LA MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE, LA RUE MOUFFETARD, LES GOBELINS
De la place Maubert part une rue lorlueusc, escarpée et populeuse, qui, sous les noiu^ de Moiitagiie-Sainte-Gcneviè\e, Descartes et Moufletard, atteint la barrière d'Italie. C^est une ancienne voie romaine.
La rue de la Montagne- Saint e^eneviêve doit son nom et son origine à la célèbre abbaye vers laquelle elle conduisait, et qui avait été placée par ses fondateurs sur la plus élevée des émincnccsde Paris. Dans cette rue très ancienne se trouvaient les collèges de Laon^ des Trente-Trois, de VAve-Maria^ de la Marche^ de Navarre. Les bâtiments des trois premiers n'existent plus ; ceux de la Marcbe servent de caserne ; ceux de Navarre sont occupes parTécole Polytechnique. Le collège de Navarre était le plus célèbre et le plus complet établissement de Tancienne Université. Il avait été fondé par Tèpouse de Pbilippe le Bel en 150-^, et a eu pour élèves Ramus, Henri III, Henri IV, Uicbelicu, Bossuel, etc. C'était, dit Mézeray, l'honneur de la noblesse française. Il fut détruit en 1790, et on y transféra, en 1804, l'école Polytechnique, fondée en 1794. C^està Carnot et à Prieur (de la Côte-d'Or) qu'on doit l'idée première de cette grande institution, qui a traversé nos dix révolutions sans rien perdre de son caractère scien^ tiiique et national.
La rue do la Montagno-Sainto-Genevièvo aboutit à une place sur laquelle est bàlic Véglise faroissiale de Saint' Élienne-dU'Mont^ qui date du douzième siècle, et attcnait à Péglise Sainte- Genevièvo, dont ello était une dépendance. Elle fut reconstruite en 1517, et forme Pun des plus curieux monuments de Paris par son architecture, où sont mêlés assez élégamment les styles gotbiquo ot do la renaissance, ses vitraux et son magnifique jubé, chef-d'œuvre de légèreté et de délicatesso. Lesueur, Pascal, Bacino, Tourucfort, y ont été enterrés.
La rue Descartes se nommait autrefois Bordet ou Bordelle^ et date du treizième siècle ; elle avait, près do la rue des Fossés-Saint- Victor, une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, qui fut détruite en 1685. Un décret de Tempereur, en date de 1807, lui donna le nom de Descartes, dont le tombeau, placé d'ubord dans l'église Suinte-Ceneviève, avait été ensuite, par décret delà Convention, transféré au Panthéon, et qui aujourd'hui se trouve dans l'église Saint- Germain-d es-Prés. (iCtte rue renfermait les collèges de Tournay et de Boncourt, dont les bitiments sont occupés aujourd'hui par l'école Polytechnique.
La rue Mouffetard existait du temps des Boniains, et traversait un champ de sépulture appelé Mo9is Cetardus, d'où est venu son nom. Saint Marcel ajanl été enterré sur cette éniinence en 45G, il se forma autour de son tombeau, vénéré «les Parisiens, un bourg qui prit son nom, et d'où la rue MoutVetard et tout le quartier ont été appelés vulgairement faubourg Saint-Marcel. C'était, dans le moyen âge, un quartier pau>re, sale, barbare, où les calmnes et les masures étaient groupées confusément, où les ruelles et lesculs-de-sac immondes (grimpaient, couraient, s'cntre-croisaient au hasard, où les cloaques infects se mêlaient à des champs de verdure, où croupissait une population de truands, de jongleurs, de tire-laines, mêlée à une population d'ouvriers en cuir et en bois , souffrante, malingre, misérable. Aujourd'hui ce coin de Paris a conservé quelque chose de sa physionomie du moyen âge; l'air, l'aisance et la propreté y ont à peine pénétré; les rues et les maisons offrent encore un dédale aussi disgracieux qu'incommode ; la population y est encore sale, jaune, occupée de travaux dégoûtants ou pénibles, et composée en partie de fripiers, ferrailleurs, chiiïonnicrs, etc. On sait que cette population a joué dans la révolution le même rôle que celle du faubourg Saint-Antoine.
