‹ Le Diabète et son traitementChapitre 20 sur 34 · REGIME ANIMAL · texte numérisé non relu

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viande, d'œufs, poissons, fromages ou d'autres aliments azotés (1). » On ne saurait trop insister sur cette prescription si sage et si peu observée en général. Beaucoup de diabétiques sont convaincusqu'ils nemangentjamais assezde viande, et cependant des faits précis ont depuis longtemps prouvé la justesse des observations de Bouchardat.

Chez un diabétique grave, âgé de vingl-sept ans, Kiilz (2) a fait l'expérience suivante : il l'a nourri pendant plusieurs jouis exclusivement de bouillon et de caséine. Voici les résultats :

par 21 heure

Quinze jours plus lard, la môme expérience a té recommencée :

On voit parcelle double série que l'augmentation de l'excrétion du sucre a été en rapport avec celle de la caséine. On remarquera toulc-

1) Boucbaddat, f')e la Gljcosu 1S83. 2' Éd., p. 2UU.

(2) KfiM! {&■), liiiiin in dereclu ZocfcerauBiuiir <iii iv li vermshrte /"

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fois que, le 23, le malade a éliminé 86 grammes de sucre, bien qu'il ait absorbé la même quantité de caséine que le 20, où il a rendu seulement 66 grammes, Kiilz explique cette irrégularité, en disant que l'excès de sucre du 23 a pour cause un reliquat de la veille, où le malade avait absorbé 500 grammes de caséine.

La même expérience a été faite par von Mering (I). Un diabétique depuis onze jours au régime de la viande est mis à la diète. Pendant vingt-quatre heures, il rend 1,360 ce. d'urine renfermant 34 grammes de sucre. Le jour suivant, il reçoit 300 grammes de caséine; il excrète 2,500 ce. d'urine contenant 61 grammes de sucre, c'est-à-dire que, pour 100 grammes de caséine, il a rendu, en plus, environ 10 grammes de sucre.

Le professeur Naunyn (2), se fondant sur plusieurs cas qu'il a observés, dit explicitement que la quantité de viande ingérée par un diabétique n'est pas sans influence sur la glycosurie. En tolérant chez lui un excès d'alimentation protéique, on fait d'ailleurs plus que d'augmenter son nypcrfflycémie : on le met, en effet, sur la voie de la dyscrasie toxique (dite acétonémique), qui aboutit, comme on sait, à la mort.

2° Graisses. — Il faut recommander la graisse dans le régime des diabétiques, en quantité aussi abondante que le permet l'état des voies digèstives. Elle a, pour eux, de grands avantages, puisque, à poids égal, elle dégage environ un tiers de calories de plus que la viande et

(1) Von Merino, Untersuchungen ûber Diabètes. (Zeitschr. f % prakt. Med., 1876, p. 433.)

(2) Naunyn, Der Diabètes mellitus. Vienne, 1898, p. 137.

(,HAISSi:S — FÉCULENTS

que les hydrates de carbone; elle met, de plus, obstacle à ladésassimilation des matériaux albujïdes; enlin d'après les observations concordantes de Cantani, d'Ebslein, de von Mering, de Weintraud, etc., elle n'augmente pas chez le diabétique la glycosurie (1).

Voilà de quoi justifier le précepte de faire ngérer aux diabétiques autant de graisse qu'ils peuvent en digérer.

J'ai cependant observé un fait de nature à m'empécher d'y souscrire sans réserve : chez une femme diabétique, que je tenais en observation depuis plusieurs semaines, l'ingestion d'un demilitre environ de crème fraîche fut suivie d'une augmentation du sucre urinaire bien supérieure aux 20 grammes d'hydrates de carbone que renferment îiOO grammes de crème. On sait que, d'après t^eegen, Ghauveau, Hunge, von Noorden, etc., la graisse peut passer à l'étal de sucre et que plus récemment Itumpf {'!), et Weiss (3), ont soutenu la même opinion.

3" Féculents, fruits, sucres. — La suppression des hydrates de carbone chez les diabétiques n'est guère possible que pendant un laps de temps très court, à titre de régime d'épreuve. Encore n'est-elle jamais complète (sauf dans les expériences comme celles que j'ai rapportées plus haut, où on donne au malade une matière albuminoide spécialement préparée, de la caséine,

,1 ) Cliiv. !<: i' !■,!.■■ i i-.-i .! i I 1. 1 . . " r : . j n c par lu [ililnrmni;, la gfraiFsc, (<'u|H'cs L'onlnji'aii, |iniii'ini( » L ' Iimii-I'.." mut l.-li sii'-ri-, (Siu-ii'/f de liiolu'/it, IS'.Hi, |i. :!■{[.) Mais ce fait i-si conte-sW jjar Kuraagiwa ci Miura (Ardiir fin- flu/siolui/ie, IStfS, )i. *31).

