REVENU DES QUARTIERS NEUFS
Netre-Dame-de-Lorelte! quels caractères, me de La Bruyère! me de La Rociieloucault.
I»tr GAVAItNI.
Gravé par Dara et Gérakd.
TROISIBIIK ABBONblSSKMBNT.
Cbti M. Dufttur. — La Coar da U Mairit. — Intériaur da la Mairia. — Li SalU da Mariage. — L'âglita. — Arrivéa da la Mariéa. — La SacriiUa.
M. IIUFOUR.
MADAME DUFOUR, dans UDe bergère; Monsieur DUFOUB , dans un faiileuH.
MADAME DUFOUR, Ics yeux baignés de larmes. — Mon Dieu ! que je suis donc malheureuse ! ce n^est pas assez du chagrin que j'ai de me séparer de ma fille , il faut encore que j'aie sans cesse sur les épaules un monstre d'homme qui ne me laisse pas une minute de tranquillité.
DUFOUB. — Bon^ voilà que je ne te laisse pas tranquille , à présent!
MADAME DUFOUR. — Si je Tétais je ne me plaindrais pas. Je n'ai pas pour habitude de me plaindre quand je n'en ai pas sujet.
DUFOUR. — Je ne dis rien.
MADAME DUroUR. — Vous appelez ne rien dire, gémir comme vous gémisse/.
depuis deux heures! G*est comme une pompe, et pourquoi, parce que
votre habit n*est pas arrivé ! Si vous étiez un enfant on vous donnerait
le fouet, et bien serré, et vous ne l'auriez pas volé. DUForR. — Je voudrais te voir à ma place, si tu serais bien aise d'aller à la
noce de ta fille sans être habillée.
MADAME DUFOUR. — Vous sercz toujouTS habillé. 11 ne 8*agit pas de ça. DUFOUR. — Et de quoi s'agit-il donc?
MADAME DUFOUR. — Du bonheur de ma fille , de ma fille à moi. DUFOUR. — Bon ! te voilà encore une fois dans les pleurs. Depuis huit jours
tu ne fais que ça.
MADAME DUFOUR. — Parce que depuis huit jours je suis la plus malheureuse
des femmes.
DUFOUR. — Je ne vois pas que ce soit un si grand malheur d'établir ses enfants. MADAME DUFOUR. — Vous ne voycz jamais rien. DUFOUR. — Que diable ! on ne t'a pas mis le couteau sous la gorge. MADAME DUFOUR. — Je ne l'aurais pas soufiert.
DUFOUR. — ^Tumarics ta fille parceque tu veux bien, personne ne t'y contraint. MADAME DUFOUR. — Ne dites donc pas cela, on croirait à vous entendre qu'il
n'y a dans la maison d'autre volonté que la mienne. DUFOUR. — Ma foi...
MADAME DUFOUR. — Taisez-vous. . . Comptez- vous passer toute la journée
dans votre fauteuil à attendre votre habit? DUFOUR. — Je ne sais en vérité pas ce que je dois faire. MADAME DUFOUR. — Ni moi non plus.
DUFOUR. — Si j'y allais?
MADAME DUFOUR. — OÙ CCla?
DUFOUR. — Chez le tailleur.
MADAME DUFOUR. — Allez-y si VOUS voulcz, que voulez vous que je vous dise ? DUFOUR. — Crois-tu qu'il serait convenable que j'y alksse... chère amie... Tu ne réponds pas...
MADAME DUFOUR. — Oui.
DUFOUR. — Je te demande s'il serait convenable que j'allasse chez le tailleur? MADAME DUFOUR. — Mon Dicu ! faites ce que vous voudrez... mais, an nom du ciel, donnez-moi la paix.
DUFOiiR. — Cela ne te contrare pas? (// se Iwe de son fauteuil.)
MADAME DUFOUE, agitant ses jambes. — Non.
DUFOUR. — Bien vrai?
MADAME DUFODR^ mime jeu de jambes, mais plus précipita. — En voilà jusqu*à demain.
DUFOim. — J'y vas, minette^ j'y vas. (// gagne doucement la porte ^ et sort après atxnr contemplé un moment la figure refrognie de son épouse.)
MADABflE DUFOUR. — Et Ton veut qu'une mère soit tranquille et bien aise quand sa fille est exposée à rencontrer un être comme monsieur son père, un homme qui, de sa vie^ n*a eu une idée à lui, un brouillon, un hurluberlu qui n'a pas plus de tète qu*un enftmt ; mon Dieu ! mon Dieu ! que les femmes sont donc à plaindre I
MADAME DUFOUR, LA BONNE, un plalMU à la maio.
LA BONNE. — Vlà vot' café.
MADAME DUFOUR. — Ah! te voilà !
LA BONNE. — À quelle heure donc que vous vous êtes levés?