Dans cette rue est située V église Saint -Médard. C'était autrefois la chapelle d'un bourg construit dans les clos dépendant de l'abbaye Sainte-Geneviève, clos dont les noms se sont conservés dans les rues du Chardonnet, Copeau, des Saussayes, de la Cendrée, etc. Daus cette église étaient enterrés Palru et Nicole. Au seizième siècle, elle fut le théâtre de plusieurs com-
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bats entre les protestants et les catholiques. Sou cimetière renfermait la tombe du diacre Paris. Cet homme vertueui, dont la mémoire a été si ridiculement déshonorée, fds d^un conseiller auparlement, était né dans ce quartier, rue des Bourguignons. Diacre, et n'ayant jamais voulu prétendre à la prêtrise, janséniste, et ayant toute la sévérité de mœurs et de doctrine de ces sectaires évangéliques, il se retira dans une pauvre maison du faubourg, y vécut dans la plus austère pénitence, au milieu des ouvriers avec lesquels il travaillait, les aidant, les consolant, les instruisant. A sa mort, les jansénistes Thonorcrent comme unsainl. Des fous, des imbéciles et des intrigants vinrent sur sou tombeau demauder des miracles; de là les absurdités et les scandales des convulsionnaires qui ont fait tant de bruit dans le dix-huitième siècle. Le gouvernement fit fermer le cimetière Saint-Médard, et un plaisant mit sur la porte ces deux vers si connus :
De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
Dans la rue Mouffetard se trouve encore la manufacture des'Gobelins, dont voici Torigine. LaBicvre, dont les eaux soni favorables à la teinture, avait attiré sur ses bords quelques drapiers et teinturiers. Vers le milieu du quinzième siècle, Fun d'eux, Jean 6'o&f /in, acquit une grande fortune, qu'il laissa à ses descendanU. Ceux-ci continuèrent Tinduslrie de leur père, agrandirent ses établissements et devinrent propriétaires de si grands terrains sur les bords de la Bièvre, que cette rivière et le quartier prirent leur nom. Le faubourg Saint-Marcel en devint célèbre, se peupla de guinguettes et de folies, et Ton alla par plaisir visiter les teintureries des Gobelins. « Pantagruel, dit Rabelais, pour se rescréer de son estude, se pourmenoit vers les fauxbourgs Saint-Marceau, voulant voir la Folie-Goubelin. » La famille des Gobelins, dans le dix-septième siècle, renonça à sa glorieuse iudustrie pour entrer dans la noblesse, et Tun d'eux, Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, devint l'époux de U femme perverse qui fut brûlée pour ses crimes en 1676. Les teintureries passèrent aux frères Canaye, qui en firent une manufacture de tapis ; puis à un Hollandais nommé Gluck. En 1667, Colbert acheta l'établissement pour en faire une école d'arts et métiers. L'édit porte que a le surintendant des bàlimenb et le directeur sous ses ordres tiendront la manufacture remplie de bons peintres, maîtres tapissiers, orfèvres, fondeurs, sculpteurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène, teinturiers, et autres ouvriers en toutes sortes d'arts et métiers, et que les jeunes gens, sous ces maîtres, entretenus pendant cinq années, pourront, après six ans d'apprentissage et quatre années de service, lever et tenir boutique de marchandises, arts et métiers auxquels ils auront été instruits, tant à Paris que dans les autres villes du royaume. » Cette magnifique institution, qui a rendu tant de services à la France, est aujourd'hui bien déchue de son importance première : c'est simplement une belle manufacture de tapis de luxe qui est restée dans la dépendance de la couronne.
