‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 27 sur 143 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LA PLACE MAUBERT, LA RUE SAINT-VICTOR, LE JARDIN DES PLANTES ET LA SALPÉTRIÉRB.

La place Maubert tire son nom de maître Aubert, célèbre théologien du quatorzième siècle, qui prêchait ou professait au couvent des Carmes : elle remonte à la plus haute antiquité, et a joué le premier rôle pendant loiil le moyen âge, comme rendez-vous des écoliers, des bateliers, des oisifs, des tapageurs. De nombreuses émeutes y ont éclaté : c'est la qu^ont commencé les barricades de 1588. Un marché y élait établi de temps immémorial, qui a été transféré récemment sur Peniplacement du couvent des Carmes, Ces religieux, venus d'Orient à la suite de saint Louis, avaient été étahlis d'abord rue des Barrés (laquelle rue a pris ce nom de leur costume) ; ils furent ensuite transférés à la place Maubert par Philippe le Bel : leur couvent, aujourd'hui détruit, a été l'un des théâtres des massacres de septembre. Le cloître renfermait des peintures et une chaire très- curieuses ; on y voyait aussi le tombeau du premier historien de Paris, le libraire Corrozet.

De la place Maubert part la rue Saint-Victor, qui doit son nom et sou eiistence à la célèbre abbaye vers laquelle elle conduisait (Hist, de Paris^ p. iv) : elle ne s'étendait d'abord que jusqu'aux rues des fossi^s Saint-Victor et Saint-Bernard, en avant desquelles était jadis une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, démolie eu 1G84. Là commençait le faubourg Saia/- Victor y on était située l'abbaye, et qui cA aujounriiui la rue continuée. Au delà des mes Copeau et Cuvier, elle prend le nom du Jardin-du-Roi, ensuite du Alarché-aux-Chevauœ^ et aboutit sur le boulevard de l'Hôpital. Cette grande et tortueuse >oie publique a été babilée de tout temps par une population pauvre, laborieuse, et qui, si elle fournit de nombreux hôtes aux hôpitaux, en donne moins que certains quartiers du centre aux prisons et aux cours d'assises. Elle a pour monuments ou établissements publics :

i® L'église Saint-î^^icolas-du-Chardonnet , qui date de 1G5fi et tire son surnom du clos où elle a été bâtie. Elle renfermait le tombeau du peintre Lebrun et Ton y a placé récemment celui du poète Snnteul, moine de Saint-Victor.

2® L'institution des jeunes aveugles, qui occupe les bâtiments de FuMcien collège des BoHs^ Enfants, depuis séminaire de la Mission ou de Saint- Firmin. Ce collège, dont le clos était traversé par la muraille de Philippe-Auguste, avait été fondé dans le treizième siècle; il compte parmi ses élèves Calvin. Il se trouvait presque abandonné lorsque saint Vincent de Paul y fonda le séminaire de la Mission, qui fut supprimé en 1790. Alors les bâtiments furent transformés en prisons, et c'est là que les 2 et 5 septembre quatre-vingt-onze prêtres furent massacrés. Une partie de l'édifice fut vendue, et, dans l'autre, on établit, en 1817, l'institution des jeunes aveugles, qui doit être prochainement transférée dans un palais construit sur le boulevard des Invalides.

5° La Halle aux vins fut d'abord construite en 1G64 sur un terrain dépendant de l'abbaye Saint-Victor, et qui aujourd'hui occupe presque tout l'emplacement de cette abbaye : son entrée principale est sur le quai Saint-Bernard. Sa superficie est de 154,000 mètres, et elle est divisée par cinq rues en cinq grandes masses de constructions, qui peuvent contenir plus do deux

