II. — Le faubourg Saint-Jacques
Le faubourg Saint-Jacques n'était autrefois qu'une longue suite de couvents ou d'établissements religieux où se retiraient de pieux solitaires, des courtisans dégoûtés du monde, des dames de haute naissance qui avaient à réparer les erreurs de leur jeunesse. Dans la langue si noblement chrétienne du dix-septième siècle, on appelait du nom de Thébaïde de Farts ce
tix LE DIABLE A PAlilS.
quartier, couvert de grands enclos, perdu au milieu de nombreuses carrières, situé au-dessus des catacombes, habité seulement par une population pauvre, pieuse, paisible, de carriers el de plâtriers. L^bumble église de ce quartier, SahU^Jacques-du- Haut- Pas, u*a été élevée que par le lèle touchant de cette population : les ouvriers travaillèrent sans salaire un jour par semaine, les maîtres donnèrent la pierre et le plâtre, et une illustre pénitente, la duch^Mte de Lougueville, y ajouta le marbre et Tor du sanctuaire. Il y avait, entre les riches de ces couvents et les pauvres gens du peuple qui vivaient sous leur abri, un pieux accord, un respect mutuel et chrétien dont on trouvera la preuve dans la construction de Vhùtpkê Cockim, Le vénérable Cochin, curé de Saint-Jacques>du-Haut-Pas (né en 1726, mort en 4785), le fonda a\ec son modeste patrimoine pour les ouvriers des carrières : la première pierre en fut posée, non par quelque prince, non par quelque magistrat, mais par deux pauvres, élos dans tout le quartier pour cette touchante cérémonie.
La plupart des établissements religieux du faubourg Saint- Jacques sont devenus des lios-> pices; nous allons, en les énumérant, raconter leurs transformations, qui auraient pu être fsttes avec plus de respect pour le passé.
1" Le couvent de la Visitation Sainte-Marie^ établi en 16^. C^est là que se renferaM mademoiselle de La Fayette, qui inspira à Louis XIII un si respectueux attachement. Ce prince vint souvent Ty visiter, et si Ton en croit madame de Motleville, c^est après Tone de ces entrevues qn'il se décida a un rapprochement avec la reine, d^où naquit Louis XIV. Ce couvent est aujourd'hui la maison de refuge des Dames Saint-Michel, qui est à la fois un établissement religieux et une maison de correction pour les femmes déréglées.
2° Le séminaire Saint-Magloire. Il succéda en 1618 à Taucien hôpital de Saint-Jacquesdu-Haut-Pas, qui existait vers le treizième siècle, et avait été fondé par Tordre des frères Pan-^' tifes ou constructeurs de ponts. Il était dirigé par les pères de TOratoire, et a fourni |)endanl deux siècles, à Téglise de F>ance, les prêtres les plus distingués. Ses bâtiments furent donnés, en 1800, à V Institution des sourds-muets qui y est encore établie.
5® La communauté des Ursulines, fondée en 1608 par la ûlle de Jean Lhnillicr, président de la cour des Comptes, sous Henri IV; elle était vouée à l'instruction des jeunes lilles. Sur son emplacement a été ouverte lu rue des Ursulines,
4* Le couvent des Feuillanlines, fondé en 16±2 par madame d'Estourmel, et qui est aujourd'hui converti en propriétés particulières.
ty* Le couvent des Bénédictins anglais, fondé en 1640, et où Jacques 11 a été enterré. C*esl aujourd'hui une propriété particulière.
6** Le couvent des CarméliteSy fondé en 1601 par Catherine d'Orléans, duchesse de Longueville, dans Penclos Nolrc-Dame-dcs-Chanips, où existait, depuis le neuvième siècle, une église de ce nom. Cet enclos, où Ton a découvert un grand nombre d'antiquités, était probablement un cimetière romain : a Je pourrais, dit Sauvul, après avoir décrit ((uelques-unes de ces antiquités, encore parler de quniilité d'autres caveaux, de coffres, de scjucletles et de tètes ayant des médailles à lu bouche, qui auparavant et depuis oui élc découvertes à Notre-Dame— des-Champs et aux environs; ce qui donuerail lieu de croire, vu le grand nombre qu'on en a trouvé dans ce quurlier-là, que peut-être les Uoumins rayaient choisi exprès pour leur servir de cimetière el y placer leurs tombeaux, porce que c'était le grand chemin de Rome. » C^est dans le couvent des Carmélites que, en 1676, la duchesse de La Vallière, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde, vint expier ses amours avec Louis XIV dans les plus grandes austérités, et qu'elle mourut en 1710. Une autre pécheresse s'était auparavant retirée dans )€i voisinage de cette maison, et y lit peudunl vingt-sept ans pénitence : c'est la sœur du grand Condé, la duchesse de Lougueville, l'une des héroïnes de la Fronde, qui mourut on 1679. Sur une partie du couvent des Carmélites a été ouverte lu rue du Vul-de-Cràce ; dans l'autre partie a été rétabli un couvent de carmélites, dont la chapelle renferme le tombeau du cardinal de BéruUe.
7** Vabbaye royale du Val-de-Grdce de Notre-Dame-de-la Crèche, fondée en 1621 par Anne d'Autriche « L'église, commencée en 16-45 sur les dessins de Mansart, fut achevée eu
GÉOGRAPHIE DE PARIS. lui
i6(>5 sur reux de Lcmcrcicr : c^cst un des plus beiiux monumoiiU de la capitale. Nous avons dit ailleurs que Tabbayc du Val-de-GrAce est aujourd^iui un hôpital militaire.
8" L'abbaye de Port-Royal^ fondée près de Clievreuse, au Ireiiiènie siècle, par Mnltliieu de Montmorency, et transférée en 1625 à Paris, à cause de Tinsalubrilé du vallon de PorU Royal. On sait quelles persécutions les religieuses de ce couvent eurent à soulTrir à cause de leur attaclicmcnl aux doctrines des pieux et savants solitaires dont le nom vivra autant que ceux de Pascal, de Racine, des Arnauld, etc. : plusieurs fois rabl)aye fut enveloppée de gardes, et les religieuses qui refusaient de signer la bulle de condamnation du jansénisme, traitées comme des criminelles et dispersées dans d'autres couvents. CVst là que mourut madame de Sablé, qui s'était retirée h Port-Royal après la mort du duc de la Rochefoucauld. Pendant la révolution, cette maison devint une prison sous le nom de Port-Libre; aujourd'hui c'est un des plus tristes asiles de la misère humaine : c'est Vkogpice d'accoaehement ,
9° Le couvent des Cafmcins^ fondé en 1613, et transféré en 1783 rue Sainte-Croix-d^Anlin, dans les bâtiments où est aujourd'hui le collège Bourbon. C'est maintenant un hôpital de vénériens.
A la barrière Saint-Jacques est le lieu des exécutions criminelles.