Parmi les rues qui débouchent dans Jes rues de la Montagne, Descartes, Mouffetard, nous remarquons :
1° Rue Clovis. Sur le sommet de la montagne Sainte-Geneviève existait, sous la domination romaine, un cimetière sur lequel Clovis fit élever, à la prière de sa femme, une basilique en l'honneur des saints apôtres. 11 y fut enterré, et après lui sainte Geneviève. En 857, les Normands incendièrent cette église, qui continua néanmoins de subsister, mais qui ne fut rebâtie complètement que dans le douzième siècle, sous le nom de la patronne de Paris. Elle devint alors le siège d'une congrégation qui a produit un grand nombre d'hommes illustres dans l'église et dans la science, et qui se composait en France de plus de neuf cents maisons. Dans les vastes bâtiments qui renferment aujourd'hui le collège Henri IV, on remarquait la bibliothèque, aussi distinguée par sa construction que par le choix de ses livres : on y comptait plus de cent mille volumes avec trois mille manuscrits, et elle était accompagnée d'une belle collection d'antiquités et de médailles. L'église n'était pas belle, mais curieuse par ses murailles du temps de Clovis, sa châsse de sainte Geneviève, qui datait du treizième siècle, et qu'on promenait solennellement dans Paris, pour faire cesser les pluies ou sécheresses; ses tableaux votifs de
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liél)raïi|uc, «;rer4|uc vi laliiie, dos mntliématiqiics, de la nK^docino, etc. Il eut pour premier» professeurs Pierre Dnnôs, François Vatable. Oroncc Fine, etc.; Henri II y ajouta une fhaiiw de philosophie; Henri III, une de langue arahe; Henri IV, une d'anatomie et de botanique; Louis XHL une de droit canon ; Louis XIY, une de langue syriaque et de droit français, etc. Sous Louis XVI, on comptait vingt-un professeurs; il y en a aujourdMmi vingt-quatre. I/utilité d'un pareil établissement était incontestable sous François 1"*; aujourd'hui elle est fort douteuse. CVst un luxe qui ne sert réellement qu'à donner des places à des savants bien protégés. Les cours sont peu ou point suivis, parce qu'ils n'ont pas de but, pas de relations et ne forment rien moins qu'un système d'enseignement. Chaque professeur débite, souvent bors de la matière de ses leçons, ce que bon lui semble, a des oisifs qui viennent là pour se distraire ou pour chercher un abri contre le mauvais temps. Les cours de langue orientale m* prêchent ordinairement dans un désert égayé à peine par l'oasis d'un auditeur unique qui ambitionne la survivance du professeur; les cours scientifiques sont suivis par les étudiants en médecine ou en pharmacie ; quant aux cours littéraires ou historiques, ils n'attirent la foule tumultueuse des jeunes gens que lorsque le professeur sait flatter son auditoire ou par quclcfuc appel à ses passions ignorantes, ou par Tétaloge charlatanique de phrases romantiques et d^une érudition de contrebande.
Le collège de France resta longtemps sans édifice pour ses cours, et ses professeurs durent successivement enseigner dans les divers collèges de Paris. Ce ne fut que sous Louis XIII qu'on commença à construire sur l'emplacement des collèges de Tréguier, de Lyon et de Cambray, le monument qui existe aujourd'hui : il n'a été terminé quVn 1774, et o reçu récemment de notables agrandissements.
3® V École Normale. Cette école a été fondée on 1795 pour former des professeurs, et elle a eu pour premiers maîtres Laplace, Monge, Berthollet, Volney, Carat, Bernardin de Saint- Pierre, etc. Elle tomba après quelques mois d'existence, fut réorganisée en 1808, supprimée en 18^, reconstituée en i850, et établie dans les bâtiments de l'ancien collège du Picasis. Elle doit quitter prochainement cette obscure maison pour aller habiter, rue d'Ulm, un de ce» palais que nous trouvons aujourd'hui si facilement dans la bourse des contribuables.
