CHAPITRE IX
QUARTIER DU PALAlS-ROYAL, DE LA BOURSE ET DE LA PLACE VENDOME.
Jusqu'ici nous avons trouvé de grandes voies de communication partant de la place de Grève, des halles ou de leurs environs, c'est-à-dire du Paris de Louis le Gros, et rayonnant jusqu'aux barrières, où elles se continuent par de grandes routes. Il ne nous reste plus qu'une seule voie de ce genre, c'est la rue et le faubourg Saint-Honoré. Tout l'intervalle entre cette rue artérielle et la rue et faubourg Montmartre, que nous venons de décrire, est une ville nouvelle, qui date,, pour la partie qui s'étend jusqu'aux boulevards, de deux siècles à peine; pour la partie qui est au delà des boulevards, de moins d'un siècle. Cette ville nouvelle, par suite de U tendance qu'a Paris à s'en aller vers le nord-ouest, est devenue le centre fîctif de la capitale, le chef-lieu de son commerce et de son luxe, sa partie la plus riche et la plus fréquentée. Nous appellerons la première quartier du Palais-Royal, de la Bourse et de la place Vendôme ; la deuxième, quartier de la Chaussée-d'Anlin.
Le quartier du Palais-Royal, de la Bourse et de la place Vendôme comprend un triangle dont les trois côtés, à peu près égaux, sont formés par: 1» les rues Croix- des-Petits-Champs et Notre-Dame-des-Victoircs ; 2o les boulevards depuis la rue Montmartre jusqu'à la Made-
1 Vuir le dessin de cet bAIel, page xsii du 1" volume.
LE DIABLE A PAIIIS.
leine; 5" la rue Snifil-ilnnnrt^. d'iîv lUrmirc rue av«iil tl*' In prupdo voie de n^tinion de la %{\]e nouvelb h Vmwlen Piiris, h's rii*^* priiiripales ik vç Iriariffle Un sont per|iemliruf«îrc*. Ce* ruen, dont fa tic«.criplioij nnus tlomicra cHle il«? loul le qunrtier, s<nii : ^o la rue iVoît-tlcs- Pe(il!i-€liftm]><(, h place «It^s Vîcloiros el la rue Notre-OnniP-des-Vîelmres ; 2** le Pu lais- RnyaL I* rue Vivieniie et la pîîif e de la Bourse : 3« la rue Hiehelîeu ; 4" J^.^ rues Saiiile-Annc el Graintnoul ; «S'' là place Vemléine et hi rue de la P&h; 6'* la rue Uojale,
I. — Rue CroJiJ^-def-PetitiHChunpa, place det Victoireis et rue NuLre-Dxine-^«S'Ari«tolra&i
La nie Cfùix-deS'Petifs-Champs éMh* ilu seiiième siècle: elle a pris sou nom des ferrains où elle a été ouverte, et d'une cmix qui èlait placée à snii e\tréinilL\ près «le la muraille de In ville. CVM fluns cette rue nue la famille de hi Kurce fut massacrée A la Saiut-Bartbélemi, el que le eadet de eelle ramdle ëcliappa aux iLssa^sini* romuie ]mv uiirarle '. On y Irouvc {e% bàiinients de la Bnnquti de France^ Inqmdle y fut étnhlie en 1812, dauR l'ancien liùlel de Toulouse. Cet luMel airuil été bàli en IGÎO par IMielijieaux de la VriHîère; il fui racheté en 1713 parle comte de Tr>ulouse^ et le duc de Feutbiêvre Fliahita jnsf|u'à la Hévolulion.
La place des Victoires a été auverle nur reniplacemeut de l'iiolel de la Ferté-Senneterre et de TarKienur muradle delà ville* dans un rpiarliersi déserl encore^ dans le milieu du dit*
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sepliènie siècle, tprun y vidait eu pletu jtmv, et ipt'uiie rue \iiisine eu a pris le nom de Vith* Gouiset, Sa conslruclian est dut^ an due de la Feiiillade, l'un îles p1u,s braves et des plujt
* y*iei <«aitt«nl it l« nifo-iit^ lut-méme. ■ T.e pi'rc marckAa Jp premier, ion IiIji ikUnn i^niuile, et Ir ctÛAl ri^tuU l« dernier. Étml irrivéi «a Tond d« l« n}« de> P«lîl»4:(tAmp4, pjrè* h remp«r1. Ici toldaU crièrent : Tue! tu« ï On Aonna, d^A» htfâ pl««j««n toufn dt |>oip»tr4 4 Vaine de» cnTditiUt t{nt i'*rrî* *n lombnnt : Ali! mcvn Dieo! jo siiii mort! Le pfrt» »e fVlMirauil v«ri loii lit» «■( wMl p*r<à d« coup^; l« ^[u» jeune, rottirerl de S4n^, mâii qui, {lar mirurla^ n'«T«it p4t éiè altfiiii» «*é<rw iMMÎ,, c«mme inipiirA du r»el : Je luif mnrt* ai eu nm'Uit? Icmp* •« Uim* Inmlfir rnire ton fin •( fo« Vrèr«« <|li, bi«n c|n< p«r l«Tr«, r^çurenl eneon* forr« couf»^ Undi* que lut u'cul pi» «eulemenl U peaa fNtiwe. I>icu le pfolifM H TivjMevnenl qti«, qDûM|t>e tet meuririen le* d^puni1lAt»cnl ot lei l<ifR«i*enl l^out hua «j miv* chemite,^ tlf fie rernnourenl jMiiti* tpi il T «n «Tilt un tpii n^afBÎI «uemnc tdf«»ure. (jimme ilr «rurrnl ki «T<iir *flieT»'^, iU *e rcl<ri!r«ril en <î<**n( : L#» r*lU bte« l<4tt* Iroi»... T.t jdUne tjtnmonl de««t!»(r.i -lin»» Imil nu jiiMjtj'i* er fjiic. *ur le« rjuaire lirurr» du »ntr^ «uï d-ri
GÉOGRAPHIE DE PARIS. xLi
intelligents seigneurs du dix-septième siècle, qui voulut y élever un monument à la gloire de Louis XIV. La statue du grand roi, couronnée par la Victoire et entourée de colonnes monumentales portant quatre fanaux, y fut inaugurée en 4686 a?ec des cérémonies pompeuses, ce Le duc de la Feuillade, dit Choisy, fit trois tours à cheval à la télé du régiment des gardes avec toutes les prosternations que les païens faisaient autrefois devant les statues de leurs empereurs. » Cette statue était remarquable par quatre figures colossales des nations vaincues qui décoraient le piédestal, et qui, en 1700, ont été portées iPhôtel des Invalides, dont elles ornent la façade. Ce monument fut détruit en i70â; on éleva à sa place une pyramide en bois en rhonneur des citoyens tués le 40 août, et la place prit le nom de la Victoire-Nationale. En 1800, Bonaparte y posa la première pierre d*un monument en Thonueur de Desaix et de Klébcr; mais en 1806, la statue seule de Desaix y fut élevée : c^était une figure colossale complètement nue, deTécole impériale, de Técole de David, et dont le costume déplut tant aux pudiques bourgeois du quartier qu^on la couvrit de planches. En 1814, elle fut détruite et remplacée, en 48^, par une lourde statue de Louis XIV.
