LA RUE ET LE FAUBOURG SAINT-MARTIN
Cette grande voie publique, l'une des plus anciennes et des plus importantes de Paris, doit son nom et son origine à l'abbaye Sainl-Martin-des-Champs, qui y était située. Elle a eu quatre portes: la première, de l'enceinte de Louis VI, près de l'église Saint-Merry ; la deuxième, de l'enceinte de Philippe-Auguste, près de la rue Grenier- Saint-Lazare ; la troisième, de l'enceinte de Charles \ï, près de la rue Nenve-Saint-Denis ; la quatrième, sous Louis Xlll, aux boulevards. Dans la partie voisine de la Seine, elle prend les noms de Planche- Mibray et des Ârcis, Le premier vient des mares boueuses que le fleuve déposait dans ses inondations et qu'on traversait sur des planches vers le carrefour des rues de la Vannerie et de la Coutellerie. C'est ce que démontrent les vers suivants du moine René Macé, où il est question de l'entrée de Charles-Quint à Paris :
L'empereur vint par la Coutellerie Au carrefour nommé la Vannerie, Où fut Jadis la planclje de Mibray; Tel nom portait pour la vague et le bray, Getté de Seyne en une creuse tranche, Entre le pont que l'on passoit à planche ; Et on l'ostoit pour estre en seureté.
Le nom de la rue des Arcis vient probablement des arcs ou arcades qui se trouvaient à son extrémité, car la porte de l'enceinte de Louis VI se nommait V Archet-Saint-Merry , Dans cette rue était l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, dont la fondation remonte au onzième siècle, et qui lirait son surnom des grandes boucheries de la ville, situées près de l'Apport- Paris ou du Grand-Chatclet. Comme elle était située dans le quartier le plus commerçant de Paris, elle était le siège des confréries des bouchers, des peintres, des chapeliers, des armuriers, dès bonnetiers, etc., et la plupart des chapelles avaient été fondées par les riches bourgeois
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LE DIABLK A t AUlS,
du %c»i«inag^e. Oniif Tune ctVlli'ï^êUitt h lomWjtu de Nimlin Flainet Cette l'glîse % elc iléiniile
en 1790, et sur son emplacemeiit cîil un mnrclKÎ; mnh il mi reste une lour très-élégante i|iii date de 138, et qui, élevée de 5â mèlrcs^ domine une yraiidi» jmrtic de la tapilale.
La rue Saint- Martin a joué dans Ion* les UiHps un graiiil rùle : dans sa iiarli^i inféi'kure, die élail liitbHée jiidîs par les métiers les plus baies el les plus Inrbyleiits donl k$ noms sont restés au\ rues voisines les IjtmeUerie*, los triperies, les lnuderies» les ïjitinerieft, etr. ; dans sa parlie >in]iéncure, elle renfernirtit IroH é^dise-* et le grand prieuré de Sainl-Mar- ■^j - ^^^Ê^ÊàhUUÊê <^'^ qii* «^'(nhlaîL une ville enitére. Bien i|u%'lle uil \^rU ' -■ - -^ . -u . ^^^^ très-|iraude part à tous U's éveiieniFuls de IMiiii-
toirc de Pari*, elle n\ clé le lliéàlre d'aucun fail prlinilier qui mérile d'élre signalé, à uio'lm que tjiins ne rappiliiuis le Iris^le ««iiuvenir de* émeuU^a qui Tunt rccenjnu'iil ensanglantée, Anjourdliui c\'i<l une de ce* rues dont rnijiéct élonne et épouvanle le paisible babilanl des provinces, par sa fopuïttlinu variée, nomhreuîie, nflairée, ses maisons eneorabréea de fabricants, ses lioutiqucs pleines de monde et de nninliandiscs *«" P»^*^ incefv^ammenl sillonné par d'innombrables voîlurt'S «'"lin par îe rajmge asssnunliîisant de loute relie cntine d^jù Ton ne saurait Horlir sain el sauf si Ton nVst doué de la faiilité île loeôm.ilion que pos^èdeiil si Lien ces nneifs do la uïodernê Albêiies, quL- Jean-Jnequis appelle les Parisiens du bon IHfU. Les monniuents et éditices publics que renferine la rue Sai ni -Martin ^nnl : 1*^ L'ffffli:ie paroissittle âe Smnt-Shrry, qui occupe reniplaeemenl d'iinu eliapelL' fondée
en 88 i [lar Odon le l''aiilcûnier, riin des ca-
pilaiuev pari>iens qui defonilircnl Paris cnnlre les Normand*. A celle iliapelle succéda, dans le onzième siètle, une église qui fui reconstruite en i53Q» cl aclievéo senleoient en 16J2 : bien t|uVlle Ail élé faite en pleÎÉie renaissance^ elle est enlicreinenl de shle go l bique. A répoque de celle reconsti'ucliiin, ou reirouvjt le lonibijui du prtmier fondafenr nyec crîle inodeiïte inscription :
arc JACET
VIR 1I0^« MEMORIjE, odo FALCOHABIUS, FlNOATOR îlliJUa £CCI-EaL€»
LV^Iis^e Saint '5Ierrv a servi de sépullure au médecin Feruel» a» (lortf Cbapelain et au ministre Arnaud de Pomponne, l'un ibs meni- "" "
bres de celle grande fuinille pariAienne des Arnaud qui a laiil iioiiore la Lratiee et Icf* lellres.