4<* Le collège Louis- le-Gr and. Ce collège fut fondé vers 4502, sous le nom deClermoni^ par les jésuites, dont l'établissement à Paris venait d'être reconnu par le pariement. C^est de là que la trop fameuse société dirigea le mouvement de la Ligue. Après l'attentat de ChAtel, a tous les prestres et escholiers du collège de Clermontet tous autres soy disants de la corn- « pagnio de Jésus, furent condamnés, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du a repos public, ennemis du roy et de l'Estat, à sortir dans trois jours de Paris et dans quinte M jours du royaume. » Ils rentrèrent en 1G05, mais n'obtinrent la permission d'enseigmer qu'en 1618. Sous Louis XIV. ils prirent le plus grand ascendant, et, le roi étant venu visiter leur collège, ils changèrent son nom et lui donneront celui de Louis-le-Grand. En 1792, ce collège devint le collège de ri^galitè, en 1800 le Prylanèc, en 1805 le Lycée impérial; il a repris en 1814 son nom de Louis-le-Grand.
Parmi les nombreuses rues qui aboutissent dans la rue Saiul-Jacques nous remarquons :
1® Une de la Bûcherie^ ainsi nommée du port au bois qui en était voisin. CVtait là qu'étaient autrefois les écoles de médecine et de chirurgie : l'ancien amphithéâtre subsiste encore au u® 15 (ffist,de Paris, p. xiv). Ilftns cette rue dèl)ouchent : 1" La rue Saint-Julien-le-Pauvre^ ainsi appelée d'une église qui existait déjà du temps de Crègoire de Tours, car lorsque ce prélat Tenait à Paris il y logeait dans des bâtiments aflectès aux pèlerins. On sait (|ue saint Julien était le patron des voyageurs, et un grand nombre d'hôtelleries ou d'hospices avaient été construits sous son nom par la piété des fidèles. Cette église, détruite par les Normands, fut rebâtie au douzième siècle, et l'uuiversité y tint pendant quelque temps ses séances. A l'époque où les métiers étaient unis par les liens de la fraternité religieuse, elle devint le siège des confréries des papetiers, des couvreurs et des fondeurs. Réunie à l'Hôtel -Dieu, en 1663, elle lui sert aujourd'hui do chapelle. Son architecture est du style le plus gracieux. — 2° La rue du Fouarrt, ainsi appelée d'uti vieux mot qui veut dire paille et d'où est venu /bwrra^fe. Les écoles, d'ahord
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l'cslreiiiles ù la place Miiubert, s'étendirent jusqu^à cette rue, qui prit le nom de Fouarre, do la paille où les écoliers s'asseyaient pour écouler les leçons de leurs maîtres et dont ils faisaient une ample consommation. Il y a loin de la litière de ces écoles à nos splendidesanipliitlié«àtres ; mais il y a encore plus loin du défouemcnt, de Tentliousiasme, de la foi pour la «science, qui animaient alors élèves et professeurs, a Tindinérence, à Tennui, au scepticisme, avec lesquels Tétudiant quitte aujourd'hui son estaminet pour écouter les le(;ons gagées d'un maître aussi sceptique, aus^i ennuyé, aussi indifférent que lui. La rue du Fouarre était fermée à ses extrémités par deux portes pour empêcher le passage des voitures penriant les leçons. Dans celte chétive précaution quel respect naïf pour la science I Aujourd'hui, les cours de la faculté des sciences se font à côté de relais de chevaux, dont le hruit continuel force souvent les professeurs a s'interrompre : la faculté a réclamé ; mais le gouvernement ne lui a pas répondu : il Sait trop bien les droits du commerce et a trop de respect pour MM. des omnihus.
Le prolongement de la rue de la Bùcherie est la rue de la Huchette^ qui était célèbre autrefois par ses rôtisseries : a Les Turcs, dit Mercier, qui vinrent à la suite du dernier ambassadeur ottoman, ne trouvèrent rien de plus agréable à Paris que la rue de la lluchette, en raison des boutiques de rôtisseurs et de la fumée succulente qui s'en exhale... La fournaise des cheminées ne s'éteint que pendant le carême; si le feu prenait dans cette rue, dangereuse par la construction de ses antiques maisons, l'incendie serait inextinguible. »
2^ Rue Sainl-Severin. Elle doit son nom à la curieuse église qu'elle renferme et dont l'origine est inconnue. « Sous le règne de Childebert, dit Jaillot, il y avait h Paris un saint solitaire, nommé Severin, qui s'était retiré près de la porte méridionale. Il est probable que la vénération que ses vertus avaient inspirée aux Parisiens les engagea à bAtir sous son nom un oratoire au lieu même qu'il avait habité. » Cette église a été reconstruite à diverses époques, et sa dernière restauration est du quinzième siècle. C'est un des monuments qui rappellent le mieux le vieux Paris.
