IV. — Le faubourg Saint-Antoine
Le faubourg Saint -Antoine doit sa naissance à Tublmye Saint-Antoine-des-Gliamps, fondée pour les filles repenties par le curé Foulques de Neuilly, prédicateur de la quatrième croisade, et qui est aujourd'hui transformée en hôpital. Obscur sous l'ancienne monarchie, et ayant seulement servi de théâtre à la baluillc de la Fronde (Hist. de Paris, p. xxvi), il a joué le premier rôle dans la révolution, dont il fut à la fois le quartier général et l'armée d'avantgarde. Au 27 avril 1789, il préludait au tumulte révolutionnaire par l'incenilie de la maison Réveillon, incendie causé par une question qui, après un demi-siècle de souffrances populaires, n'est pas encore résolue, la question des salaires. Au 14 juillet, il était tout entier sous les murs de la Bastille; aux 5 et 6 octobre, il envoyait ses légions de femmes aiïamées à Versailles; au 10 août, conduit par le brasseur Santerro, qui avait sa demeure au n° 252 du faubourg, il conquérait les Tuileries. Il régna dans Paris pendant -le règne dos Montagnards, et il suffîsait de ces mots : le faubourg descend ! pour faire trembler la Convention. Sa puissance tomba avec celle de Robespierre : il essaya de la reprendre au 1**' prairial et fut vaincu. Le lendemain de celle journée, il fut investi par une armée entière, sommé de livrer ses canons, menacé d'un bombardement : irrésolu et manquant de chefs, il céda, donna ses armes, et ce fut pour lui une véritable abdication. Dès lors il sembla tout entier voué à l'industrie, et se contenta d'envoyer ses enfants défendre la révolution sur les champs de bataille : parmi ces glorieux faubouriens^ on compte Augereau. Napoléon fut populaire dans le faubourg : il alla plusieurs fois le visiter, s'inquiéta de ses travaux, de sa prospérité, et, sans craindre de rapprocher des Tuileries les terribles soldats du 10 août, il voulait faire construire une grande rue qui serait allée du Louvre à la barrière du Troue. Ce fut pourtant dans une maison du faubourg que fut ourdi l'audacieux coup de main qui pensa, en 1812, renverser le vainqueur
1 Voir Tartirle — le» BouUvard» de Parié et U s^rie de dessins qui l'arrompagne — pages 89 el suir. du 2** folurae.
CÊOGRArHÎE DE VXJMS. xix
de la Mosbma : au ii*» 555, au coin de la fjolile ru€ Sîiint-nLMiis, se vm\ ijîid iiKiisoti Jesniik* i]iii aiijounlliui rtMifermc des oliérius : cVfl de )» (lu^sl sorti Malt i !
Le fiiubour{Ç Siiiiit-Anloirit*, aujourd'hui |i[iisiblo, mim toujours |>t'U|dL: ir^uvriers pauvre^ rt labfirieux, est cùlëlire d.iiis te luonili: iiidusIrM 1 par suu ébéni^terie ilytil le;!; prudutt^ voiil \Hir Umi le globe. 11 ue renferme aucun édilicc publie, crxceplé t'hàpilnl annexe du niùk-l- Diiti, «iitrefuis destiné bu« cnlnnU troiivési, el riiojipice Saiul^Antoiiie, aulrefois «bbiive, et ifui rappelle dem evêneiiieiilî' jmporl;iiïls : derriért^ set* murs, ciin][j.iij(e-i|Uiitre teiiiplifis liireiil brûles sniis Philippe le Bel; devonl sa porle fut eliiblie bi principale barricade i|ue Turetitïe eidev« sur (loiub'. Le niub<nirg se termine ik lu |iluç"e el à h liarriêre du ÏV(jiïi% qui hieiil leur ttonMrun Irùueque les édiles parisien} jf II rent élever paur l'eiilree de LiHii> XLV
,- .iPim; ^ Si
el de Mantï-Tliérèse, en JCMjO. Lesi deun colonnes tjiii tjruenl la Iwirrière él^netit le commencenienl d%in nionuïm'ul ipi'oii devait eonslruire en mémoire de cet événement, el qui ne fui |iii?i ocbevé. On vient il'v jilaeer les ^lalues culut^ïiiiîes ilr l^liilippe-Angiistle el de >iaiiil [.ouis. Peinbiiit les derniers tt-mps de lu (erreur, récliafEiud fui dresser ,^ur bi place du Trùne, el, en viuj^l jours, il s'y lit, nu lieu même où le grand roi rei;ut Tbotumajïe de ses sujel*, un eflrophle holocnu.^le de ([ualre reut Yin^t-lrois viclimes. Le 50 ninr« d81i, la ImrnèrG du Troue, *|ui cnuduil an cbAleau de Viueennes^ fut le lliéiilre ifun glorieux combnl soulenu e*Milre les Russes pa:r la {^^^arde nnl tonale el Tétole puhlerliuitpje.
