‹ Le Diabète et son traitementChapitre 28 sur 34 · AGENTS ANTI DIABÉTIQUES DONT L'ACTION PARAIT MIXTE OU PEU CONNUE · texte numérisé non relu

AGENTS ANTI DIABÉTIQUES DONT L'ACTION PARAIT MIXTE OU PEU CONNUE

1° Alcalins. — J'ai dit précédemment qu'à petite dose les alcalins doivent agir comme excitateurs de la glycolyse. Au contraire, à dose un peu forte, tout en continuant vraisemblablement à augmenter l'oxydation du sucre, ils paraissent entraver la glycogénie. Dufourt(2), dans le laboratoire du professeur Morat, a soumis deux peti ts chiens aussi semblables que possible au jeûne absolu pendant quatre jours ; puis, au bout de ce temps, il les a nourris avec une quantité exactement mesurée de viande durant huit à quinze jours; l'un d'eux recevait, en outre, de 2 à S grammes de bicarbonate de soude (dose assez forte pour un petit chien). Or, le foie de cet animal renfermait une quantité de glycogène double de celle qui était contenue dans le foie du chien témoin. Cette expérience comparative a été ré- Xëetoê plusieurs fois sur les chiens, toujours avec le m?me résultat, ainsi que sur deux lots de cobayes.

Dufourt laisse indécise la question de savoir si l'excès de glycogène hépatique chez les animaux ayant reçu du bicarbonate de soude tient aune formation plus abondante de zoamyline, ou à un défaut de destruction du sucre. Je ne nie ipasla. possibilité du premier de ces deux processus. Mais je crois qu'il n'expliquerait pas complètement l'excès de glycogène. D'ailleurs Gans a constaté que le bicarbonate de soude in

(l) DuFounT, Influence des alcalins sur la glycogénie hépatique. (Arck. deméd. expérim. et d'anat. palhol., mai 1890, p. 424.)

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vitro ralentit la formation du sucre dans un mélange de glycogène et de diaslase (i).

2" PipérÎzinb. — La pipérazine est une substance aïeul oïdique qui joint delà propriété de former, avec l'acide urique, un composé soluble, d'où son emploi dans la goutte. Ellea aussi éléessayée dans le diabète. On ignore si elle est susceplihle d'augmenter la glycoiyse. [lildebrandt (2) admet qu'elle entrave le processus glycogénique. et ses expériences lui auraient montré qu'elle diminue très notablement la glycosurie produite par la phlorizine. De nouvelles recherches seraient nécessaires à cet égard.

3" Aksemc. — On sait qu'à petites doses ce médicament améliore lanutrition ; à ce titre, il est utile chez un certain nombre de diabétiques.

Alors mémequ'il ne remplirait pas le rôle, que lui assigne le professeur Itinz, d'être un convoyeur d'oxygène, il est probable qu'il favorise la glycoiyse ; toutefois on l'a vu augmenter la glycosurie, peut-être en excitant la glycogénie plus que la glycoiyse. Quoi qu'il en soit, de/ortes doses diminuent la glycogénie, mois sans conserver le glycoijène, comme le font les alcalins, car les recherches déjà anciennes de Saïkowsky (3) nous ont appris que le foie des animaux ayant ingéré do très fortes doses d'arsenic est toujours pauvre eu gKcogène. L'arsenic à doses élevées

(1) G*Na. Influence des solutions salines sur In rnpidilû de la

tr;tii*f'ivm;ili'ju «lu d vii'êne en sutre. [<tmaiiie mtiiicul:; IS'.iii.

[S) HiLDiîBBANDT, Uelier eino Wirfctmg dos Piperazin und seiuen tin fins* anl" Am f-ii.t-rimrnirllrn ])mWie^. [Bci/in. Min. WiKhenm-h., 3 le. 1804. |>. Hl ' tv, Zur Diaî.clc-,

(3) BalKon Witsensch., 11

i Frage. {Centr.-Bl. f. die mtd.

agit donc comme altérant. A doses moindres, il influencé la nutrition d'une manière souvent favorable. Mon savant collègue, le professeur Renaut recommande le cacodylate de sodium en injections rectales à la dose de 2 ou 3 centigrammes par jour.