(ï) Rdwpf, Aùrzf/ichen Venin ;u Httialiurn, lj n'ivenilin.' 1S9S.

(3) Wbiss, Zeil*çk,;fl fit,- phyt. C/mùtie, 1SSIB, 1. XXIV, p. Slî.

32 THÂITËMEiNÏ DU DIABETE SUCRE

par exemple), attendu que les viandes et beaucoup de substances grasses (1\ les légumes verts, etc., renferment des hydrates de carbone. Elle est d'ailleurs tout h fait inutile dans le plus grand nombre des cas; car, à l'exception des plus gravement atteints, tous les diabétiques ont conservé la faculté d'utiliser une certaine quantité d'hydrates de carbone. Enfin, la suppression à peu près complète des hydrates de carbone ne peut ôtre conseillée que pendant un temps limité, et en surveillant attentivement le malade; autrement on risque de l'exposer au développement d'une acétonémie.

La restriction de ces substances, ainsi que le remarque le professeur Naunyn, a non seulement l'avantage de diminuer pendant que le sujet y est soumis, la quantité de sucre de l'organisme, mais encore celui de lui assurer ultérieurement, au moins dans la plupart des cas, une grande tolérance pour ces mômes substances. Le repos relatif de la fonction fait récupérer à l'organisme une partie de son énergie glycolytique.

C'est surtout sous forme de pain que, dans notre pays, se fait l'apport des hydrates de carbone. Je pourrais remplir des pages si je voulais énumérer tous les genres de pains qui ont été proposés pour remplacer le pain ordinaire.

Le premier en date est le pain de gluten; un des derniers, je crois, le pain d'aleurone qu'a préconisé le professeur Ebstein, en raison de sa richesse en albuminj végétale. Malgré cet

(1) Le beurre renferme 8,5 % d'hydrates de carbone. Le cacao en contient de 12 à 49 % ! On voit à quelles erreurs on s'expose en donnant toute espèce de cacao à un diabétique.

FECULENTS — FRUITS 33

avantage, ce pain n'est que peu usité en Allemagne et il est resté presque inconnu en France. Je n'ai jamais eu l'occasion de l'expérimenter.

Je me contente presque toujours de donner du

lin ordinaire; toutefois, j'en limite rigoureusement la quantité journalière d'après l'aptitude glycoly tique du malade. Contrairement aux prescriptions de la plupart des médecins, mais d'accord avec Esbaeh, je recommande la mie, et non la croûte, parce que celle-là, sous le même volume, renferme beaucoup moins de féculents et que les malades sont bien moins portés à dépasser la dose permise, la mie n'étant généralement pas appélissanlc. Enfin, leurs gencives s'en trouvent mieux.

Il y a encore la question des pommes de terre. Avec le professeur Mossé (1), je pense qu'il est bien facile do la résoudre, suivant les cas, en se rappelant que 100 grammes de pommes de terre renferment de lii à 22 % d'amidon; en d'autres ternies, qu'elles fournissent à l'économie autant de sucre que 1)0 ou 70 grammes de pain.

Les fruits sont, en bloc, proscrits par un certain nombre d'autorités médicales; je crois que c'est à tort, car cette privation est pénible pour beaucoup de malades et, en poids, laplupart des fruits (2) ne contiennent guère plus d'hydrates de carbone que les légumes permis ans diabétiques. Cette proposition pourrait paraître subversive; mais si l'on se reporte aux tableaux les

(1) Mossii, Associât.*., xeiriweit. ("uni-vcs ■ !« Nniii'-

(2) Il foui naturellement quelques nuiras fruits très s

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plus rccommandablessur la composition des aliments, on verra qu'elle est rigoureusement exacte. Ainsi l'orange, qui semble tout d'abord un fruit très sucré, ne renferme que peu d'hydrates de carbone. Ce fait a été confirmé récemment par les analyses do V. Kraus (1).

« A poids égal, dit Kraus, les fruits renferment de six h douze fois moins d'hydrates de carbone que le pain blanc. Les oranges (non complètement mûres) sont môme bien plus pauvres, elles n'en renferment que 2,5 à 3 %. Il faut donc 240 grammes environ d'oranges pelées pour faire l'équivalent de la quantité d'hydrates de carbones que contiennent 10 grammes de pain blanc. »

L'abricot, quant aux hydrates de carbone, a une composition analogue; la pêche est môme un peu plus pauvre, car elle peut n'en renfermer que 2 %. Ce fruit constitue donc une ressource précieuse pour les diabétiques. En en mangeant de 100 à 200 grammes, ils n'ingèrent qu'une quantité de sucre presque négligeable (2).

Il faut aussi tenir compte du fait que le lévulose entre pour une port importante dans la totalité du sucre des fruits. Or, le lévulose est moins incomplètement assimilé par les diabétiques que le glucose.