1 Voir le d«Sfin de la place de la Concorde et ceiu de? Champt~Klyfér$, p. 36^ du f' Toliimc.

GEOCRArHiri: DE PAKIS lu

cenl mille pièces de vin, (lel élnbliî^senjciil fjut ii roulé pluis du ^0 millions, el pour lt.'t]ud on n délruil IVfilisie et le cloîtri> Suiitl-Vi<!lor, i^liefs-4'œuvre d'urchittî dure, t,\ bililiollièque qui jivail jilui dt' \in^t miîU mdiuisertlsi, son limiHicre pt?u|ilè de dit Jiiillù tumbeanx, n\'tiHM*rhL* pas la capitale du rovauinc tjni possi'de les plus rich»*5 ^ignublt'ï* de l'Europe du ne Iwilre qu»; des ïins frcklés» Eu tt^mpeiisatioiu raduiinislraliuii aurait pu nvoir un souvenir pour Fabbave donl les écoles ont umciié le peuplement de toute la monifijj^ut* Sainte-Gone^ièvi*, t*l douuer aux rues ouvertes sur ses ruine* les noms ou de Guillaume de €linju|u*aui, ou *(e Hugues de SAÎnt' Victor^ ou lie Maurice de Sullv, ou même le^i nO'nit^ ]ilus mondains d*Abeilard et de Sanleul ; niniî5 les savant;; ilu Jardin-dei^-PIdnles ront emporté sur le* moines de Siiirit-Vietor, et îes rui*3 ouvertes sur les bâtiments mêmes derabbaje portent les; noms dk* Guy île la Brosse, de Jussicu^ elc* Il ne reste tic ritbbaje qu'un** fontaine située au coin des rues Cuvicr et Saint- Victor, et dite de la Tour Ak^xandre : on reufemmit autrefois dani celle lotir les enfanta de famille qui se livraient à la débauclie.

i^ l.e Jardin des Planfts a été fondé en 1*î55 par Guy delà Brossa, médecin de Louis XIH, i]ui acheta, à cet elTet, les qn^tloric arpents avoisiunnt la butte des Copeaui, hutte qui avail été formée par des ifé)wV*s d'immondices et avec laquelle on « construit le joli bibjrintbe du jardin. Ce jardin, cinq fois moins étendu qu'il n'est aujourdlmi, était alors borné m\ nord par un vieux mur, au delà duquel coulait lu Hièvre, et, jusqu'à la Seine, par des marais cultivés qui sont anjourdMmi compris dans reneeinte d«3 rétablissement. Guy de la Brosse y rassembla environ troi*^ mille plantes et y fonda des cours de bolmiiqtie, de chimie el d'aslrouoinie, l/iiMivre fut continuée successivement avwc autant du lèle que de iucds pur Fajj^ou, Tonmefort, Jussieu, BulFon, elc« Oe nouibrcun cours furent créés, de nouveaux bâtiuuvnis

^ j^BSTmi"^

iJ^

'lliillllls.

constryitH, et le jardin s'enrichit de collections données par raLadémie des. science», les missionnaires, les souverains étrangers. Un décret de la Convention organisa rétabliîigement en muséuiu d'histoire naturelle et x créa douie chaires ; Chaptal, sous Tcmpire, lui donna une

LX LK DIABLK A PAIUS.

nouvelle extension, el cnHn Cuvier a fail du jnniin et du muséum le plus magnifique établissement de ce genre rfui existe dans le monde. Ses bàliments aussi simples qu^clégnnts, ses collections si riches, son jardin si pittoresque excitent une admiration bien légitime; mais quand on arrive pour visiter ces merveilles par le quartier que nous décrivons, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a peut-être dans Paris cent mille individus croupissant dans des taudis sans feu, sans air, sans pain, qui seraient heureux de loger là où sont entrcleDus avec une sollicitude si minutieuse les pierres, les fossiles, les singes, les girafes; et Ton se demande si tant de luxe était nécessaire aux progrès des sciences naturelles et au profit que peuvent en tirer les arts utiles.