3^ Bue des Noyers, Cette rue, ouverte sur le Clos-Bruneau, doit son nom aux arbres qu'elle a fait disparaître : dans une de ses maisons est né J.-B. Ilousseau. Au coin de la rue Saint- Jacques était la chapelle Saint-Yves, fondée en i3i8 par des écoliers bretons en l'honneur d*un gentilhomme de leur pays qui, après avoir étudié À Paris, s'était fait l'avocat des pauvret, et avait mérité, par cette vertu si rare même dans le moyen âge, d'être canonisé par le ptL[ye Clément VI. Les avocats et les procureurs avaient pris ce saint pour patron, on ne voit pas bien à quels litres et par quelles raisons; aussi Mézeray dit-il que c'était sans prétendre à imiter son désintéressement et sans ambitionner les honneurs du royaume des cieux, se contentant humblement des biens de ce monde', a 11 n'y a pas longtemps, dit Millin, qu^on voyait encore suspendus aux voûtes de cette église une multitude de sacs de palais. Comme ils présentaient un aspect désagréable, les administrateurs de Saint- Yves ont fait disparaître ces monuments poudreux de la simplicité de nos pères et de leur haine pour les gens de robe. Un plaideur dont le procès était terminé suspendait son sac à la voûte, comme un boiteux redressé suspend sa béquille dans la chapelle d'une madone. v> Aujourd'hui l'église Saint-Yves est détruite, et nos avocats se passent très-aisément de patron; quant aux plaideurs, ce n'est plus aux saints qu'ils se recommandent dans leurs procès, c'est à la gr«^cede Dieu.
Le prolongement de la rue des Noyers est la rue du Foin, où était le collège de maître Gervais, tt souverain médecin et astrologien du roi Charles V. » Ce collège est aujourd'hui une caserne d'infanterie.
4« Hue des Mathurins. Elle s'appelait d'abord rue des Thermes^ la principale entrée du palais de Julien se trouvant de ce côté; elle prit son nom actuel du couvent des Mathurins fondé
1 I^ nialiee de not pènsi racontait qoe lorsque saint Yves s'ctail présente à U porte du paradis, saint Pierre l'atait re- • poussé, le conrundant avec les liuromes de ba prur«ssion. Le saint s'était alors Tourré dans la fuule et était parvenu k entrer ; mais il a\ait été reconnu, et saint Pierre voulant le clia«ser, il résista et dit qu'il resterait jusqu'à ce qu'on lui eût fait signilier par huissier de sortir. Saint Pierre fut embarra!<sé et chercba partout un huissier, mais, comme il n'en est jamais entré dans le paradis, il fut impossible d'en trouver un seul, et saint Yves resta ainsi au nombre des élus, i la grand* eunfusion de »int Pierre.
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«ers le lr«iiieiii€ siècle, et qui est aujourd'hui détruit. Ce couvent a eu pour prieur le savant Rohert Gaguin, et rijniversité y tint longtemps ses séances.
Au D'> 12 est Vhôiel de Cluny^ aujourd'hui musée des antiquités françaises^ et qui, bâti sur uoe partie du palais des Theruies parles abbés de Clunj, vers le milieu du quatorzième siècle, fut reconstruit, en i5(t5, par le neveu de Georges d'Amboise, qui était à la lête de rordre. Ce cliarmant édifice servit de retraite à la veuve de Louis \ll, et c'est lÀ quVlle épousa le doc de SuflTolk; il abrita aussi en 1625 les religieuses de Port-Roval pendant la construction de leur maison de Paris; entin, pendant la révolution, il a servi d'observatoire aux astronomes Delisle, Lalande et Messier. On sait comment le savant Dusommerard, devenu propriétaire de cette maison, y rassembla un musée d'antiquités françaises dont l'État a fait Tacquisilion après sa mort : c^est, dit Charles Nodier, rilerculaniim du moyen Age.
