THÉORIES DE P. FRANK ET DE ROLLO
F. Homes', qui observa avec sagacité deux diabétiques, conteste que la quantité des urines puisse dépasser celle des ingesta liquides. Il a fait fermenter l'urine avec de la levure, et a remarqué qu’après la fermentation elle a perdu son goût sucré pour prendre celui de la bière. Quant à la nature de la maladie, il accepte l’idée de Dobson.
P. Frank J émet une idée originale : pour lui, le diabète serait une maladie du système lymphatique avec exaltation des fonctions urinaires; déterminée par un t'i77/&(nous dirions aujourd’hui une matière toxique), qui se formerait dans l’économie, ou serait introduite du dehors. Cette idée ne trouva aucun écho.
L’attention se fixa, au contraire, sur un opuscule d'un chirurgien de l’armée anglaise, Itollo, qui préconisait un nouveau traitement
Itollo 1 considère le diabète comme une maladie de l’estomac avec « viciation » du suc gastrique. Les principaux moyens à employer sont le repos, une entière abstinence des substances végétales, un régime animal exclusif, les émétiques, le sulfure d'ammoniaque et les narcotiques.
Rollo ignorait que, normalement, l’amidon se transforme en sucre dans le tube digestif. S'il proscrit le régime végétal, c’est « dans le but de ralentir l’activité de l’estomac ». Ajoutons qu’il admet gratuitement une « suroxygénation des humeurs », hypo-
!. Fr. Homes. Clinical Expérimenta. Historiés aiul Dissections. Edinb..
2. J. -P. Frank. De curandis liominum morbis Epitome. Mannehemii,
3. J'ai emprunté la plupart des citations qui précèdent à une remarquable étude historique du diabète jusqu'à la lin du xviii0 siècle, que le 1)' Max Salomon (de Hambourg) a publiée il y a quelques années [Deutscbcs Archiv fiir klin. Medicin. VIII, p. 489). J’y renvoie pour les indications bibliographiques anciennes. A partir de Rollo, inclusivement, mon historique est rédigé uniquement sur les textes originaux.
4. John Rollo. On two cases of Diabètes mellitus, with remarks on the arise during the progress ofthecure. Londres, 1797. Traduction française par Alyon, Paris, an VI
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llièse bizarre <jui lui inspire l'idée de prescrire des agents désoxyfjénanfs.
On voit que, sauf le régime animal, les prescriptions thérapeutiques de lîollo ne sont pas heureuses, et que son livre, en raison de ses théories singulières, ne semble pas mériter la réputation dont il jouit.
Quant à celui de Nicolas et Gucudeville, il ne renferme rien de bien nouveau.
Dupuytren et Thénard f ont décrit avec soin les caractères de l'urine chez un diabétique. Ils ont constaté qu’abandonnée è elle-même elle se troublait, dans l’espace de quelques jours, et qu’il s’en dégageait des bulles de gaz acide carbonique. Elle a donné de l’alcool par la distillation ; elle renfermait donc du sucre ; mais ce sucre était peu sapide. Ils ont aussi insisté sur l’utilité du régime animal.
En 18l.">, Chevreul démontra que le sucre de l’urine des diabétiques est chimiquement identique avec le sucre de raisin -. Prout confirma le fait. Dès ce moment, on n’admit plus que deux espèces de diabète : le diabète sucré, caractérisé par la présence de glvcose dans burine, et le diabète insipide.
Si le diabète sucré, le seul dont nous ayons désormais à nous occuper, parut, dès lors, au point de vue humoral, une maladie bien définie, il n’en resta pas moins, pour les organiciens, une affection énigmatique. Quelques-uns tentèrent de l’expliquer par une congestion du rein. Mais Andral fit remarquer qu’il y a beaucoup de congestions du rein sans diabète, et des diabètes sans congestion du rein. Von Stosch admit, hypothétiquement, qu’il est d’origine cérébrale (1828). En fait, la grande période médicale de Laënnec, Bouillaud, etc., n’amena aucun progrès notable dans la connaissance de celle maladie.
1. Dupuytren et Thénard. Sur le diabète sucré (Bulletin de la Société de la Faculté de Médecine. 1800, p. 37).
*2. Chevreul. Note sur le sucre du diabète ( Bulletin de la Société philomatique, 1815, p. 148 et Annales de Chimie, t. XCV).
