ACTION SUR LA FERMENTATION
Au bout de ce temps, on dose le sucre dans chaque ballon. Voici la perle moyenne de chaque série :
1° Ballons témoins 0,09
2° Ballons renfermant le sang avant la faradisation 0,72
3° Immédiatement après la faradisation . . . 0.84
4° 4 heures après la faradisation 1,05
Ainsi, dans la dernière série, la perte est plus de dix fois supérieure à celle des témoins.
11 importe de remarquer que les écarts entre les deux ballons de chaque série étaient fort peu considérables. J'ajoute enfin qu'on a tenu compte de la proportion variable «le sucre que renfermaient les trois sangs ajoutés au liquide sucré.
La conclusion de cette expérience est «juc le sang de la veine pancréatique, après la faradisation des nerfs du pancréas, favorise la fermentation alcoolique plus que le sang retiré de la même veine avant la faradisation et que le sang recueilli quatre heures après la faradisation est beaucoup plus efficace que le sang recueilli aussitôt après. 11 y a donc parallélisme entre les effets sur la fermentation et la glycolyse chez l’animal.
J’ai fait l’expérience suivante, avec la collaboration deBoulud1.
Nous faisons fermenter avec un peu de levure de bière un litre environ d’une solution de glycose à 2 p. 100. Quand la fermentation est en train nous filtrons, «;i travers un linge (pour avoir un liquide bien homogène), nous dosons le sucre, nous distribuons dans plusieurs éprouvettes semblables 100 centimètres cubes de liqueur en fermentation et nous ajoutons à chacune d’elles, sauf à celles qui servent de témoins et qui reçoivent o centimètres cubes d’eau salée, le môme nombre de centimètres cubes de lymphe fraîche qui s’écoule d’une canule (placée dans le canal thoracique d’un gros chien), soit avant, soit après la faradisation des nerfs du pancréas. Au bout de deux heures, nous dosons le sucre dans chaque éprouvette, les conditions de temps, de température, d’acidité, etc., ayant été identiques. Or, nous avons constamment trouvé «jue c’étaient les éprouvettes témoins qui avaient perilu le moins de sucre et «pie c’étaient celles qui avaient reçu la lymphe recueillie après la faradisation qui en avaient perdu le plus.
1. Lèpine et Bodlcd. (C. II. de la Société de Biologie, 1900, 723).
GLYCOLYSE
Celte expérience montre nettement que la substance favorisant la fermentation alcoolique est plus abondante clans le canal thoracique après l’excitation du pancréas. Thibaudeau1 se fondant sur des considérations histologiques, a pensé que la sécrétion interne du pancréas doit passer non seulement par les veines, mais par les lymphatiques. C’est ce que démontrait déjà l’expérience que j’ai publiée en 1 890 2.
La substance favorisante issue du pancréas est, d’après Cohnheim, soluble dans l’alcool à 90°, tandis que le ferment gl y colvtique des organes est, comme nous l’avons vu, précipité par l’alcool \ Elle résiste non seulement à la température de l’ébullition, comme je l’ai montré en 1899, mais à une température notablement plus élevée, si comme l'a vu de Meyer, l’addition d’extrait de pancréas stérilisé à 115°, produit une augmentation sensible de la glycolyse dans le sang, in vitro.
Il est bien difficile de dire quelle est la substance ou quelles sont les substances issues du pancréas qui exercent une action
1. Thiheaudeau. ( Presse médicale, 29 sept. 1 90 4-. p. 234).
2. IjÉpine. (C. R. de i Acad. des Sciences, 1890). — D'après Biedl {Ccnlralb. fiir Physiologie, 1898. XII, p. 624), la ligature du canal thoracique (ou l’établissement d’une fistule faisant écouler la lymphe au dehors) est suivie de glycosurie chez le chien, même à l’inanition. Cette glycosurie serait causée par le défaut d’entrée dans le sang d’une substance, contenue dans la lymphe, favorisant la glycolyse. — J’ai fait chez 4 chiens cette opération. Aucun n’est devenu glycosurique. Mais, ayant saigné deux de ces chiens, je les ai trouvés hyperglycémiqucs, vingtquatre heures après l’opération (1 gr. 8 et 1 gr. 4). — Schi.esingeh (Wiener kl. Woch., 1902, p. 769), n'a pas non plus constaté de glycosurie chez les chiens dont le canal thoracique était lié, mais un défaut d’assimilation du sucre, peu après l’opération. Il a noté aussi l'engorgement des lymphaliques du pancréas. Celle lésion n’a d'ailleurs pas d’importance pathogénique puisque la glycosurie, d’après Biedl, a été plus fréquente chez les chiens dont le canal n'était pas lié et chez lesquels la lymphe s’écoulait au dehors. — Quand au manuel opératoire. je puis dire qu’en abaissant très fortement l’épaule gauche, je suis arrivé à lier le canal thoracique en dix minutes, c’est-à-dire après une anesthésie très courte, si le chien a ingéré la veille au soir, de la graisse de cheval, qui rend le canal thoracique jaune.
3. Ce fait a été confirmé par Hall. ( American Journal of Physiol., 1907,