quelques membres de la Chambre haute, témoins de cette scène touchante, essayaient de vaincre la rigueur du roi, il leur répondit sèchement :

(( Mylords, je ferai en cette occasion comme en toutes les autres, ce qui sera le plus convenable pour l'honneur de mon gouvernement et la sûreté de mes royaumes. »

Le lendemain, trois des sept condamnés étaient décapités; il fut sursis à l'exécution des quatre autres.

Ce sursis ne devait pas être de longue durée ; car quelques jours plus tard, le 15 mars 1716, les prisonniers pour qui on avait espéré une commutation de peine, furent informés qu'ils n'avaient plus que le reste de ce jour et la nuit suivante pour se préparer à mourir. On leur annonça en même temps que le Conseil royal, cédant aux supplications de leurs femmes, permettait à ces dernières d'entrer à la Tour pour recevoir leurs adieux.

* Le premier soin de milady Nilhisdale, lorsqu'elle reçut l'autorisation d'aller embrasser pour la dernière fois son mari, fut d'arrêter son passage sur un navire qui devait partir dans quelques heures pour la France ; puis elle se rendit à la Tour.

Elle y entra, soutenue par deux femmes de chambre comme si elle avait besoin de ce secours pour ne pas succomber à la violence du désespoir. Se voilant le visage sous son mouchoir, elle semblait n'avoir d'autre intention que celle de dérober la vue de ses larmes à la blessante curiosité des passants. Mais quand elle eut été introduite dans la prison, la femme tout à l'heure chancelante se montra forte, confiante et résolue. Elle décida, non sans peine, le condamné à échanger ses vêtements d'homme contre le costume de deuil qu'elle portait; ensuite elle lui enseigna à imiter l'attitude

désolée qu'elle avait prise en pénétrant dans la Tour, afin qu'à sa sortie les gardes pussent s'y tromper. L'échange des habits terminé, le comte de Nilhisdale, inquiet du péril que sa femme voulait braver pour lui, hésitait à quitter sa prison.

— Vous laisser seule ici, dit-il. — Non pas seule, répliqua-t-elle, car j'y suis avec Dieu.

L'évasion s'effectua sans obstacle. Toujours accompagné des deux femmes de chambre, le fugitif trouva au bord de la Tamise un bateau qui l'attendait pour le conduire jusqu'au navire où son passage était retenu, et la nuit suivante, il mettait pied à terre à Calais.

Dans ce même moment, le ministre êvangéliste chargé de préparer le condamné à la mort était introduit dans sa prison par le lieutenant de la Tour.

— Qu'avez-vous fait, madame? s'écria ce dernier, en trouvant une femme sous les habits du prisonnier.

— Mon devoir, dit lady Nilhisdale; faites-le vôtre, mylord.

Le lieutenant s'empressa de donner avis au roi de ce qui s'était passé. George admira l'ingénieux stratagème de la comtesse, et l'ayant fait mettre en liberté, il lui permit d'aller rejoindre son mari.

Page 1