Six grandes rues parlent du faubourg Saiiit- \uloiiu- coiuuiu les braiielu'!* d'un arlire énorme : ce soni, à droite, les rues de Cliarenlon, de iieuilly» de Pii-ptis^ â gaucbe, les rue;* de la lloquelle, de C baronne el de Moutreuil.
Ltt rue de Chafenfon conduit a la barrière i|ui ouvre Ift route de* déparlements de TEsl ; sou cxlréuiitè s*appelail autrefois la vaUee de Fétamp; elle e;*! célèbre, en lOil, par une ailaque des ealbuliipiis contre les prole*:(ant^ qui re\eiiaieiil de leur prècbe de l^barenlon. Un y (rouve Vhoxjme des Quinze-Vingts, fouilé par saînl Louî.h pour trois tenU aveugles^ el qui lui élabli dans la rue SaiiiMIouoré» just^u'en 177!) : à celle époque, le cardinal de Itoliaiu *ii Irisleuieul fameuï |>ar Talfairedu coïiier, le transféra dans nu bolel de la rue de Cbaren- I on, occupé jusque-là par les inousqneiaires noirs.
La rue de Reuiltn doit son nom au cliAleau de Homiiiacutfh bâti par les mi^ de la première race, el qui siibsislait encore en i5S*iï. (l'est dans ee Versailles des Mérovutj^Meits, au dire de Wabillon, que Dagoberl avait une sorle de bareni où il épousa successivement Gomatrude, ^'anlUJIde, elc. Au u" 2t élail la nianufaclurc de glaces établie en ItMîtJ par (.lolberl : on pourrail croire que noire siècle indtislriel a mieux traité cet élabiiï!»emenl que lesnulres fondalious religieuses ou cbarilablet» de rancien régime; il nVn e>l pourtant rien; et fa nianti*
%% LE inxniE A rvms.
Iârlttf« AtCMeri n'e»! oî plitf nt moins que si cllo eiil éïé un loiiv<-hI nu un L<is|iit-i... iitic
Lé8 me <le PitptiM élâil célèbre par ses élalilis»emenl!^ rcltf^ii'u^. Autl ly** ir>^ 17 ut 19 i^v Irootaîl le cauieut de« tbaoofiie^^ej^ ilitrs de ^olrc-Eltiiie lie Lépanli", el dniii le cimclîère a été coocédé, miu$ TEmpire, ii (ihisieur*; faniîJfe^ nobles : c'est là qu'esl enterré La- Cijeite. Auprès de son tuniiveau est Ju >épullure des (]u«tre ceni TÎngt-Irofa vicltnies de la place du Tniiie, drml nous venoii* de parler. Au Ho 57, *e trouvait le couvent des Fraiiciseatns-IliToriue^ , rc^cinlé comiiit* le cbef-lieu de l'ordre : c'èliiil là tjiie logeaient lef Amlia$»Adeurâ de« princes efil]i(dti|UL-^ «%fiM( de filtre leur i>iilrée dun» Piirif«. Au n" 5(» ti drtneiiré lu eninlesse d'Eî^p.ird*!^ Eugénie de l.j lïiMicLirdie, <|ue les vers île Miirîe-iiisepli t'Jienier mi\ rtiidue célèbre. Au ii" -tj est un [liiviilon ipiî a été liidiilr par Millev^ne vl pur ftok^dieir.
