Figuier. ( Gazette hebdomadaire, 1855, p
HISTORIQUE
l.a liqueur est évaporée à siccité, au bain-marie. Le résidu esl repris par I ('au distillée, et la liqueur est divisée en deux parties. La première, additionnée de levure de bière, n’a donné aucun
signe de fermentation.
Le second a été tenu en ébullition pendant deux ou trois minutes avec cinq gouttes d’acide azotique ordinaire. La liqueur a donné un dépôt albumineux et s’est éclaircie.
Exactement neutralisée par un peu de carbonate de soude, et additionnée de levure de bière, elle a présenté au bout d’un quart d’heure les signes d'une fermentation, quia continué plusieurs heures. Le gaz a été complètement absorbé par la potasse, et, dans le liquide, on a reconnu l’existence d’alcool.
« De cette expérience, dit Figuier, on peut conclure que le principe sucré qui se forme pendant la digestion des viandes s’accompagne, dans la veine porte, de quelque substance étrangère qui met obstacle à la fermentation alcoolique...
« En résumé, le sang de la veine porte, traité chaud par un acide, fournit du sucre, alors que sans ce traitement il ne paraît pas en contenir. » Figuier supposa (pie l’acide agit en détruisant une matière qui s’oppose à la fermentation; mais Lehmann 1 objecta qu’il avait sucré un extrait alcoolique du sang de la veine porte, et qu’il n’avait jamais vu la fermentation manquer après l’addition de levure2... Dans l’état de la chimie, continue Lehmann, on ne peut tirer de l’expérience de M. Figuier (pic ces deux conclusions: ou bien il y a dans le sang de la veine porte un hydrate de carbone qui se transforme en sucre fermentescible après l’action des acides, ou bien il existe une combinaison copulée du sucre. » Quoi qu’il en soit, conclut Lehmann, il n’y R pas de sucre véritable dans le sang de la veine porte pendant la digestion de la viande. « Le résultat réel des recherches de M. Figuier est donc de confirmer et de consolider la
1. Lkhma.nx. Sur la présence du sucre dans la veine porte ( Gazette hebdomadaire, 1855, p. 763).
2. Cette objection est sans valeur : il est clair que si l’on sucre un extrait, il restera sucre.
L’EXPERIENCE Dl' FOIE LAVE
doctrine de M. Cl Bernard sur la formation du sucre dans le foie. »
La réplique de Figuier1 2 3 n'est pas sans intérêt : tout d’abord il critique, avec raison, le procédé de recherche du sucre dont Lehmann s’est servi et qui consiste à traiter la liqueur alcoolique sucrée par une lessive de potasse caustique, dans le but d'obtenir un glucosate alcalin qui se dépose au bout de quelques heures, sous la forme d’un précipité gélatineux, « attendu que, sans parler de l'attaque possible d'une certaine quantité de glucose par la potasse , les glucosates alcalins sont encore très mal connus des chimistes »; puis il s'élève contre la conclusion de Lehmann, que l’existence du sucre copulé dans le sang de la veine porte consolide la théorie de la glycogénie hépatique. Cette théorie, dit-il, « sera au moins modifiée: on ne pourra plusdire que le foie fabrique du sucre, mais seulement qu'il le transforme ».
La glycogénie hépatique confirmée par l’expérience du foie lavé. — En somme, pour tout esprit impartial, il n' v avait encore vers le milieu de l'année 1855, c’est-à-dire sept ans après les premières expériences de Cl. Bernard, aucune preuve décisive permettant d’affirmer Information de sucre dans le foie, soit aux dépens de la fibrine, comme le croyait Lehmann *, soit aux dépens des matières grasses1. Moleschott apportait bienàCl. Bernard l’appui de quelques expériences faites sur des grenouilles, privées de foie
1. Figuier. Lettre ù M. Lehmann, professeur à l’Université de Leipzig, à proposée son Mémoire sur la présence du sucre dans le sang delà veine porte [Gaz. hebdomad., 1855, p. 779).
2. Au moyen d’analyses comparatives du sang de la veine porte et des veines sus-hépatiques, Lehmann avait trouvé une grande diminution de la proportion de la fibrine. 11 en avait conclu que c’était aux dépens de celle-ci que se formait le sucre dans le foie (C II de i Acad, des Sciences, t. XL, p. 587
Schmidt ( Charakteristik der epid. Choiera . 1850) avait admis que la production du sucre chez les animaux dépendait d’une oxydation des graisses.
3. Moleschott (C. H. de l Acad. des Sciences, 30 avril 1853 .
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depuis deux à l rois semaines, et dont le sang et les muscles ne renfermaient pas de sucre. Mais cet appui était, en somme, assez fragile puisqu’à ce moment on n’avait jamais constaté de sucre dans les muscles d’aucun animal en santé et qu’on en trouvait dans le sang de la circulation générale des mammifères seulement à la suite de l’ingestion d’hydrates de carbone. — Ce fut alors que l’éminent physiologiste1 2 apporta en faveur de sa doctrine une nouvelle expérience :
A un chien vigoureux, qui depuis plusieurs jours était nourri de viande seulement, et qui fut tué sept heures après un copieux repas, il extirpa le foie, et, au moyen d’une canule fixée à la veine porte, y lit passer un courant d’eau froide qui s’échappait par les veines sus-hépatiques. Au bout de quarante minutes, l’eau ayant depuis longtemps cessé d’étre sucrée, il interrompit le lavage et constata que le tissu du foie ne présentait plus de sucre. Mais vingt-quatre heures après, le foie contenait de nouveau une matière sucrée.
d’elle est la célèbre expérience du « foie lavé ». Elle prouvait, dit Cl. BeTnard : i"que le sucre peut se former dans le foie sans la participation du sang; 2° qu'il dérive d’une matière fixée sur le tissu hépatique. Il était désormais incontestable que le foie pouvait faire du sucre post mortem, mais celle expérience ne prouvait pas que le sucre se formât dans le foie pendant la vie.
C’est ce que fit remarquer Figuier, en raillant la « sécrétion de sucre chez le cadavre 2 », et la « fonction physiologique posthume 3 ».
Cette spirituelle critique n’était pas sans portée.
Vers la même époque, Colin3, alors chef de travaux à Alfort, ayant découvert la présence de sucre dans leschylifères de chiens
1. Cl. Bernard. Sur le mécanisme de la formation du sucre dans le foie ( C . II. de l'Acad. des Sciences, 24 septembre 1855).