CONTROLE DES RÉSULTATS
Un diabétique étant soumis à un traitement hydrologique ou autre, comment son médecin pourra-t-il se rendre compte des effets obtenus, constater l'amélioration ou l'aggravation du diabète, établir le bilan de son malade, en un mot, et en montrer à celui-ci la réalité?
C'est là une question que nous n'avons pas voulu traiter au cours de ces pages, bien qu'elle n'eût pas été un horsd'œuvre, mais dont nous croyons devoir nous occuper avant de finir.
Le malade sent évidemment lui-même si sa cure agit ou non favorablement, et il est le plus souvent en mesure d'apprécier si ses forces augmentent, si son sommeil est meilleur, s'il y a du mieux dans son état général ou dans quelque symptôme particulier. Mais pour le médecin il faut plus de précision dans ces détails.
Le diabétique dira bien si son appétit se régularise, si sa digestion se fait mieux, s'il urine moins souvent et en mons grande quantité, etc..
Pour savoir s'il profite de son alimentation, et dans quelle mesure, le médecin aura recours à la balance, sinon pour peser les aliments et boissons que son malade absorbe, au moins pour s'assurer si celui-ci augmente de poids. La bascule automatique le renseignera clairement ; il sera bon
par conséquent d'exiger du diabétique qu'il se pèse toutes les semaines, autant que possible à la même balance, et toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec les mêmes vêtements, à la même heure delajournée, en évitant, en un mot, toutes les circonstances qui peuvent fausser les résultats.
Il mesurera parallèlement ses forces au dynamomètre, toujours dans des conditions identiques, pour que rien ne trouble la légitimité des déductions à tirer des chiffres constatés.
Il aura recours au spiromètre pour apprécier exactement la capacité vitale des poumons, en la relevant aux mêmes heures de la journée, le matin de préférence. Et si l'on ne peut songer pour chaque malade à analyser l'air expiré, à se rendre compte des modifications bio-chimiques de la respiration, du moins la capacité respiratoire fournira-t-elle un élément précieux d'appréciation.
C'est surtout du côté des urines que le médecin devra répéter ses examens. Il relèvera exactement le volume excrété, pour le comparer à celui des boissons absorbées dans la journée; il aura soin de noter les caractères physiques de l'urine, de prendre sa densité, et surtout d'en faire une analyse chimique qui, si elle est pratiquée toujours d'après les mêmes principes, avec les mêmes méthodes, les mêmes appareils, les mêmes réactifs, autorisera des conclusions précises, et sera un guide précieux a tous les points de vue, pour le médecin d'abord, ensuite pour le malade qui, à notre avis, doit parfaitement connaître son état et les modifications qu'il subit.
Pour nous, nous n'hésitons pas à déclarer qu'il serait infiniment préférable que le médecin pût lui-même pratiquer une analyse au moins sommaire de l'urine de ses diabétiques, et s'assurer, proprio visu, de ses caractères.
S'il est bon de confier à un chimiste expert ou à un pharmacien habile l'analyse complète et détaillée des urines.
quand besoin est de connaître la composition exacte et entière de cette urine, nous jugeons qu'il est encore préférable que le médecin s'assure par lui-même de certains points concernant cette composition.
Ce sentiment est partagé par de dislingaés confrères qui s'occupent spécialement de la cure du diabète.
Comme on ne peut cependant demander au praticien de consacrer un temps considérable à ces analyses, nous allons indiquer les moyens déjuger en peu d'instants des qualités d'une urine, et même de faire un dosage exact des principaux éléments qui intéressent le médecin.
Ce sont des procédés d analyses cliniques, prompts et faciles, que nous voulons faire connaître, après en avoir apprécié nous-même tous les avantages.
Pour reconnaître la présence du sucre dans une urine, les moyens ne manquent pas : les alcalis caustiques (potasse et soude), employés seuls, ou associés au sous-nitrate de bismuth, ou combinés au sulfate de cuivre (réaction de Trommer), le picrate de soude (proposé par Galippe, en 1872), le cyanure de mercure, le bichromate de potasse en présence d'un silicate alcalin (réactif de Pratesi), etc., etc.
Mais le meilleur^ le plus sûr et le plus constant de ces réactifs est la liqueur cupro-alcaline, à base de potasse ou de soude (liqueurs de Barreswil, de Violette, de Fehling). Cette dernière doit être préférée, et son emploi devrait être général.
