CHAPITRE XVI
LES RUES DE LA BABPB IT d'eNFEB , LE LUXEMBOURG ET l'oBSERVATOIRB.
La rue de la Harpe part du pont et de la place Saint-Michel sous le nom de la Vieilleboucler ie^queMe quitte bientôt pour prendre celui qu'elle porte depuis le onzième siècle. Elle le doit à une enseigne qui pendait à sa deuxième maison. C'était une des artères du vieux Paris et le grand chemin du palais des Thermes, Ce palais occupait tout l'espace compris en- Ire les rues de la Harpe et Saint- Jacques, depuis la rue des Grès et la place de Sorbonnc jusqu'à la Seine; son parc et ses janlins s'étendaient du mont Leucotitius ( Saifito-Geneviève) au temple d'isis (Saint-Germain-des-Près), et il avait de grands souterrains qui couraient sous presque tout le quartier. On croit qu'il fut bâti par Julien, et les rois de la première race l'ont habité. \\ en reste une vaste salle dont les voiites sont si solidement construites qu'elles ont résisté à l'action du temps pendant quinze siècles. Au moyen âge, la rue de la Harpe devint le centre du pays to/tn, et elle était peuplée de collèges : de Seez, au n° 85; de Narbonne, au n" 89; de Bayeux, au n<>98; d'Harcourt, où est maintenant le collège Saint-Louis. Aujourd'hui, celte rue tortueuse, sale, montante, est encore habitée, en grande partie, par des étudiants, et n'olTre rien de remarquable. A son extrémité était la porte Gibart, d'Enfer ou Saint-Michel, détruite en 1684, et c'est là que commence la rue d'Enfer.
On croit que la rue d'Enfer était autrefois appelée Via inferior, par opposition à la rue Saint-Jacques, qui aurait été appelée Via superior ; de là lui serait venu son nom. On l'appela aussi Chemin de Vanvres^ Chemin de Vauvert^ Faubourg Saint -Michel. Elle renfermait de nombreux établissements religieux : au n° 2, le collège du Mans: au n^ 8, le séminaire Saint- Louis ; au n^ 45, le couvent des Feuillants : enfin elle était bordée par le couvent des Chartreuxy fondé par saint Louis, qui donna à ces religieux le château de Vauvert, bâti par le roi Robert. Leur élégante église fut construite sur les dessins d'Eudes de Montreuil, et achevée seulement en 1314. On sait de quelles magnifiques peintures Lesueur avait enrichi leur cloître. Sur les vastes dépendances de ce couvent, aujourd'hui détruit, on a ouvert les avenues du Luxembourg et de l'Observatoire, les rues de l'Est et de l'Ouest, etc. C'est au carrefour formé par toutes ces communications que, le 7 décembre 1815, le maréchal Ney a été fusillé.
On trouve aujourd'hui dans la rue d'Enfer Vécole des Mines, le couvent de la Visitation, ['hospice de Marie-Thérèse, Vhospice des Enfants-Trouvés ; ce dernier occupe les bâtiment» construits jadis pour l'institut de l'Oratoire. Celte rue est longée en grande partie par le jardin du Luxembourg, et coupée par l'avenue de V Observatoire. Nous avons parlé ailleurs de
Lxin LE diable: A ['AlilS.
1« fantUlion el des rêroliitloiis do p&Wi^ du l.iiipmhourg : njoutonn sctilerm'iil que le janhit
n tie niiislruil syr renipbcenieiil ûnn rninp mmaîn iIudI uu a Iruuvc; de iiojnbrPUK ijeiirt-t, el qu'il II éié le Ihéùlre de bien des cvèiiemenls depuis le temps uù la lille du rêgcul en fiiUiiil le tieu de lies déliaiiclieM, jusqu'au jour où le peuple iVmeloppRÎI vn demnndaul lit rnurl âen miuisireî* de CImrli's \. (lunnl h rObservaloire» il fui ftuulè en l(iG7, par Ltuii* XIV, sur les dessins de Claude PerniuM, el pour servir iitiv nîiservaliruisî ji^lroriaruiques ; su de&linalmn n'a janitiis changé, el il a rcrii depuis einquaule nus de niuiiiireuses iirueliuralious.
Au carrefour des allées tie rObserVi'iluire et du LuKeinboiir^, cuntniciu'e une suite de bouleïArds inlérieurs qui miu( Uhu d'avoir r<i5pcrl el l:i vie de.s haulevards ilu uord el c|in %e prolaugent jiifii|u*nUTt lii\Ji!idcs. Le plus frei[ueulé est le {nmievard sUont-Parnasse^ sur lequel se Irouvc le Irop fnmein linj des élucliiiiils, la Chaumière, La Ciirjumiére, située eiilre les hospices de lu Miiteruile el des Eiifciuts-Trouvés^ est ioul et* que nous avuus Irouvé à meltrc a la place de la Lliartreuse de nos aieui*
A 1.1 barrière Mout-Faruassc se trouve le rime/iVrc du Sud, ouvert eu i810.