4" Le marché aux Chevaux^ fondé en 1G39. Nos lecteurs, grâce aux réclames de la presse eu faveur du sport^ du turf, et autres niaiseries britanniques, sont assez instniits des progrès que fait notre civilisation considérée au point de vue du Jockey's-Club, pour que nous nous dispensions de parler tle cette Bourse du maquignonnage.

Parmi lea rues qui débouchent dans les rues Saint-Victor, du Jardin-du-lioi, etc., nous distinguons :

i^ La rue des Bernardins, ainsi appelée du collège fondé en 1244 par les religieux de Tordre de Clairvaux. Sur les jardins de ce collège on a ouvert, en 1775, le marché aux Teaux et les rues de Pontoisc ctdePoissy ; quant aux bâtiments, qui ont servi longtemps d'archÎTes à la ville, ils sont occupés aujourd'hui parles sapeurs-pompiers. Dans la rue des Bernardins a eu lieu la comédie par laquelle le cardinal de Helz simula une tentative d'assassinat sur Gui Joly, homme fort populaire. C'est un tour de charlatnn que vous trouverez raconté avec complaisance dans les Mémoires de celui-ci, à Tannée 1Gi9, et qui n'a plus pour nous qu'un médiocre intérét : nous en avons vu tant d'autres !

2° Rue des Fossés-Saint-Victor, bâtie sur l'emplacement de l'enceinte de Philippe- Auguste, dont il reste quelques vestiges. Au numéro 25 est une maison qui a été habitée par le poète Baîf, et où Charles IX vint quelquefois assister h des représentations musicales. Cette maison devint, en 1655, lo couvent des religieuses anglaises de Saint-Augustin, fut vendue en 1790 comme propriété nationale, et a été rachetée en 1810 par lesdites religieuses. Au numéro 27 était le collège des Écossais, fondé en 16G2 pour les catholiques de la Grande-Bretagne. Oette institution a été rétablie en 1808, et placée nie des Irlandais. Au numéro 57 était le couvent des prêtres de la Doctrine chrétienne, qui avait été bâti sur le clos des Arènes, où Ton croit que Chilpéric avait fait construire un cirque n la manière des Romains.

5° Rue Copeau, ainsi appelée du clos des (^oupeaux sur lequel elle a été ouverte. A Tentréede cette rue est TAojptce delaPitié, fondé en 1015 pour les mendiants, et qui devint une dépendance . de la Salpétrière; il renferme aujourd'hui six cents lits. Dans cette rue est encore \a prison de Sainte-Pélagie, dont Tentrée est rue de la Clef, C'était autrefois un couvent fondé par madame Beauharnais de Miraniion pour les tilles débauchées ; il devint une prison en Tan de la liberté 1789. Cette maison, destinée principalement aux détenus politiques, a eu des hôtes célèbres, Béranger, Armand Carrel, Lamennais, et pendant lu révolution une parente de la fondatrice, Joséphine Beauharnais.

4» Rue d'Orléans, ainsi appelée d'un séjour qu'y avait le duc d'Orléans, frère de Charles VI. 11 faisait partie d'un hameau charmant nommé Riche-Bourg, dont il serait difficile de trouver la moindre trace.

Nous avons dit que la grande voie dont nous nous occupons aboutissait au boulevard de l* Hôpital, Ce boulevard intérieur, qui oflVc une promenade assez agréable, bien qu*eUe ne ressemble aucunement à celle des boulevards du nord, conduit d'un côté à Temliarcadèrc du chemin de fer d'Orléans, de Tautro à la barrière d'Italie. Il tire son nom du plus magniGque établissement que la charité ait élevé à la misère, Vhospice de la Vieillesse, ou l'hôpital général delà Salpétrière, œuvre de Louis XIV, digne pendant des Invalides, à une autre ei^trémité de Paris.