fi^ Place Cambray, Celte place, où est situé le collège de France, communique avec la rue Sainl-Jean-de-Latran, où étaient autrefois une église et une commanderic de Tordre des Hospitaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem. Cette commandcrie avait un enclos où était Tbôlel du commandeur avec une tour carrée servant aux |K*lerius, et des maisons hideuses où logeaient en franchise des artisans et des mendiants. Tout cela a été vendu et détruit pendant la révolution.
Sur la place Cambray débouche encore la rue Saint Jean-de-Beauvais, où étaient jadis les collèges de Dormans et de Prcsles, et les écoles de droit.
6" Kue des Grès. Dans cette rue était le couvent des dominicains ou Jacobins, dont la conilruction était due à la munificence de saint Louis, et dont l'église était un autre Saiut-De* nis pour les tombes célèbres qu'elle renfermait : on y voyait celles qui contenaient le cœur de Charles d'Anjou, frère de saint Louis; les entrailles de Philippe V, de Charles IV, de Philippe VI, surnommé, disait l'inscription, le \rai catholique; les corps de Robert de Clermont, fils de saint Louis, tige de la maison de Bourbon; de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, lige delà maison de Valois; du cumlc d'Ëvreux, lige des rois de Mavarrè ; de plusieurs princes de la branche d'Alençon, etc. On y voyait encore les sépultures de Uumberl il, dauphin de Viennois; de Jean de Mehun, qu'on croit l'auteur du Roinan de la Rose; de la fn-^ mille de TAubespine, de Passerai, l'un des auteurs de la Satire Alenippée, etc. Ce couvent» qui devint très-puissant, engagea, pendant plusieurs siècles, des luttes scandaleuses avec Tn- Diversité, et il fallut plusieurs fois employer la force pour y amener des réformes. Jacques Clément en est sorti pour assassiuer lleuri 111 ; mais il a aussi donné à l'église des saints el des savants célèbres, Albert le Grand, saint Thomas d'Aquiu, Pierre de Tarenlaise (Innocent V), Jean Joconde, architecte des ponts uu Change et Sainl-Michel, Jean Hennuyer, évèque de Lisieux, etc. Les bâtiments de ce couvent sont aujourd'hui occupés par des écoles municipales et une caserne.
Le prolongement de la rue des Grès est la rue Saint-Étienne-des-Grès, au coin de laquelle se trouvait une église du mémo nom el très-ancienne. Dans le quatorzième siècle, cette église était entourée de vignes où Ton >o\ait le pressoir du roi.
7« Une Souf/lot. Cette rue conduit au Panthéon et doil son nom à l'architecte de ce monu-^ ment; elle doil cire prolongée jusqu'au jardin du Luxembourg.
