DIMINUTION DU SUCRE VIRTUEL PENDANT LA GLYCOLYSE « IN VITRO
D’une manière générale, le sang artériel normal perd près d'un tiers de son sucre immédiat pendant une heure à 39°.
Si, au lieu de le doser seulement au bout d'une heure, on fait plusieurs prises de sang, de quart d'heure en quart d'heure, on peut, dans certains cas, observer qu'au bout du premier quart, d'heure il a augmenté. Ce fait, paradoxal au premier abord, s’explique facilement en admettant que la glycolvse a détruit moins de sucre immédiat qu’il ne s’en est dégagé aux dépens du sucre virtuel. On l’observe plus rarement dans le second quart d’heure que dans le premier, parce que, le plus souvent, le dégagement a lieu dans les premières minutes à partir du moment où le sang est sorti du vaisseau. C’est ce que j’ai maintes fois observé avec Barrai 1 et plus récemment avec Boulud.
GLYCOLYSE RÉELLE
A cause du dégagement de sucre pendant que le sang est maintenu à 39", la glycolvse apparente ne peut nous donner une idée exacte de la glycolvse réelle. Pour connaître celte dernière nous avons deux moyens :
1° Le premier, qui n’est qu’approximatif, consiste à déterminer la quantité de sucre qui s’est produite pendant que le sang a été maintenu à 39”. Pour cela (en même temps qu’on reçoit, à leur sortie du vaisseau, deux échantillons du sang, 1 un dans du sulfate de soude acidifié, et l autre dans un ballon
1. Lbpinb et Bàrral, C. /{. de l'Acad. des Sciences, 1801, t. CXIF.
GLYCOLYSE
stérilise, qui sera maintenu une heure ù 39°), on recueille un troisième échantillon clans lequel il faut empêcher la glycolyse. On pourrait songer à y ajouter du fluorure de sodium'. Mais le fluorure de sodium gênant la glycogénie ultérieure, il faut s’abstenir de son emploi. 11 importe aussi d’éviter celui de substances telles que les sels neutres qui, a priori, paraissent inoffensives, et qui, en réalité, apportent une grave perturbation au processus glycogénique. Il est donc préférable de recevoir le sang dans un ballon simplement immergé dans de l’eau à 38°. — A cette température, il ne se produit pas sensiblement plus de sucre qu’à 39°, car le dégagement du glycose aux dépens du sucre virtuel paraît être à peu près indépendant de la température et la glycolyse est arrêtée.
2° Le deuxième moyen consiste à doser le sucre total, comparativement, dans un échantillon de sang sortant du vaisseau et dans un autre échantillon du même sang, après qu’il a été défibriné et maintenu une heure à 39°. Cette deuxième méthode est bien préférable è l’autre; malheureusement nous ne l’avons inaugurée que depuis quelques mois; aussi nos résultats ne sont-ils pas encore bien nombreux.
Voici une expérience qui peut servir de type1 2 :
Chien 2738, sain :
POUVOIR RÉDUCTEUR
au sortir du vaisseau.
Sang artériel 0,72
Après 1 heure à 39° . . 0,58
après un chauffage de 20 h. en présence de l'acide fluorhvdriquo (sucre total).
1. D’après Arthus, l’addition de 2 p. 100 de fluorure de sodium au sang, sortant du vaisseau, suffit pour empêcher la glycolyse, tandis que, si l’on attend quelques minutes après la défibrination, la même proportion de fluorure n’y mettrait pas obstacle. De ce fait, qui n’est pas rigoureusement exact, il a tiré la conclusion absolument erronée que le ferment glycolytique ne se produit que pendant « la mort du sang », comme le ferment de la fibrine. ( Archives de physiologie, 1891 et 1892.)