UN GÉNÉRAL ET SA FEMME
LE GÉNÉRAL. — Il mc scmblc que nous pourrions nous asseoir là, si vous le trouvez bon, Nancy.
sous LE MARRONNIER DES TUILERIES. -73
NANCY. — N'avez-vous pas un ordre à prendre au château?
LB GÉNÉRAL. — Précisément : — j'irai dans un moment, et vous m'attendrez là deux minutes. (Ils s'asseoient sous le marronnier.)
LE GÉNÉRAL. — Ces premiers jours de printemps sont intolérables.
NANCY. — Ce n'est pas ce que disent les poètes» mon cher général.
LE GÉNÉRAL. — Je voudrais qu'on leur mit un sac sur le dos, à vos poètes, ma chère, pour leur apprendre à juger les choses.
NANCY. — C'est une mesure fort désirable, monsieur.
LE GÉNÉRAL. — A propos, cst-il vrai que j'aie autant bruni qu'on le dit, — en Afrique?
NANCY. — Vous?
LB GÉNÉRAL. — Oui, moi.
NANCY. — Bruni?
LE GÉNÉRAL. — Saus doutc. Ou m'cu a fait compliment hier, et je vous avoue que j'en serais charmé.
NANCY. — Pourquoi cela?
LE GÉNÉRAL. — Parcc quc cela sied à un homme, — surtout lorsqu'il est militaire, et qu'il a la barbe noire. Est-ce votre avis? .
NANCY. — Oui, général. — Qu'est-ce qui nous salue, là-bas?
LB GÉNÉRAL. — C'cst Beaudouiu. Le pauvre diable! savez-vous'ce que lui vient de faire sa femme?
NANCY. — Pas du tout.
LE GÉNÉRAL; — C'cst très-plaisaut. Mais je ne puis guère me permettre de vous en faire part.
NANCY. — Comment vouliez-vous alors, monsieur, que je l'eusse appris d'un autre?
LE GÉNÉRAL. — Ccst justc. — Au rcste, voici ce que c'est. Vous savez, Nancy, que les histoires d'aides de camp séducteurs sont aussi connues que celles du vol à l'américaine. — Eh bien! ne voilà- t-il pas Beaudouin qui présente son aide de camp à sa femme, et qui lui donne place à la table, au feu, et...
NANCY. — Général, c'est un conte de bivouac, ceci.
LE GÉNÉRAL. — Bref, ma chère, le dénoûment est mêlé de circonstances tellement inouïes, que les meilleurs amis de Beaudouin , et je suis