L'emplacement du Panthéon était occupé sous les Uoniains par une grande fabrique de poteries, pour laquelle on avait ouverl des puits très-profonds, el où l'on a retrouvé des Îovli% et des vases nombreux; il fut ensuite occupé pur des clos de vignes, et enfin par des naissons et janlins dépendant de l'abbaye Suinte-Geneviève. Le Panthéon fut fondé en 1758 pour remplacer l'ancienne église Sainte-Geneviève, qui lombait en ruines. Ce monument, qui tire de sa situation, non moins que de sa masse et de ses détails, un caractère si frappant de grandeur, fut destiné, en 1701, à recevoir les cendres des grands hommes; Mirabeau le pre~ mier y fut enterré, el après lui Voltaire et Rousseau. La Convention en retira Mirabeau pour y mettre Marat, qui en fut à son tour expulsé deux ans après. Un décret de 1806 rendit au culte l'édifice, qui, à travers ces transformations, était resté inachevé; l'on en fit la sépulture des sénateurs, et Lannes, Bougainville, Lagrange, y furent enterrés. La Restauration rendit à
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Tédilice le booi de Sainte-Geneviève, lit disparaître Tinscriplion : Aux grands hommes. Ut patrie reconnaissante l orna sa coupole des magnifiques peintures de Gros, et donna à Soufllot une sépulture dans la chapelle basse du monument. 1830 en fit disparaître le nom de Sain te- Geneviève et le culte catholique, lui rendit son nom païen et absurde de Panthéon avec sa destination révolutionnaire, et le décora d^un fronton qui peut être un chef-d'œuvre de sculpture, mais non de science historique. Aujourd'hui, le monument est vide, nu, muet, attendant ses grands hommes, sur lesquels les chambres n'ont pu rien statuer ; quelques curieux parcourent sans respect comme sans émotion cette montagne de pierres qui glace le corps et Time, qui est sans but comme sans signification; et Ton se contente d'embellir ses abords en attendant qu'on sache ce qu'on en pourra faire, un théâtre ou une bourse, un hôpital ou mi musée. Faire du Panthéon la sépulture des grands hommes est une idée très-belle et trèsnationale; mais il n'est pas besoin pour cola d'en chasser le culte catholique ; la religion et la patrie peuvent avoir le même temple ; d'ailleurs, nos mœurs et nos habitudes ne comprennent pas des tombeaui sans la croix qui les couronne. N'y aurait-il donc pas quelque poésie à mettre les cendres des hommes de génie qui ont éclairé ou sauvé la France sous la protection de l'humble bergère dont la douce Cgure nous apparaît, au fond de nos annales, écartant les barbares de Paris naissant? Un temple à sainte Geneviève qui aurait pour ornement principal la statue d'une autre bergère, d'une autre patromie de la France, de la sainte martyre de Domrémy, pour laquelle Paris n'a pas eu un souvenir ; un temple à sainte Geneviève qui couvrirait les restes de Richelieu et de Mirabeau, de Descartes et de Bossuct, de Molière' el de Voltaire, serait vraiment le Panthéon de la France.
Sur la place du Panthéon est VÉcole de Droit, bâtie en 1771 sur les dessins de Soufllot. « Les écoles de droit, qui sont, dit un écrivain du temps de Louis XV, l'abus le plus déplorable et la falxc la plus ridicule, » sont malheureusement devenues quelque chose de beaucoup trop sérieux, depuis que la division extrême des propriétés a fait des gens de loi el d'aflaires la classe la plus importante de l'État. La révolution supprima ces écoles avec les avocats, |>roGureurs, huissiers et autres clients de saint Yves; l'Empire nous les a rendus avec tous les procéduriers de l'ancien régime, à la grande joie des grisettes et des estaminets du quartier Saint- Jacques.
8^ Rue des Fossés-Saint- Jacques, Cette rue a été construite sur les fossés de l'enceinte de Philippe- Auguste, et aboutit à la place de VEstrapade, fameuse, sous le règne de François l*', par le supplice de plusieurs protestants. Baron et Diderot l'ont habitée et y sont morts. Cotte place se prolonge par la rue des Postes, où se trouvent le séminaire Saint-Esprit, le collège Rollin, et la maison des jésuites contre laquelle la chambre des députés vient de rappeler le gouvernement à l'exécution des lois. Il y avait encore dans cette rue, avant la révolution, la communauté des Eudistes, le séminaire anglais, la maison des filles Saint-Michel, etc. Dans cette même rue aboutit la rue Neuve-Saint&^erieviève, où Rollin a demeuré : on lit encore dons la modeste maison qu'il habitait ce distique qu'il y avait fait placer :
Ante alias dilecta domus qua ruris, et urbis Incola tranquillus, meque Deoque fruor.
Tous ces hommes de l'ancien temps ont, il faut l'avouer, dans leurs paroles et dans leur vie, dans leurs demeures et sur leurs figures, un air de calme, d'assurance et de placidité qui nous semble bien étrange et bien désirable , a nous qui voyons l'anarchie partout, dans l'état social et au foyer domestique, dans notre cœur et dans la rue.