PRODUCTION DE ZOAMYLINE HÉPATIQUE AUX DÉPENS DE MATÉRIAUX
PROTÉIQUES
Cl. Bernard a vu que le foie d’un chien alimenté de viande pendant des mois renferme du glycogène. 11 en a conclu que les matières protéiques en peuvent être la source; et, renchérissant sur lui, des physiologistes ont prétendu qu'elles en sont la source exclusive*. Mais de telles assertions sont en contradiction formelle avec l’observation journalière : ainsi que l'ont vu
non fermentescible se transforme dans l'économie en sucre fermentescible, avant de passer à l’état de glycogène.
1. Salkowski. ( Centralblatt f. die med. Wissensch. 1893, 18 mars). — Neubkru et Wohlgemuth ( Berichte d. d. chem. Gesellsch., 1901, p. 1741»).
2. Crkmkr. Ueber die Verwerthung der Rhamnose ( Zeitschrift fiir Biologie, XL1I, p. 428).
3. J. Frentzkl. Ueber Glvcogenbildung im ThierkOrper nach Fütterung mit llolzzucker. [Pflueger s Archiv, 189 , t. LYI. p. 273).
4. Ebstein. [Virchow’s Archiv, 1893, CXX.X1V, p. 301). — Voir toutefois : Lixdemaxx et Mav. ' Deutsche* Archiv. fiirklin. Med. 1896, t. LVI.
5. D’après Yacdin (Annales de l' Institut Pasteur, 1902, p. 85). Ce processus s'accompagnerait en tous cas, du passage à l'état insoluble de divers sels, notamment de phosphates terreux qui étaient tenus en solution par le sucre.
0. Wolkfberi;. ( Zeitschrift fiir Biologie , 1876, XII, p. 206).
RÉSERVES GLYCOGÉNIQUES
Pavv, et nombre d’expérimentateurs, il est incontestable que le glycogène est moins abondant chez des animaux au régime strict de la viande1.
Et cependant la viande n’est pas de la matière protéique pure: outre du glycogène — dont la proportion n’est pas négligeable — on y trouve des sucres 2 et d’autres matières capables de donner du sucre (notamment de la dcxtrine). On y trouve aussi du sucre combine, que nous avons nommé sucre virtuel, qui n'est pas extrait par l’eau bouillante; d'où il résulte qu’en nourrissant un ebien exclusivement avec de la viande bouillie, on ne le prive pas d’bvdrates de carbone 11 n'est donc pas étonnant qu’un
1. D’après Pavy [Guys Ilospit. Reports, 1858, 3U série, IV, p. 315). Le poids du loic d’un chien de moyenne taille, au régime carné, ne dépasse guère 3 p. 100 du poids corporel, et la proportion moyenne de glycogène hépatique est 7 p. 100 du poids du l’oie. Ainsi, un chien de 10 kilogrammes au régime carné en possède, au plus, 25 grammes. Si le chien est au régime du pain et des pommes de terre, le poids du foie s’élève à 0 p. 100, et la proportion moyenne du glycogène à 17 p. 100, ce qui, pour un chien de 10 kilogrammes, fait 100 grammes. Mais les expériences de Pavy ayant été peu nombreuses, on ne peut accepter comme définitifs les chiffres précédents, car il existe chez les chiens de très grandes différences sous le rapport du glycogène. Il résulte de mes propres recherches que des animaux (cobayes) de la même portée, et vivant dans la môme cage, ont une proportion de glycogène hépatique très différente. Ainsi, môme en se servant de témoins, il est très difficile de déterminer la valeur zoamylogénique d’un aliment.
Sur le glycogène hépatique dans ses rapports avec l’alimentation carnée, voir encore Bœhm et Hokmann. ( Archiv für exp. Path. u. P h armai;.). — Tscherixoav. ( Virchow’ s Archiv, 1809, XLVII, p. 102 et Afàîusikff. (P/lueger’s Archiv, 1883, XXX, p. 385) (avec 2 planches). — .Moszeik (Pflueyer's Archiv, 1883, XLI1, p. 550). — Léonard. ( Dubois Reymond Archiv, 1887, Suppl.-Bd.).
2. Paxormoff. [Zeitschrift für pht/siolog . Cliemie , XVII, p. 590) a établi contrairement à l’opinion de CI. Bernard qu’on y trouve du glycose, surtout chez les animaux à sang froid. — Osborne etZoBEL. (Thesugars of muscle. Journal of Physiology. 1903, XXIX), y ont rencontré surtout du maltose. Ce sont des cristaux de maltosazone, mélangés à d’autres osazones, que Pavy aurait pris pour des cristaux d’isomaltosazone.
3. La caséine est une des rares matières albuminoïdes à laquelle ne seraient pas unis des hydrates de carbone préexistants. Mais, selon moi, cette exception n’est qu’apparente". Il me semble, en effet, très probable
ZO.VMYLOGliNU-;
régime carné entretienne dans le foie une réserve de glycogène, à la vérité, beaucoup moins abondante cjue celle qu'assure un régime mixte, où prédominent les hydrates de carbone.
Cela est d’autant moins surprenant que, contrairement à l’opinion de Pllueger, la molécule protéique, par elle-même, est capable de faire du glycogène. Les progrès de la science ont, en effet, donné la preuve que certains acides amidés faisant partie intégrante de la molécule protéique, ont ce pouvoir : Cohn 1 a dosé le glycogène hépatique chez huit lapins sacrifiés après avoir été tenus plusieurs jours à l'inanition Sur les huit, quatre avaient ingéré de la leucine. Or, il a obtenu les résultats suivants :
GLYCOGÈNE HÈPATIyüE DES
jour de lopin* lapins
l'iiianiliou. témoin*. avec leucine.
Ü. Simon J n’a pas constaté de glycogène dans le foie de lapins slrychnisés qui avaient reçu IG gr. de leucine ; mais l'action antagoniste de la strychnine, qui est azoamt/liquc , explique peut-être ce résultat négatif1. D’autre pari, .Neuberg et Langstein ‘ paraissent avoir prouvé que l’alanine (autre acide amidé), est réellement zoamylogène ; mais cette source de glycogène n'est pas très considérable.
que. dans le lait, le lactose est combiné (d'une manière lâche) à la caséine, dont il est séparé par les manipulations nécessaires à la préparation de celle-ci.
1. 11. Cohn. Zur Frage der Zuckerbildung aus Eiweiss. (Zeitschrift für physiol. Chemie, 1899. XWUI, p. 211 .
2 n. Simon. Zur Physiologie der (îlycogenhildung Zeitschrift fürphysiolug. Chemie. 1902. XXXV, p. 315).
3. (ihcbe. (Pflueger's Archiv , 122. p. 451 , dit n’avoir pas réussi à augmenter le glycogène du foie de tortue irrigué avec le liquide de ltinger additionné de leucine et d'alanine : mais les conditions de 1 expérience n’étaient, peut-être, pas parfaites.
4. Nbubehg et Langstein. ( Archiv für Physiologie, 1903. p. 514).
RÉSERVES GLYCOGÉNIQUES