4° Urane. — Je n'ai pas, jusqu'ici, employé moi-môme les sels d'urane. On sait que le nitrate a été beaucoup vanté par Samuel West (1). Duncan a cotffirmé les heureux résultats de S. West chez trois malades. La dose quotidienne de nitrate d'urane a été de gr. 03 centigr. à \ gramme. Il n'a pas observé d'effet fâcheux, mais une diminution notable de l'urine et de la glycosurie, une amélioration de l'état général, ainsi qu'une augmentation du poids. Duncan croit à une action stimulante de ce médicament sur les cellules de l'organisme et le recommande surtout contre le diabète nerveux (2).

5° Autres agents médicamenteux. — Beaucoup d'autres médicaments ont été essayés dans le traitement du diabète et ont donné des succès ; le phosphore, la strychnine, le fer, la chaux, la pilocarpine, l'iode, l'iodoforme et l'iodure de potassium, le mercure, l'ergot de seigle, les baies de myrtille, etc. De ces médicaments divers, les uns agissent comme toniques ou reconstituants, par exemple la chaux, d'autres remplissent, quelquefois par hasard, certaines indications, d'au-

(1) Samuel West, The treatment of diabètes mellitus by uranium nitrate. [Brit. Med. Journ., 24 août 1895.)

(2) Duncan, The treatment of diabètes mellitus by nitrate of uranium. (Brit. Med Journ , 16 oct J897.)J — On sait qu'à ladosc de quelqnes centigrammes le nitrate d'urane amène chez le lapin, la glycosurieet la mort. Voir Cartier, (Thèse de Paris, 1891).

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très, enfin, n'amènent qu'un succès conleslable. Quoi qu'ilen soit, je ne crois pas devoir hasarder d'hypothèses au sujet de l'action de ces médicaments qui ne sont pas à proprement parler des agents anlidiabétiques ; aussi terminorai-je par l'exposé sommaire des résultats de I'opoihérapie

Eiancréatiquc et hépatique, et par l'examen de eurmode d'action.

6° Opothërahe rA>cnÊATH3LE. — Il est inutile d'énumérer les trop nombreux insuccès qu'elle a jusqu'ici enregistrés, et j'estime qu'il suffira de rapporlerquelques cas seulement, où elle a paru utile.

Knowsley Sibley a obtenu une amélioration dans un fait de diabète grave, en faisant ingérer quotidiennement un pancréas (1).

Halfe, après avoir traité sans résullat une jeune fille diabétique à l'aide de gr. 02centigr. do morphine par jour, lui lit prendre chaque matin du pancréas cru demouton. La densité de l'urine resta la même (1,035); mais sa quantité ainsi que celle de sucre, qui était de lî>0 grammes par vingt-quatre heures, diminuèrent notablement, pour s'élever de nouveau pendant une suspension de traitement, et retomber de moitié à la reprise de la médication pancréatique. En même temps le poids de la malade augmenta (2).

Aussetdit avoir vu disparaître la glycosurie chez un diabétique rendant '-18 grammes de sucre dans les vingt-quatre heures, en lui faisant ingérer du pancréas de veau, Il aurait obtenu le

(I) Voir Semaim raj Raltb, Eepoi

10 août 18'J3).

jnème résultat chez des chiens privés de pancréas (1).

Bormann a soumis un homme de trente ans, atteint de diabète maigre, à l'ingestion de pancréas de bœuf rôti (2). Au moment où Ton commença le traitement, la polyurie et la glycosurie avaient été déjà fort amendées par le régime : de 400 grammes le sucre était tombé entre 30 et HO grammes. Sous l'influence de la médication

Kancréatique, il oscilla entre 17 et 40 grammes, [ais, le malade se refusant à continuer l'ingestion, on lui donna en lavement du suc de pancréas. Le sucre tomba à 14 grammes, pour remonter à 30 grammes, chiffre auquel il se maintint jusqu'à la sortie du patient de l'hôpital.

Thesen (3) a traité par l'ingestion de pancréas cru six malades atteints de diabète grave qui, au régime carné absolu, excrétaient quotidiennement 200 grammes de sucre. Il a noté une diminution de l'excrétion du sucre et de l'azote, mais seulement pendant la durée du traitement. Le pancréas était administré à la dose de S0 à 300 grammes par jour ; les patients ne l'acceptaient d'ailleurs qu'avec répugnance.

Lisser (4) a observé dans le service du docteur Pouritz, à Odessa, deux cas de diabète traités par des lavements de pancréas haché, infusé dans

(1) Ausset, Traitement du diabète pancréatique par l'ingestion de pancréas de veau. (Semaine médicale, 1895. p. 376.)