La rue Notre^Dame-des-Victoires nu de remarquable que son église de même nom, qui faisait partie d'un couvent fondé en 1619 pour les Augustins-Déchaussés, vulgairement appelés Petits- Pères : cette église fut dédiée par Louis XIII à la Vierge, pour ses victoires sur les protestants : elle a servi de local à la Bourse pendant la Révolution. On lit dans les Mémoires de Dangeau : « On veut établir une réforme dans les Petits-Pères, à Paris ; car on en a chassé plusieurs qui menoientune vie un peu scandaleuse. Les Petits-Pères avoient des portes par où ils entroient et sortoient sans être vus, et y faisoient entrer des femmes. Ils avoient des chambres et des lits où rien ne manquoit, jusqu^aux toilettes, et on y faisoit bonne chère: à la fm le roi y a mis la main. »
II. — Le Palais-Royal, la rue Vivienne et la place de la Bourse.
Le Palais-Royal occupe remplacement de constructions romaines, qui probablement appartenaient à quelque grande villa. Au quatorzième siècle, la partie voisine de la rueSaint-Honoré était occupée par Thôtel d^ Armagnac, qui appartenait au fameux connétable massacré en 4418, et la partie où est aujourd'hui le jardin était traversée par le mur d'enceinte de Charles VI, qui parlait de la place des Victoires, et aboutissait dans la rue Saint-Honoré à la me du RemjfortJûn sait comment et par qui ce palais fut construit; mais aujourd'hui il ressemble peu à ce qaljt était dans Torigine, quand ses jardins s'étendaient jusqu'aux rues Richelieu, Neuve-des-PetifSr Champs, des Bons-Enfants ; quand il avait à son aile droite un théâtre qui pouvait conteo^rois mille personnes, et où se tint TOpéra pendant un siècle (sur son emplacement est la rue 4e Valois), à son aile gauche deux galeries. Tune peinte par Philippe de Champagne, et repH^ntant les actions du cardinal Richelieu, l'autre ornée des portraits des hommes illustres de la France. Les ducs d'Orléans, auxquels il fut donné en apanage en 460S, le gardèrent longtemps sans lui faire subir d'autres changements que la destruction des galeries; mais en 4784, Philippe- Égalité fit abattre la grande allée de marronniers, percer les rues de Valois et de Montpensier, construire les galeries qui forment aujourd'hui un si magnifique bazar, et remplit Je milieu du jardin par un cirque à demi souterrain destiné à des spectacles et i des cafés. Que de sarcasmes ces nouveautés valurent au prince de la part de la cour, qui n'y voyait qu'une spéculation
maitons voisine*, «orUnl «oit par earioaité, soit dans le désir de profiler de ce que les boarresax poufiient avoir laitue, s'approchèrent pour visiter les corps. Un marqueur da jea de paume de la rue Verdelet, ▼oolant hri arracher un bas de toile qui lui était resté i une jambe, le retourna, car il avait le visage contre terre, et, le voyant si jeune, s'écria : Hélas ! celui-ci n'est qu'un pauvre enfant; n'est-ce pas grand dommage? quel mal pouvait-il avoir fait? Ce qii'oyant le jeune Cauroont, il leva doucement la tète et lui dit tout bas : Je ne suis pas mort; je vous prie, sauvetnaoi la vie. Mais soudain Ini mettant la main sur la tèle : Ne bouges pas, dit-il, car ils sont encore li. Ce qu'il fit, et ledit homme se promenant par là peu de temps après, s'en revinti lui et lui dit : Leves-vous, car ifs s'en sont «liés. Et soudain lui jette un méchant manteau sur les épaules, car il était tout nu, et, faisant semblant de le frapper, le fait marcher devant lui. Qui menet-vous donc lif demandèrent les voisins. C'est un petit neveu qui est ivre et que je fouetterai & bon escient, répondit le marqaeur. Il le conduisit ainsi cbei lui • [Mém. de t» Foret, publiés par le marquis de la Grange, t. F, p. t8.)