‹ Le diabète sucréChapitre 14 sur 654 · DÉCOUVERTE DE LA GLYCOGÉNIE HÉPATIQUE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE LA GLYCOGÉNIE HÉPATIQUE

« Un chien fut assommé huit heures après un repas de viande. Aussitôt l'abdomen ouvert on recueillit : 1" du sang qui s'écoula île l’incision faite au tronc de la veine porte, vers le point où la veine splénique vient s’y aboucher; 2° du chyle, en ouvrant h> canal thoracique; 3° du sang du cœur; 4° les matières alimentaires contenues dans le tube digestif.

« Ces dernières, ainsi que le chyle, ne renfermaient pas de sucre.

« Le sang de la veine porte étant coagulé, il s'en sépara un sérum opalin légèrement lactescent dans lequel on trouva une très grande quantité de sucre.

« Le sérum du sang pur dans le ventricule droit du cœur présentait beaucoup de sucre, mais en moins grande abondance que dans le sang de la veine porte. />

1. Voir Dumas (G. II. de G Acad, des Sciences, 1845, L. XXI). Dans le lait d’une chienne nourrie absolument de viande, cetéminent chimiste avait, naturellement, trouvé du sucre; mais ce résultat ne le convainquit point, parce que l'animal avait rongé la paille de sa litière ! A la même époque, Boussingault, Dumas et l’nyen soutenaient que les matières grasses ne se forment que dans les plantes. Magendie cependant et d’autres savants, dit Cl. Bernard, ne pouvaient comprendre que tout le beurre que fournit le lait d’une vache put être retiré de l’herbe qu’elle broutait.

2. Cl. Bernard. De l’origine du sucre dans l’économie animale (. Archives générales de médecine, 1848, t. X4 III, p. 203).

GLYCOGENIE HEPATIQUE

Il v avait, comme ou voit , quelque chose de paradoxal dans ces résultats : lorsque les matières contenues dans le tube digestif ne renfermaient pas de sucre, le sang de la veine porte en contenait une grande quantité. Cl. Bernard lit alors une expérience qu’il rapporte en ces ternies :

« Ayant tué, par la section du bulbe rachidien, un chien en digestion de matières exemptes de sucre ou d’amidon, j’ouvris immédiatement la cavité abdominale, et, avec la plus grande célérité possible, j'apposai des ligatures : 1° sur des rameaux veineux qui émanaient de l'intestin grêle; 2° sur la veine splénique; 3° sur les rameaux veineux émanant du pancréas; 4° sur le tronc de la veine porte avant sou entrée dans le foie. Incisant ensuite ces différentes veines entre la ligature et les organes, je pus constater : lft que le sang des veines intestinales, de même que les matières contenues dans 1 intestin, ne renfermaient pas de sucre; 2° que le sang de la rate n’en présentait non plus aucune trace; 3° que le sang des veines pancréatiques en était également exempt; 4° qu'au contraire, le sang recueilli entre la ligature de la veine porte et le foie, ef qui reflua en grande abondance de cet organe, renfermait des quantités énormes de sucre. Il était donc à présumer que le tissu du foie devait en renfermer, et, en effet, l’analyse d’une portion de ce foie montra des quantités très considérables de sucre, tandis que les tissus de la rate, du pancréas et des glandes mésentériques, également lavés et examinés avec soin, ne dénotèrent aucune trace de sucre aux réactifs1. »

Cl. Bernard explique ensuite que ce reflux du sang du foiedans la veine porte est facile lorsqu’on ouvre l’abdomen, à cause de la diminution de la tension abdominale. C'est pour éviter cette cause d erreur qu’il a recommandé, lorsqu’on veut recueillir à l’état de pureté le sang de la veine porte, de ne faire tout d’abord à la paroi abdominale qu’une petite incision, par laquelle, avec le doigt recourbé en crochet, on saisit le tronc porte qu’on lie à

t. Ce résultat, qui nous semble actuellement étrange, s’explique par l'insuffisance de la technique.

l’eu après cette publication, Lehmann ( Bcricht der Gesellschaft (1er \\ isaenscliaften zu Leipzig, 1 8A0) répéta les expériences de CI. Bernard sur des chevaux qui venaient d’être sacrifiés. Dans la veine porte il ne trouva que des traces de sucre, tandis que le sang des veines sus-hépatiques en renfermait une proportion considérable.

HISTORIQUE

peu de distance du hile hépatique. Ceci fait, on ouvre largement le ventre cl on incise la veine au-dessous de la ligature.

Dans le même mémoire, Cl. Bernard se pose la question de savoir « si ce sucre résulte d’une transformation particulière de certains éléments du foie, ou si l’on doit admettre qu'il est simplement accumulé dans l’organe par suite de l’alimentation ». Il n’est pas favorable à cette dernière hypothèse : 1° parce que le sang d’un chien alimenté exclusivement pendant dix-neuf jours avec de la viande cuite, « renfermait beaucoup de sucre »; 2° parce que « chez un lapin nourri d’herbe et de carottes, mort dix-sept heures après la section des pneumo-gastriques, il n’a pu déceler de sucre ni dans le sang ni dans le foie. De ce dernier fait, il conclut que la formation du sucre dans cet organe se fait sous l’influence du système nerveux.

Ce mémoire de début renfermait trois faits nouveaux : l"que les plantes n’ont pas, comme on le croyait alors, le privilège de faire dusucre ; 2°qu’un organe, le foie, en fabrique normalement ; 3° que la formation du sucre dans le foie paraît en relation avec une influence nerveuse. De ces trois propositions, les deux premières semblaient prouvées par les expériences ci-dessus relatées ; et cependant il a fallu d’interminables controverses pour les mettre hors de contestation, controverses d’ailleurs nécessaires, car de graves erreurs entachaient les constatations faites par Cl. Bernard. Quant à la troisième proposition, à peine formulée dans le premier mémoire, elle fut, l'année suivante, complétée par une brillante découverte, celle de la glycosurie consécutive à la piqûre du plancher du quatrième ventricule1. J’y reviendrai, après avoir exposé les vicissitudes par lesquelles a passé la doctrine de la glycogénie hépatique, et les luttes passionnées auxquelles elle a donné lieu.

Travaux de Figuier. — Les inexactitudes contenues dans le premier mémoire de Cl. Bernard se retrouvent dans sa thèse pour le doctorat ès sciences publiée trois ans plus tard2. A cette date,

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