Pour rendre sa réaction encore plus sensible, et pouvoir déceler moins d'un demi-gramme de sucre par mille dans une urine, on l'emploiera mêlée à une solution saturée de sel marin pur, de façon à obtenir un liquide bleuâtre : on fait bouillir dans un tube, et, en ajoutant quelques gouttes de l'urine à examiner qui surnageront, on verra se former à la surface de séparation une couche nettement évélatrice d'oxyde rouge de cuivre.
La liqueur de Fehling n'étant pas commode à transporter, M. Meillère a proposé l'emploi d'une poudre
composée d'un partie de sulfate de cuivre et de dix parties de sel de Seignetle, dont on met une pincée au fond d'un tube à expérience, avec trois à quatre centimètres cubes d'eau pure, et quelques pastilles de potasse ou de soude: on fait bouillir, et en versant ensuite quelques gouttes d'urine à la surface, la réduction est très nette, même avec une urine contenant un millième de sucre.
On peut mettre la poudre de Meillère en pastilles comprimées, et avoir ainsi, avec soi, sous forme de lentilles^ le réactif le plus pratique de la glycosurie.
Il est parfois nécessaire, par exemple quand l'urine est albumineuse, etc.. de la déféquer par l'emploi successif de l'acétate de plomb (extrait de Saturne) et du carbonate de soude, ou bien du sulfate de soude, qu'on pourrait également mettre en pastilles pour plus de commodité.
Le dosage du sucre doit pouvoir être fait par le médecin lui-même. 11 existe pour cela des appareils dont le maniement est rapide, tels que le saccharimètre, le polarimètre, le diabétomètre dit à pénombres, comme celui d'Yvon ; mais nous n'insisterons pas sur leur emploi.
A notre avis, mieux vaut s'en tenir à l'usage de la liqueur de Fehling.
Celle-ci, bien titrée à 34 gr. 65 de sulfate de cuivre par litre, représente par centimètre cube 0 gr. 005 de glycose, soit 0 gr.Oo par (iiar centimètres cubes.
Le point délicat dans son emploi est de saisir exactement la limite de la décoloration complète, l'oxydule de cuivre donnant au liquide une teinte bleue dichroïque. On peut, en ajoutant de lichtyocolle ou du sulfate d'alumine, hâter le dépôt de l'oxyde rouge.
Le plus simple est d'empêcher sa formation, etpour cela, il existe un procédé fort ingénieux, dû à M. Causse (d'Orléans), et auquel nous avons recours pour nos dosages de glycose dans l'urine de nos diabétiques. — Dans un petit ballon, ou simplement dans une capsule de porcelaine blanche placée sur la lampe à alcool, on verse 10 ce de
liqueur de Fehling, le double d'eau distillée, et4cc. d'une solution de prussiate jaune au 1[20% et l'on fait bouillir. — • Dans une burette graduée on introduit l'urine à doser, soit pure si elle est limpide et peu colorée, soit déféquée comme à l'ordinaire, et, au besoin, étendue d'un ou deux volumes d'eau. — Le mélange ferro-cuprique étant en pleine ébullition, on y fait couler goutte à goutte le liquide sucré, qui décolore peu à peu la liqueur bleue. — L'ébullition ne doit pas être interrompue ; le dosage doit se faire d'un trait, en versant régulièrement l'urine et ne s'occupant que du changement de couleur. Partant du bleu, on arrive à la suppression de cette teinte par l'effet réducteur du glucose. — L'état incolore est passager, mais suffisant pour juger la fin de la réaction. — Il se produit, de suite après, une coloration brune dont il n'y a pas à tenir compte, tout se passe entre le bleu et le blanc. Il ne se forme pas de précipité gênant l'appréciation des teintes. — Ce procédé, simple et rapide, donne d'excellents résultats; il est à la portée de la main la moins exercée : on peut l'employer en toute confiance.
Son emploi à peu près journalier periliettrait de diagnostiquer le diabète vrai de la simple glycosurie : car, à ce que dit le D^ Duhomme, dans le diabète la quantité de sucre émise dans les vingt-quatre heures ne subit que de très faibles oscillations d'un jour à l'autre, lesquelles marchent régulièrement dans le même sens ; — dans la glycosurie, au contraire, les variations sont fréquentes, irrégulières, quelquefois considérables.