"t* L^église paroi$siftic de Saini*Skoia.\^r.s-ifmtttpx^ nV'tail d^abord qu'une rlia]Kdle dépendnnte du prieuré de Saiul-Martin : telle i|uVïle eiislc aujnnrd'bni, elle date ilu doutième siècle, mais elle a subt des reconsi mêlions presque complètes, (resl un ntonnmenl lans sljlc et «ans gnïce, étoulle dans le» maisons voisines, et que les restaurations du di** feplième <iéde ont encore déli'fj:tiré. Klle renferme les loniiienut de Giiillnuine Dndé, de Pierre Gassendi, de Henri el Adrien tic Valois, 1 1 de inadinmiselle de Scndéry.
5** Le CoMtrrafoirf des Arts et Métietf. ('et élabtibsetuen* iiccu]ie l'ifîhse el les liàli-
GÉOGRAPHIE DE PAIUS. xxix
mcnis de TancieD prieure de SainUMarlin-dcs-Champs, dont la fondalioa se perd dans les premiers temps de la monarcliie, et qui, détruit par les Normands, fut rcédifié par Henri I^, en 1000. Son enclos s'étendait de la rue Au Maire à la rue du Vert-Bois, eu comprenant le marché Saiut-Marlin et les rues voisines ; il était entouré de murs très-hauts et très-épais, garnis do grosses tourelles, 'et avait Taspect d'une grande place forte. Dans celle enceinte étaient des granges, des moulins, un four, un hôpital, une prison dont une tour existe encore près de la rue du Vert-Bois; enfm un champ clos pour les combats judiciaires et où se livra le duel de Legris et de Carouge, sous Charles VI. L^église a subi plusieurs reconstructions : sa partie la plus ancienne est le sanctuaire, qui date du onzième siècle. Le réfectoire, qui est parfaitement conservé et du style gothique le plus pur, a été construit, dit-on, par Eudes de Montreuil, mais plus probablement par son homonyme Pierre de Montreuil ou de Montereau, qui est souvent confondu avec Tarchitecte de la Sainte-Chapelle. Les autres bâtiments sont presque tout modernes. La belle maison claustrale date du dix-huitième siècle. C'est à la même époque que les fortifications furent détruites et des maisons élevées sur leur emploccment, que le clos des duels fut changé en un marché qui forme aujourd'hui une place, que le réseau de petites rues qui s'étend de cette place à la rue Saint-Martin fut bàli, etc. Dès la fondation du prieuré, il s'était formé, à l'ombre de ses murs, un village qui devint le quartier Soint-Martin, et qui était placé sous la juridiction temporelle des religieux : la rue Au Maire a pris son nom de l'officier qui rendail la justice aux vassaux de Saint-Martin. La puissance spirituelle du prieur s'étendait bien au delà de ce quartier, car il avait les nominations de vingt-neuf maisons du même ordre, de cinq cures de la capitale, de vingt-cinq cures du diocèse de Paris, de trente cures dans diverses parties de la France. Son revenu s'élevait à 45,000 livres : aussi cette dignité étoil-elle vivement recherchée, et Richelieu est compté parmi les prieurs ou abbés de Saint-Mortin-dcs-Chdmps. Le couvent, détruit en 1790, resta sans destination jusqu'en 1795 où un décret de la Convention, sur le rapport de Grégoire, y établit un conservatoire d'arts et métiers. Cet établissement a pris une grande extension depuis la Restauration, époque à laquelle des cours publics y ont été attachés : il occupe l'église, le réfecloire elles bâtiments claustraux; la plus grande partie des jardins est occupée par un beau marché qui fut, pendant les Cent- Jours, momentanément transformé en un vaste atelier d'armes.
Avant la Révolution, on voyait encore dans la rue Saint-Martin la chapelle Saint-Juliendes-Ménétriers^ qui appartenait à la communauté des maîtres de musique et de danse de la ville de Paris. Son origine était duc à deux compagnons ménétriers qui l'avaient fondée vers Tan 1328, avec un hôpital destiné à héberger les ménétriers, jongleurs et joueurs de vielle qui étaient de passage à Paris. L'architecture de sa façade était curieuse : on y voyait sculptés ton? les instruments de musique du moyen âge, avec les statues de saint Genesl et de saint Julien jouant du violon. La rue voisine, rue étroite et infecte, dite des Ménétriers, était occupée entièrement par les artistes et les saltimbanques de celte époque, qui se consolaient de leurs misères présentes par la vue de l'asile réservé à leur vieillesse : elle devint, les arts ayant toujours assez mal vécu avec la morale, une caverne de libertins où les cris de la débauche troublèrent souvent les saints de la chapelle , où le pouvoir et ses archers firent mainte expédition. Aujourd'hui nos Amphions sonl logés mieux et ailleurs: mais, malgré les palais dont les dote notre judicieux engouement, l'hôpital Saint-Julien n'en est pas moins une institution regrettable, et il serait peut-être bon de le rétablir dans des proportions qui fussent en rapport, non avec le progrès des arts, mais avec le nombre prodigieux des grands talents qui sourdent de chaque pavé. Ne serait-ce donc pas une œuvre digne de notre siècle et dont la gloire ferait pâlir celle de Louis XIV, que la création d'un hôtel d'invalides pour les Apollons de l'ophycléide et les Terpsichores de la polka?
