CE QUE C'EST QUE L AUMONE
Risible objection ! à laquelle je répondrai : « Secourez d'abord ceux qui sont dans les greniers; et quant aux autres, attendez qu'ils y viennent, ou plutôt — cherchez-les. » — Vous êtes l'État, vous êtes la société, c'est votre affaire. Et si vous ne les trouvez pas, tant pis pour vous ; votre impuissance n'aura prouvé qu'une chose, que vous savez peut-être aussi bien que nous, c'est que ce qu'il faut organiser ce n'est pas Taumône seulement, laquelle n'est, après tout, qu'un moyen terme, qu'un remède provisoire, mais bien le travail. Grande question! devant laquelle tous ceux qui ne font rien aujourd'hui reconnaîtront un jour qu'ils ont eu tort de se croiser les bras, à moins qu'ayant la conscience de leur insuffisance, ils ne sentent dès à présent que ce n'est pas à eux qu'il sera donné de la résoudre.
J'ai voulu dire ce que c'est que l'aumône et comment on entend l'aumône à Paris. Un mot aurait suffi à l'expliquer.
Je payais un jour quelque chose dans un des plus somptueux magasins de Paris. La maîtresse de la maison, dont le visage, non plus que le cœur sans doute, n'avait pourtant rien de cruel, me rendit un des sous que je lui avais donnés : a Voilà un mauvais sou, me dit-elle, et qui ne passera pas, — il faut le donner à un pauvre. »
Ce mot n'en dit-il pas plus et ne répond-il pas mieux, à lui tout seul, à cette question, ce que c'est que l'aumône à Paris, que tout ce qui précède d'abord, et que toutes les croisades ensuite, que tous les sermons qu'on a faits et qu'on fera longtemps encore et toujours en vain, j'en ai peur, pour, contre et sur le paupérisme en France?
F.-J. STAHIn