Rappelons ici que le D'' Duhomme a imaginé un dosage facile du sucre, par la liqueur de Fehling versée et mesurée au moyen d'un compte-gouttes officinal bien calibré. Sou procédé est recommandé par le D"" Dujardin-Baumetz : il peut être mis facilement à la portée des malades. Mais rien, à notre avis, ne vaudra l'analyse faite par le médecin lui-même, toujours dans des conditions identiques, parfaitement comparables.
2'22 ÉTUDE SUR LE 'rKAlTEMENT
Au début de 1894, le Concours médical, à propos d'un travail du D' Worms sur le diabète à évolution lente, donnait un procédé de dosage du sucre des urines qui est une combinaison de l'emploi du compte gouttes de Duhomme avec le procédé au ferro-cyanure de Causse, ce dernier étant, par erreur, attribué à M. Meillère par Fauteur de l'article.
En plus du glucose, la liqueur de Fehling peut servir à déceler dans Furine, d'une façon très sufTisante pour le clinicien, la présence : 1° des peptones ; 2° de Facide urique en excès ; 3° de l'acide phosphorique en excès.
Voici la manière de procéder pour obtenir ces renseignements ; c'est à M. L. Jolly qu'elle est due.
1° Dans un tube à essai on verse : 1 ce. de liqueur de Fehling, et 8 à 10 ce. d'urine ; on agite, le liquide devient trouble et bleu. La partie trouble peut être un mélange de phosphates de chaux et de cuivre. Sans attendre le repos, on fait bouillir légèrement. Trois phénomènes peuvent se produite :
a) Le liquide reste bleu : — il n'y a pas d'indication particulière.
b) La liqueur est décolorée avec précipité jaune pâle floconneux, nageant dans le liquide qui aune couleur ambrée : — peptones.
c) La liqueur prend une couleur o?Yw^e ; et après quelques instants, le précipité se condense et a une couleur orangée : — glycose.
2° Dans un tube à essai, on verse parties égales de liqueur de Fehling et d'urine ; on mélange et l'on fait bouillir ; puis on laisse reposer :
a) Le liquide éclairci est resté bleu, et le précipité déposé est gris bleuâtre : — peu d'acide urique.
b) Le liquide éclairci est u'îri, et le précipité gris verdâtre : ■^ excès d" acide urique ou d' urates . Déplus, si le précipité est peu abondant, c'est que Furine Q%ipauvre en acide phosphorique ; s'il est très abondant, l'urine est riche en cet acide.
c) La liqueur prend une teinte orange. Par le repos, la
partie claire a pris une teinte brune, et le précipité est devenu brun en virant sur le ronge : — il y a, à coup sûr, dfr la, glycose.
Dans ces proportions de mélange à parties égales, lespeptones ne sont pas décelées ; s'il y a la moindre réduction du sel de cuivre, il faut Tatlribuer à la glycose. Dans ce cas, les différentes décolorations tiennent de la plus ou moins grande quantité de sucre contenu dansl'urine.
Dans le diabète, l'acidité totale des urines est au-dessus de la normale ; elle s'accroît parallèlement à la glycosurie, et aussi quand le malade est menacé d'acétonémie. Cette acidité est donc un signe diagnostique assez sérieux, et ilj peut être bon, pour le médecin, de doser celte acidité totale de l'urine. C'est une simple opération volumétrique, qu'on peut faire avec une solution titrée de soude caustique, versée dans l'urine à l'aide d'une burette graduée, ou du compte-gouttes officinal -, on se sert du papier de tournesol comme réactif pour saisir la fin de l'opération.
Le dosage de Ynrée sera facile à faire, et en peu de temps,. par le procédé d'Yvon, à Thypobromite de soude, et avec l'uréomètre de l'inventeur, ou bien avec l'un des uréomètres d'Essbach, de Quinquaud, de Saloz, de Denigès, de- Dannecy, ou de tout autre : le meilleur sera celui dont on, aura acquis l'habitude. Il faut savoir que, pour dégager la totalité de l'azote de l'urée, on doit ajouter à l'urine à traiter une petite proportion de sucre, comme l'a démontré Méhu.
Ces mêmes uréomètres pourront servir à doser l'acide urique, et en même temps, la créatine de l'urine. Pour cela, on dosera l'azote : 1° dans l'urine pure et sucrée; 2° dans l'urine traitée par le chlorure de zinc et filtrée; 3° dans, l'urine déféquée parle sous-acétate de plomb et filtrée.
Le résultat deuxième retranché du premier donnera la quantité de créatine.
Le résultat troisième retranché du premier donnera la quantité d'acirfe urique.