(2) Bormann, Un fait de traitement pancréatique (en russe). (Meditsina. 1895, p. 195 ) — Trad. allemande in Wien. med. Blàttei\ 1897, n° 42.

(3) Thesen, Pankreas im Diabètes. (Deutsche Med. Ztg., 25 janv. 1897, p. 62.)

(4) Lisser, Behandlung des Diabètes mit Pankreasklysmen. {Therap. Wochenschr» 9 fév. 1896.)

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une solution physiologique. Dans le premier cas, sous l'influence de 34 lavements, le chiffre du sucre estlombé de 815 grammes par jour à 425 grammes. A la suite de la suspension du traitement, il atteignit le chiffre de yiG grammes pour tomber de nouveau à 2'iti grammes après que les lavements eurent été repris; la quantité d'urine était également diminuée pendant l'administration des lavements (1). En môme temps l'état général s'améliora, et le malade avait gagné 2 kilogr. t/4 quand il est sorti de l'hôpital. Chez le second patient, le résultat a été sensiblement analogue ; l'augmentation de poids s'est élevée à 4 kilogrammes; mais les lavements n'ont pu être tolérés plus de quinze jours consécutifs.

Battistini (ii) a soumis deux diabétiques de la clinique de Bozzolo à des injections sous-cutanées d'extrait glycérine et aqueux île pancréas. Il y a eu diminution de la glycosurie; dans le second cas, la densité de l'urine est, cependant, restée fort élevée (1,035).

Lauritzen (3) a donné à six diabétiques de l'extrait glycérine de pancréas de veau; il a observé une 1res faible diminution de la glycosurie; l'effet a été plus marqué dans deux cas d'atrophie du pancréas (constatée à l'autopsie).

Van ni et Burzagli rapportent deux observations de diabétiques traités par des injections sous-cu-

(l) La voip vtvUli- pour l'iiiiivh'.iiui: .iii [nirH-iy-iis a èli proposas i.iir Mac Nanuira. illrit . Me<l . J/iurn.,ïl juillet )8Bi.]

(S) Battistim. Ui'licr ir-wei Fiille von Di.iln'lcs iiiclliiu*, mil l'mi''i'iTi>«il'i Lduimlcll. {Therap. Moimla/i.. oct. 1892.)

(3) LAtruiTziis, l'ank.c^ lu, l'ial-.tus. (/'(«(«•/..; M,;!. Ii;.. 25 jaiiv. 1837, p. 63.)

tanées d'extrait glycérine Je pancréas (i) et par l'ingestion de pancréas cru mélangé à l'extrait. L'ingestion de pancréas cru a donné, momentanément, quelque amélioration 2).

Le professeur Spillmann a observé une diminution de la glycosurie chez deux diabétiques maigres soumis aux injections de suc pancréatique ; le poids du corps est resté dans ces deux cas stationnaire (3).

Gilbert et Carnot (4) ont vu « dans un cas récent de diabète, chez une femme de cinquante ans, présentant un cancer du sein, de la lithiase biliaire, etc., la quantité de sucre total (200 gr. en moyenne), qui n'avait pas été influencée par l'emploi de l'extrait hépatique, tomber brusquement de moitié après l'administration d'extrait pancréatique ».

Je pourrais emprunter encore à la littérature deux ou trois faits analogues aux précédents, mais ce serait tout. En somme, l'opothérapie pancréatique ne compte à son actif aucun succès éclatant ou même absolument indiscutable, car, pour peu qu'on soit sceptique, la plupart des observations précédentes n'entraînent pas la conviction (5). On peut, en effet, objecter, que les

(1) Blumenthal (Zeitsch. f. dietet. u. physikaL Therap., 1898, p. 256) a fait la remarque que les extraits glycérines agissent moins que le pancréas lui-même.

(2) Vanni et Burzagli, Due casi di diabète tratlati con iniezioni ipodermiche di estratto glicerico e con l'uso interno di pancréas fresco. (Morgagni. juillet 139o.)

(3) Spillmann, Sur le traitement du diabète. (Semaine médicale, 1890, p. 338.)

(4) Gilbert et Carnot, loc. cit.

(5) C'est à cette conclusion qu'arrive le professeur de Cérenville (Rev. méd. de la Suisse rom., déc. 1893). Plus récemment, au quatrième Congrès français de médecine interne (voir, Semaine médicale, 1898, p. 183), notre collègue de Lausanne a*

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