Vers le milieu du dix-septième siècle, de nombreuses ordonnances avaient essayé d^abolir la mendicité, et plusieurs établissements a\aient été fondés à cet effet, tantôt par In muni—

GEOCRAMIIE DE PARIS. lxi

tkiMU'u di*s paHk'iilu'i's, coiiiiob rho^pice dti ■li-'i^ut^, i-Ulili yur ViinceriL île Pnul , Inuti^l jicir hi iiilllcjtuJc du i^rHiveriietiKMit, i'oihitk.* riio^iiice de la Pillé; twih lotit ct*lu l'tnit intsunisniiL: le nombre iIp!) iiii'mlîanls riug^iiirnlriit «eiiis ce^^p, vi !»Vli'V:iit^ dil-oii, jii!^{|u'ii i]iiuraiil4? iinlk* ^ lors<]ut', en HMiï, lo loi, sur lu (iroposilioii Je Poiiipoimo de Bellievre, jireiiiier prtVideiil du purleTiieut, sp décid/i à porter remèiïe ay itiaL Son ordoiiuaiire de foiKlnïion de l^hospîce géuèrtil dc« pauvres csl un vorilahle monument de sagesse et de dignité, a Comme nous sommes retjcvables dU-il, h \a mî^téricorde divine de tanl de grâces et d'une visible proleeltoii qu'elle a foil paraître sur notre conduilp ù ravénemenl et dain!^ riit.Htreu]i cours de notre régne, pnr (e succès de no* «rmea et le boidieur Je no» vieloires, nous erovons être pïus obligés de lui en témoigner 110^ recounaisîsaiKTî; pur une rojale et clirélienne applkalion aux eliaseci qui regardent son honneur et son service,., rou/nbjnint lei^ pauvres niendianls enninie membres vivunla de Jéiius-Cbrial, et uoii pas comme membres inutile» de rÊlal^ et agissant en la conduite d'un il grand (L'uvre, non pjir ortire de police, maî^ par le molif do la clnirité.., A ces causes... Nous orikiuuous qui.' les pauvres niendijtnls valides de l'un et Tiiulre i^^^ie soient enlVrmés, pour élre em|doyés au\ ouvrages, travjjui des ni.iinuriirtureii^ selon leur ]jouvoir. .. Iloinnon^ h cet effcl^ par les préscnirs, la maison et Tbopital, tant de la Grande et Fettle t*ilié <[ue du Ht'Iuge, lis au faubourg Saint-Victor, la tuaison et Tliôpital de Scîpion, et la nniii^on de la Savonnerie ; ensemble inaî^uns et einplaeemenl de Bjcètre... Voulons que les lienx servant à enfermer le:» pauvres soient nomméïi ri]6[>iltd général des j^iiuvre^; que rin^cription en toit rniKe, avec récus^ori de nos nrnn's^ sur le portail de la maison de la Pitié; entendons être conservateur et proterlenr fbnlit bopital, etc. 11

Les établi'^senients iiiiliqiiés étant insuffisants ptnir contenir les pauvres, on éleva, d'après les dessins de J.ilteral Bruant, ^nr remplncement de la maisïon de bi Salpêtrière, rêglise et les vaste» bàlimenl« qui existent aujourd'hui, H l'on y enferma jusqu'à cinq mille pauvres, aveugle;*, enfants, aliénées, etc.; mais la mendieilé ne fut ]ifis abolie; Tinstitution ne renqilit qu'en partie le but i[n*oii voulait atteindre, et, en I781Î, la Salpétri<Te était le réceptacle de toutes les mi^^èrcs et Inlirmités humaines, Aujourtrimi HoKpice est destiné spécialement auï vieilles femmes âgées de soïxante-diît ans, ou insensées, ou accablées de maladies incu rallies, lien renferme prés de cinq mille, CV&t une ville d^hospice». qui a ses mes. ses quartiers, son

marché^ et qui se compose de qnjirante-ciiii| corps de bàlimenl ayant une superficie de trente bectares.

Lin LE DIABLE A PARIS.

Page 1