(\) Kuai.s (F.), Untersuchungcn iïber die Chcmie der Diabetes- Kiirhc. Zeitschr. /'. dut tel. und physik. Thérapie, 1898, tome I, p. 69.

('2) Kraus, sur les indications de von Noorden, recommande aux diabétiques les fruits cuits, en prenant la précaution de jeter l'eau dans laquelle ils ont bouilli. Par ce procédé, on arrive à débarrasser les fruits d'un bon tiers de leur sucre et même davantage. Seulement ces fruits sont peu agréables au, proîit, car il leur manque la saveur sucrée. Kraus conseille de 1rs sucrer avec de la saccharine (voir plus loin).

LEVULOSE 38

De Renzi et Reale (1) ont administré sans inconvénient de 23 à 100 grammes de lévulose

8 diabétiques. Boliland (2) l'adonné h 2 glycosuriques ; chez le premier, 20, 30 grammes de lévulose augmentaient de la môme quantité de sucre excrété, au moins certains jours, tandis que d'autres jours il y avait moins de sucre dans l'urine (on n'a pas recherché si ce sucre était du lévulose ou du glucose); chez le second, 20 à 40 grammes de lévulose n'augmentaient jamais la quantité de sucre excrété.

Je pourrais encore citer \V. Haie White(3), von Leyden (4 , etc., qui ont obtenu de bons eiïets de petites doses de lévulose; mais ces heureux résultats sont en somme des exceptions.

Hay craf t f ;>. a donné journellement ;i,i grammes le lévulose, par périodes de 'mis jours, à trois diabétiques (soumisàun régime dont les hydrates 'e carbone fiaient, autant que possible, exclus). Chez deux de ces malades, 19 % environ de lévulose ont été excrétés comme lévulose et 60 % comme glucose. Chez le troisième seulement, tout le lévulose parut avoir été assimilé.

l'aima (fi), chez cinq diabétiques, a vu que

{t) Ds Rbnzi el Reilh, Le lévulose dao? le diiLièle. (Société italienne de inê'l. iiilerut; ït'titiiui? iiirdietde, IS'.Mj, p. 444.)

Rtportt, 1893, 11. 133.)

■' Lkvni.s, llvnn.'jl, -'.n ulu'i I h, il, ..[!■- iiiolliui-, ticitlxche

-7,1,1 . a al s juin L893t)

II.iyuiut, L.THilysp 1-nsi ['liiiliclikcri: ; ihi'u Lheilweise ["mwilinll.ini; m litiik-.st. Zeiln-liri/l /„,-,,!,,,*. >')„■„,„:, I.S'I',.

- v XXX, |t. 131.)

) I'alma, Llaber die Viîrtteiiims; iIit LliviiIusk mid Maltoso ii Diabète*, radlitus. (XdUchr.f. lleili., IH7t, XV, p. 365).

l'administration de 100 grammes de lévulose amenait un excès de l'excrétion du sucre de 60 grammes, dont 7 grammes de lévulose ; 53 % de lévulose s'étaient donc transformés en glucose.

En résumé, le lévulose est,, comme je le disais plus haut, moins mal assimilé par le diabétique que le glucose ; de petites doses ont pu être données sans inconvénient ; mais les résultats d'Haycraft, de Palma et d'autres que je pourrais citer, prouvent qu'on ne peut en faire un véritable aliment pour le diabétique.

4° Condiments a saveur sucrée. — Bien que la saccharine de Fahlberg ne jouisse pas en France d'une très bonne réputation, je crois, avec mon savant collègue le professeur Soulier (1), qu'on a quelque peu exagéré les inconvénients de son emploi. Il est très vrai qu'à forte dose elle entrave la saccharification de l'amidon (2), mais ce n'est pas, ce me semble, un motif pour en proscrire l'usage aux diabétiques. Ce qui est plus grave, c'estque, même àladosedeOgr.lOcentigr. par jour, ce qui n'est pas une très forte dose, elle peut amener, au bout d'un certain temps, de la dyspepsie, et quelquefois de la diarrhée ; mais on en est quitte pour suspendre son administration. A dose plus faible, elle n'a pas cet inconvénient et sonaction an tifermentesciblepeut même,

(1) Soulier. Traité de thérapeutique et de pharmacologie, Paris, 1895, t. I« p. 172.

(2) Il y a deux espèces de saccharine Fahlberg, l'une insoluble, l'autre soluble (à l'état de sel de soude). Il résulte des expériences de digestion artificielle faites par Riegler (Arch. filr experim. Pathol. u. Pharmakol., 1895, tome XXXV, p. 306) que toutes deux ne produisent pas les mêmes effets. La première arrête davantage l'action amylolytique de la salive.

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