MADAME DUFOUR. — Ce n'est pas moi, c'est mon mari.
LA BONNE. — J'peux plus me lever, c'est fini; vous m'direz à ça,j'm'ai couchée si tard.
MADAME DUFOUR. — C'est oomme moi, je n'ai pas fermé l'œil, je n'ai fait que pleurer toute la nuit.
LA BONNE. — Ça ne va donc pas mieux?
MADAME DUFOUR. — Ne m'en parle pas, je crois que depuis huit jours j'ai donné toutes les larmes de mon corps.
LA BONNE. — Vous n'étcs pas raisonnable. Je voua demande si ça a le sens commun de faire ce que vous ftdtes.
MADAME DUFOUR. — Je sois mère!
LA BONNE. — Je veux monrir, s on dirait, à vous voir, que c'est aujourd'hui que vous mariez vol* dcaioiielle.
MADAME DUFOUR. — Tu Tas vue?
LA BONNE. — Qui ça?
MADAME DUFOUR. — Ma fille.
LA BONNE. — J'en sors.
Ô8 LE TIROIIl DU DIABLE.
MADÂBiS DUFOUR. — Eh bien ?
LA BONNE. — Que voulez-vous que je vous dise.
MADAME DUFOUR. — Que fait-elle?
LA BONNE. — Tout comme vous, la même chose! elle est dans sa chambre
qui se désole.
MADAME DUFOUR. — Elle tient de moi; pauvre chérie! tout mon caractère. LA BONNE. — Heureusement qu'à monsieur, rien ne fait^ sans ça, faudrait
vous enterrer.
MADAME DUFOUR. — Mon mari est un homme, c^est tout dire. LA BONNE. — Âh ça ! pendant que nous sommes là à rien faire, voilà vof café
qui va Tètre froid; est-ce que vous n'allez pas le prendre? lUDAME DUFOUR. — Non, je n'ai de goût à rien, je t'assure. LA BONNE. — Y ne s'agit pas de ça, le vin est tiré, faut le boire; voyons,
avalez-moi ça.
MADAME DUFOUR. — Je te rcmcrçie.
LA BONNE, avançant la tasse sous le nez de sa maîtresse. — Voyons, voyons,
dépéchons, je n'ai pas de temps à perdre.
MADAME DUFOUR — Non , je te dis, depuis hier c'est comme une barre que j'ai sur l'estomac, rien ne me passe.
LA BONNE. — Tenez^ la jolie, jolie mouillette! ouvrez la bouche à sa raaman. MADAME DUFOiiR — Tu fais de moi ce que tu veux. LA BONNE. — Encore cette petite-là, pendant que nous y sommes. MADAM£ DUFOLTi. — Quc tu cs enfant !
LA BONNE — C'est vrai ça, vous allez encore vous mettre à table à je ne sais
quelle heure.
MADAME DLTOUR. — Entre deux et trois.
LA BONNE. — Mettez-en quatre et n'en parlons plus. MADAME DUFom. — Tu croisî LA BONNE. — Est-ce que je ne connais pas ça, on n'en finit pas dans les
noces ; vous verrez que vous allez avoir une faim d'enfer en sortant de
la messe, vous vous jetterez sur les plats comme une enragée, et vous
viendrez me dire que vot' estomac vous tire ; venez-y , j'vous dirai
c'est bien fait, vous n'avez que ce que vous méritez ! MADAME DLTOUR. — Avcc toi pas moycn de rien faire, tu veux toujours avoir
raison.
LA BONNE. — Quand c'est pour un bien. Voyons la dernière des dernières,
finissons-en... A la bonne heure, v'ià qu'est bien. MADAME DUFOUR. — Es-tu contenteî LA BONNE. — C'est pas sans peine.
MADAME DUFOUR. — Dis-moi . . .
LA BONNE. — Quoi quc c'cst encorc?
MADAME DUFOUR. — Ma fille est-elle levée?
LA BONNE — Elle se levait comme j'entrais.
MADAME DUFOUR. — Pauvre chérie! c'est le premier chagrin qu'elle aura donné à sa mère.
LA BONNE. — Je ne dis pas non; mais tenez-vous un peu par là-bas, que je balaie par ici.
MADAME DUFOUR. — Je voudrais mourir.
LA BONNE. — C'est possiblc. mais plus près de la croisée, sans vous commander.
MADAME DUFOUR. — Si j'allais retrouver mon enfant?
LA BONNE. — C'est ça, d'autant qu'elle peut avoir besoin de vous.
MADAME DUFOUR. — J'y VaS.
iO LE TIROIR DU DIABLE.
LA BONNE. — Allez, allez.
MADAME DUFOUR. — Viendras-tu pas nous aider à nous habiller? LA BONNE. — Je ne vous promets rien, n'y comptez pas, nous verrons , si j'ai le temps.
I^ GOUm DX Uk MAl&ZB.