‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 34 sur 143 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

LES RARRIÈBES ET LE MUR d'oGTROI.

Louis \1V ayant prescrit par son ordonnance de l(iG8 la transformation des anciens remparts de Paris en boulevards, la ville resta sans clôture régulière jusqu^en 1784, où les fermiers généraux obtinrent du ministre Calonne la construction d^une muraille et de barrières |H>ur assurer la perception des droits dVntrée sur les principaux objets de consommation. L'architecte Ledoux fut chargé de ce travail, où il fut assez mal inspiré; et là on Ton aurait pu construire, sur des plans différents, des monuments qui auraient dignement annoncé la grande capitale, on vit s^élever à toutes les entrées de Paris les lourds bAtiments d^octroi qui existent encore et qui sont aussi incommodes que disgracieux. Le travail n^élait pas achevé. il avait déjà coûté vingt-cinq millions et il excitait les plus vifs mécontentements, quand, au 14 juillet 1789, le peuple brisa les barrières. L^assemblée nationale, le l*''niai 1791, prononça fabolition des droits d'entrée dans les villes. Le conseil des Cinq-Cents, le 27 fructidor an VI, décréta le rétablissement d'un octroi municipal dit de bienfaisance, et dont le produit fut destiné aux hôpitaux. Le régime impérial fit achever les barrières ainsi que le mur d*eiiceinte, régularisa et aggrava la perception des droits d'octroi. La Restauration maintint cet impôt impopulaire, et, par un abus aussi sauvage que vexntoire, qui doit donner aui étrangers des idées singulières sur notre liberté et notre civilisntion, les Parisiens ont toujours la jouissance, en passant les barrières, de se voir, eux, leurs femmes et leurs filles, examinés, maniés et foaillés comme des voleurs ou des contrebandiers. La lourdeur et l'iniquité de cet imp4t ont amené In formation ou l'agrandissement de communes très-populeuses en dehors du mur d'enceinte, et l'administration convoite le moment où elle pourra les englober dans Paris en reculant le mur d'octroi jusqu'à Penceintc trois fois bénie des fortifications. Rien de pins merveilleux que le mouvement de population qui s'est fait en dehors de l'enceinte légale de Paris depuis trente ans : les boulevards extérieurs, qui n'étaient que des cloaques infecta et déserts, sont bordés, du côté de la campagne, par une ceinture de maisons, de boutiques, de cabarets ; les vignobles, les prés, les bois sont devenus des rues populeuses dont le gas et le bitume se sont emparés; enfin, et grâce aux fortifications qui ont transformé nos champs en tas de moellons, les heureux Parisiens, quand ils veulent sortir de leur ville de boue et de brouillards, sont obligés, pour trouver quelque arbre et de la verdure, d^aller à trois ou quatre lieues. Qu'ils prient Dieu et les chemins de fer de ne pas les contraindre à aller plus loin.

THÉOFBIUB ImAWAMJLÉOL

leor eôt été possible de parvenir jusqu*auprès de Flammèche et sans avoir

pris aucune des précautions qui pouvaient assurer leur incognito.

Mais heureusement pour eux il se trouva qu'on était alors dans les derniers jours du carnaval, de façon qu ils furent généralement pris pour des bourgeois qui voulaient s'amuser.

Le bruit courut bien un instant, à cause de leur teint qui était un peu foncé, qu'ils venaient d'Alger; et un journal sérieux affirma même que le capitaine, qui avait la mine assez haute, n'était rien moins qu'Abd-el- Rader lui-même qui nous aurait été enfin livré par l'empereur du Maroc, son ami. Mais bientôt tous ces bruits tombèrent comme tombent à Paris tous les bruits ; on entrait en carême : et la seule chose qu'ils eurent à faire fût de s'habiller comme tout le monde pour n'être point remarqués. Si

quelques-uns, à voir leur air emprunté dans nos vêtements, dont ils n'avaient pas l'habitude, les prirent pour des forgerons endimanchés, nous devons dire que ceux-là étaient des Parisiens raffinés, c'est-à-dire de ceux qui remarquent tout, mais qui ne s'étonnent de rien; et la vérité est qu'il y avait à peine huit jours qu'ils étaient parmi nous, que déjà personne ne songeait plus à eux.

Le pauvre capitaine et sa bande, qui avaient cru d'abord que rien ne serait plus facile que d'en arriver à leurs fins, n'avaient pas tardé à s'apercevoir que leur besogne n'était pas beaucoup plus aisée que ne le serait celle d'un homme qui aurait à chercher dans un fleuve quelconque une certaine goutte d'eau qu'on lui aurait vaguement signalée.

D'ailleurs, ayant toujours vécu, comme ils l'avaient fait, dans le pays des

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