MOUCHARDAT. — MIALHE
Eh 1821, Tiedmann et Gmelin firent l'importante découverte qu'il se forme normalement du glvcose dans l'intestin des animaux, aux dépens des substances féculentes. Mais les esprits n étaient pas alors préparés à reconnaître l’étroite connexion qui existe entre les actes physiologiques et pathologiques. Cette notion nouvelle ne fut utilisée que quelques années plus tard, notamment par Bouchardat1.
Travaux de Bouchardat. — Ce savant, dans ses premières publications, accorda une importance un peu exagérée au fait que la transformation du sucre en glvcose pouvait se faire, dans l’estomac des diabétiques, plus vite et plus complètement que dans celui de l’homme sain. C'est ainsi qu'il explique l’excès de sucre dans l'organisme de ces malades. Plus tard, sans abandonner ses idées à cet égard, il crut constater que « la quantité de sucre contenu dans les urines est dans un rapport constant avec la quantité des aliments féculents ou sucrés ». Aussi voulut-il les interdire complètement aux diabétiques. Pour les remplacer, il recommanda — d’une manière peut-être exagérée — l’emploi de l’alcool. D’autre part, il s’efforça d'augmenter la consommation du sucre par l'exercice musculaire1.
Théorie de Mialhe. — Peu après les premiers travaux de Bouchardat, Mialhe3. en suivant une indication donnée par Che-
I Les premières publications de ce maître ont paru en I8.T8, et surtout en 183'.l, dans la lie vue médicale. Les suivantes, fort nombreuses, sont, pour la plupart, réunies dans son livre : de la Glycosurie ou lliabete sucré.
2. Bouchardat a aussi eu le mérite de remarquer la fréquence de I atrophie du pancréas chez les diabétiques. A l’exemple de Haller il a essayé de l’enlever chez des chiens ; mais ses animaux n'ont pas survécu.
3- Ce chimiste venait de se faire connaître en découvrant dans la salive la diastase qui transforme l'empois d’amidon en sucre (C.-H. de I Acad, des Sciences. 31 mars i 845.) — La production de sucre par la salive aux dépens de l'amidon avait déjà été indiquée par Leuchs; mais on ne savait a quel agent était due celte transformation de substance. — Quinze jours plus tard, Bouchardat et Sandras trouvèrent unediaslasc semblable dans le suc pancréatique (»d. 15 avril).
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vrcul 1 2 « que le glycose, la dextrinc et le lactose n’ont aucune action réductrice sur l’oxyde de cuivre tant qu’ils n’ont pas été influencés par les alcalis », fut conduit à émettre une nouvelle théorie du diabète " : d’après lui. l’alcalinité du sang suffit chez les personnes saines pour brûler le sucre fourni par l’alimentation ; mais les diabétiques, (pii transpirent peu, n’éliminent pas suffisamment les acides qui se trouvent normalement dans la sueur; d’où . diminution de l'alcalinité du sang et incomplète combustion du sucre. — Celle pathogénie n’était pas très solide; mais l’indication des alcalins est demeurée dans la pratique.
Cependant un chimiste italien, Arabrosiani, avait en 1 83o démontré, au moyen de la levure de bière, la présence d’un sucre fermentescible dans l’extrait du sang d'un diabétique3 4 *; el l’année suivante, Mac Gregor*, en suivant la méthode d'Ambrosiani, reconnaissait l’existence de sucre dans le sang d’un grand nombre de ces malades. 11 ajoute qu’il en a trouvé des traces dans le sang d'animaux sains, en digestion de féculents. Magendie8 fit la môme constatation.
Résumons les progrès accomplis jusqu’à l’année 1847 :
A la fin du xvn* siècle, Th. \\ illis signale la présence d’une matière sucrée dans l’urine des diabétiques, et celte matière est plus lard retrouvée dans l’urine et dans le sang. Désormais on
1. CiiüviiEuii. (C. /{. del'Acad. de s Sciences, 23 août 1824). D’autre part. Frémy (id. uct. 1844) avait fait l’observation que si on arrose un arbre avec une eau légèrement alcaline, il ne porte plus de fruits sucrés.
2. Mialhe. Bulletin de l'Acad. de Med. 1847 et Bulletin de thérap. 1849. Plus tard (Union médic. 1806) il admet que « la cause première de la glycosurie ne réside pas tout entière dans une composition anormale du sang, mais bien dans une affection nerveuse essentielle ».
3. Ambrosiani. Annali univers, di med. Milano 1833 et Journal de chim. méd .. 1830. — Cl. Bernard lui reproche d’avoir, en clarifiant le liquide avec du blanc d’œuf, « introduit une cause d’erreur nouvelle qui a invalidé complètement le résultat de son travail ». Cette critique me paraît excessive.