La rue de la ikMHirfte reiirerm,iiî aii(rt'f<Hs un liolel nppelè Hd-Exhaf, qui iijijjadini aui rms de France depuii» lient i II jus(|u"ii Henri IV, el on llein-i 111 laillit être ênïi'vé pjir les ligueurs; on le Inin^furnia plus lard en couvent des bospitiilièrcs de Kulre-Dame, lef|iiel renfermait uu lit^pice fînnr les vii'illiîJ feiumes, Ue ctm%enl el mm lu»^piee soiil aujourtlMmi détruits: mm^ lu rue peut «*eu cmisolcr : îè leur plaet*, un ftcuuî^trnil di'ux castes el tua^^iiiru|uef liiilinieitt^ qui, hhu douto, mit été placés eu fine Vuii de l'duire piuir fatie image et duns «uc pensée pltilus^jpbnpie : Tnn est le ptmiiemier des Jeiittfx détenus, Tautre le dépôt des romtamnég, C*esl-À'dire, r;dpli!i et runié^» de nuItT i i%ilii<alioii.
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luette rue eniiduit au cimeiiért d^ l'Est ou du Père-Larkaise^ qui a été nuvert en 1801 sur une pnn»riélé avant appnricnu nu confesieur de Loui» XIV. CVe^it la plus va«!e ïn''enipole de Paria et la plu^ lienrensenieut ïiitnée; du riuni coteau qu'elle occupe, on découvre une -grande partie de la ville et des campagne* voiniui'!^; sau koI accideuli% coupé de ravin'*, de plaleiiui, de ln^llc-t allées, de sentîtTs sinueux^ couvert d'arbres, d*arbnstes, de llenrs, ini se pressent lefi iinuinuitint^ sépulcniut, chapelleff ppumide^, pierres^ croiii de hob, e$t une j^ronietnide [iittorest|ne où rien n'inspire la lri»(e^se, nii Ton pourrait croire, nu^ insscriplions ]dacées sur les tumbe», ipie I» jMipnlalîon de Paris esl la phis vertueuse du {içlobe. Lit se voient les liunlHwun d'AbeiLiid et d'Iteliûse, bijou ^ollii^juc dfuit la place était dans une église et non eu plein air, le* Sc'puUure» dt- Moliete el de L:i Foulaiue, de ïïelille, de It4»nfllers, de Paniv,
GÉOGRAPHIE DE PARIS. xxi
les iiionumeuls do Masséna, de Gouvion-Saint-Cyr, de Foy, de Périer, eU. La ino<le, qui se inélede loul, a fait de ce cimetière, destiné aux quartiers les plus populeux de Paris, le rendez-vous mortuaire de toulcs les illustrations*.
La rue de Charonne renferme, au n° 86, le couvent des Filles-de-la-Croix, établi en 1641, et qui n'ayant pas été aliéné pendant la révolution, a été rendu à ces religieuses en 1817. Au n° 88 était le couvent de la Madeleine-de-Traiael, où se retira Fabbesse de Ghelles, fille du régent, et qui aujourd'hui est détruit. Au nP 95 élait le prieuré de NoIre-Dame-de-Bon- Secours, qui fut transformé sous TEmpire en une filature de coton, dirigée par l'illustre Richard Lenoir. Napoléon visita plusieurs fois cet établissement, et y assista à une grande fêle industrielle dans une galerie qui existe encore. G'est aujourd'hui une école de commerce. — Près de la rue de Gharonnc est Téglise du huitième arrondissement , Sainte- Marguerite, qui n'offre rien de remarquable ; et dans celte rue débouche le passage Vaucanson^ qui a été ouvert en 1840 sur Templacemenl de l'hôlel de ce nom, où demeura l'illustre mécanicien.
Nous n'avons rien à dire de la rue de Montreuil, si ce n'est qu'elle a l'avantage de posséder une caserne: les casernes, c'est notre luxe, à nous; aussi, s'il pUit à Dieu et à la charte, nous en mettrons partout. Le quartier que nous venons de décrire e» a cinq et même sept pour sa part : caserne d'infanterie à l'Ave-Maria, rue des Barres ; caserne de pompiers, rue Gulture-Sainte-Gatherine ; caserne de garde municipale, aux Célestins ; caserne de la rue de Reuilly ; caserne de la rue de Monlreuil. Ajoutez-y deux voisines, aux Minimes et à Popincourt; ajoutez encore que la barrière du Trône est à quelques pas de la forteresse, de l'arsenal, du camp retranché de Vincennes qu'on appelle déjà la ville des canons; et vo}ez si le faubourg Antoine, comme disaient les compagnons de Santerre, peut se plaindre de n'être pas bien ganlé.