Parmi les trente-neuf rues qui débouchent dans la rue Saint-Martin, nous remarquons :
l^' Rue des Écrivains. Elle fut d'abord appelée Pierre-Olet ou au Lait : son nom actuel
lui fut donné à cause des échoppes d'écrivains qui s'appuyaient sur les murs de Saint^ac-
ques-la-Boucherie. A l'angle de la rue de Marivaux était la maison de Nicolas Flamel,
calligrapbe et alchimiste du quatorzième siècle, dont la statue existait encore en 1790, et qui avait fait construire le petit portail de Saiot-Jacques-la-Boucherie. Cet homme qui dépeusa sa fortune en fondations pieuses et charitables, était devenu riche en faisant secrètement la banque pour les juifs chassés de France en 1394. Nosheureui ancêtres, qui ne connaissaient ni les affaires, ni les parvenus, croyaient qu^il n^était pas possible de passer licitement de la |Miuvreté a la richesse ; ils ne purent donc expliquer la fortune subite de Flamel qu'en disant qu*ilafait découvert la pierre philosophale, et ils le regardèrent comme sorcier. Nos modernes Flamel n'ont pas cela à craindre : qu'ils deviennent riches, non par la pierre philosophale mais par des mines, asphaltes ou chemins de fer quelconques, et, fussent-ils juifs, ils seront traités et honorés comme des saints.
2** Rue de la Verrerie. Elle date du douiième siècle , et tire ion nom des verriers qui y étaient établis, et dont Tindustrie était si importante au moyen âge. C'est une remarque intéressante à faire sur les métiers de cette époque que leur tendance à se réunir dans les mêmes lieux, à s'associer par des intérêts communs, à contracter, sous le patronage d'un saint, les liens d'une pieuse fraternité. Nous avons encore aboli tout cela, et, à la place, nous avons mis cette guerre acharnée, cette guerre à mort entre les producteurs qu^on appelle la concurrence et la liberté du commerce. — Dans cette rue demeurait, en 4392, Jacquemin Gringonneur, qu'on croit être l'inventeur ou du moins le restaurateur de l'invention des cartes à jouer : « Ce fut, dit un chroniqueur, pour l'esbattement du seigneur roy Charles VI. » Aujourd'hui, la rue de la Verrerie, une des plus tumultueuses et des plus commerçantes de Paris, renferme principalement les négociants en épiceries, ou plutôt, selon l'idiome de ces messieurs, en denrées coloniales^ car il parait que c'est le nom qu'il faut nous résoudre à donner au fromage de Brie, aux haricots de Soissons et aux pruneaux de Tours.
3® Rue des VieiHes^Étuves, Les maisons de bains ou estuves étaient au moyen âge fort communes : ce n'était pas un luxe inutile dans une ville aussi sale et aussi puante qu'était alors Paris. «Avant le dix-septième siècle, dit Sauvai, on ne pouvait faire un pas sans en trouver. « Les barbiers étuvistes allaient crier dans les rues :
Seignor, quar vous allez baingner
Et estuver sans deslayer,
Li bains sont chaus, c'est sans mentir.
Les bains étaient d'ailleurs des lieux de plaisir et de rendez- vous galants. Les jeunes gens s'y invitaient à dîner, les femmes y cachaient leurs dérèglements, et, jusqu'au temps de Louis XIV, les éluviers furent des cnlrcmellcurs de débauche.
4° Rue Ramhuteau. Celle grande et belle voie publique a été ouverte récemment pour faire communiquer la Place-Royale et le faubourg Saint-Antoine avec les Halles : elle part de la rue de Paradis, traverse l'ancien hôtel de Mcsmes, absorbe la rue des Ménétriers, efface les restes du couvent Suinl-Magloire, absorbe la rue de la Chanverrie et arrive à la pointe Saint-Eus— tache : elle a pris ses aises aux dépens de tout ce réseau inextricable de sales maisons qui se pressaient de la rue Sainle-Avoye aux Halles, coupant à droite et à gauche un morceau à chaque rue, mais aussi donnant de l'air et du soleil a trois quartiers. Le commerce et l'industrie se sont emparés de celte rue nouvelle, dont quelques maisons sont assez élégamment construites : l'une d'elles a sur sa façade un buste de Jacques Cœur, élevé par les soins de la ville, avec cette inscription :