Parmi les rues qui débouclient dans les rues de In Harpe et d'Enfer, nous remarqunns :
h* l^uc de t*Ecote-de-Méderine. Celle rue .t été ouverte» vers le ireiiiême siècle, sur rem— placement du mur de FMiilippe-AtifîusIe; elle s'appelait rue des Cord^lifrs^ à cause du roii* \enl des fraucisrains ou cortlrlier* i(ui y fut élriKli en 12^1, et dont réalise, balie par saint Louis, fut recousiruite en 1581). t^*e couvent ayant été détruit en ITIHJ, un club, dit des Cor— deliert, y tint fres séanccf^ dans le réfecloire, el la section du Tljéàtr«-F>ançaÎ9 siégea dans la ^lle des cours de thcolngie. AujourdMiui réj;lise a disparu; le réfectoire est occup-ë par l<» musée Dupuylren ; énas les jardins et le cloilre ou a hiïli, outre îles maisons particuliêr«?s, Técole pratique d'accouchemeut et des pavillons de dissection, e>sl-à-dire, par un rapproclic— ment beurcu\, la vie à côfé de ta morl, la naissance de Tenfrint du crime ou du malheur k eàlé du dépècement des membres du pauvre. Quelle douce pliilosopliie ce contrastn doit inspirer à nos ïlippocrales en berbe! En fare de ces Ivliimeuls est un lourd el faslueux mooumenl qui a éle c^tii^triii*, eu ÏTtM, sur les dej^'iius de (ioudouiu, piiur V t'rolé d« Médecine^ laquelle avail elé, depuis le kTii|is de Louiis \l jusqti'à celle époque, ilans bi rue de la Bù* chérie. l*e nuuuimeut a été construit sur Feuiplucemenl ilii culléjje de rSournogne, fondé, nu quatorzième siècle, par la >euve de Phili]ipe de Valois. Le conseil des Ciiuf-Cents y sio|^ea iitt 18 rriiclidnr. Marnt denieuratt dans celle rue, au n** 18, el c'est la qti'it fut nssasdiné ]iar
GÉOGRAPHIE Df) PAKIS. lxxiii
Charlotte Corday. Alors la rue, qui depuis 1790 avait porté le nom de FÉcole-de-Médecine, prit celui de Marat, qu*elle garda jusqu^au 9 thermidor.
Au coin de la rue de la Harpe était Véglise Saint-Côme et Saint-Dam(en, qui fut bftiie dans le treizième siècle, et devint le siège de la confrérie des chirurgiens. Orner Talon, Pithoù, la Peyronie y furent enterrés : elle est aujourd'hui détruite.
2^ Place Sorhonne. Rohert Sorbon^ chapelain de saint Louis, ayant fondé, avec Faide de ce prince, un collège pour les pauvres clercs, ce collège devint la faculté de théologie, et une sorte de tribunal dont les docteurs traduisaient a leur barre non-seulement les ouvrages et les opinions Ihèologiques, mais les papes, les rois, les magistrats. Il faudrait un livre pour raconter les sentences portées par ce tribunal contre Jeanne d'Arc, contre les protestants, contre Pascal, contre Voltaire, BufTon, Montesquieu, etc. On sait qu'il décréta la déchéance de Henri Hl et s'opposa, jusqu'à la prise de Paris, k la reconnaissance de Henri IV. L'Esloile appelle les docteurs de Sorhonne a trente ou quarante pédants, maistres es arts crottés, qui, après gr&ces, traitent des sceptres et des couronnes. » C'est pourtant dans une salle de la Sorbonne que furent faits à Paris les premiers essais de l'imprimerie.- Richelieu fit reconstruire, sur les plans de Lemercier, ce collège et l'église de la Sorbonne où il avait été reçu docteur, et c'est là qu'est son tombeau, chef-d'œuvre de Girardon. L'assemblée nationale supprima l'institution n au nom de la raison qu'elle avait tant de fois outragée. )> La belle église, dont la coupole a été peinte par Philippe de Champagne, devint un atelier de sculpture jusqu'en 1819 : elle fut alors rendue au culte; aujourd'hui elle est inoccupée. Les bâtiments de la Sorbonne, après avoir servi, pendant la révolution, de logement à des artistes et gens de lettres, renferment depuis 1818 les cours des facultés de théologie, des sciences et des lettres, avec les bureaux universitaires de l'académie de Paris.
3^ Rues des Francs-Bourgeois et de Vaugirard. Ou croit que la première de ces rues doit son nom à une assemblée ou parloir aui bourgeois qui s'y tenait dans le douiième siècle. La deuxième ne date que du dix-septième : c'est une des grandes voies du Paris méridional, mais elle est paisible et peu fréquentée. Au no 1 1 est mort Lekain ; au n® fô était le couvent des religieuses du Calvaire, fondé par le père Joseph et Marie de Médicis : les bâtiments, qui ont servi de caserne et de prison, doivent être démolis ; au n® 70 était le touvent des CaffMs^ fondé en 1611 : transformé en prison, en 1792, il fut ensanglanté par les massacres du 2 septembre. 11 appartient aujourd'hui à des religieuses Carmélites.
Dans la rue de Vaugirard est l'entrée principale du palais du Luxembourg. On y trouve aussi le théâtre de VOdéon, qui a été construit en 1782 pour le Théâtre-Français, sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Condé (les rues voisines de Condé et de Monsieur- le-Prince for* maient la limite de cet hôtel) : il a reçu successivement les noms d'Odéon en 1799, de Théâtre de l'Impératrice en 1807, de Second Théâtre-Français en 1814, etc. Le conseil des anciens y siégea le 18 fructidor.