‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 143 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

LA VIEILLE-KUE-DU-TEMPLE, LF. QUAKTIBR DU MAJIAIS ET LA EUE DE MÉNILMOITTANT.

La Vieille^Rue-du-Temple commence à la place Baudoyer; elle existait dès le treizième siècle et a porté les noms de Coulture-du-Temple et de Porte-Barbette, La porte Barbette, qui faisait partie de l'enceinte de Philippe-Auguste, était située près de la rue des Francs-Bourgeois; elle tirait son nom d'un hôtel bâti par Etienne Barbette, prévôt des mardiands, et qui devint la propriété d'Isabelle de Bavière. Nous avons dit dans VHistoire de Parts que c'est en sortant de cet hôtel que Louis, duc d'Orléans, fut assassiné par les sulellites de Jean Sans-Peur. Près du lieu où se commit le meurtre se Irouve le marché des Blancs-Manteaux, construit sur l'emplacement du couvent des hospilalières de Sainte-Anastase, qui luimême occupait l'ancien hôtel d'O. Plus loin, près de la rue du Perche, se trouvait le Ihéàlre où brillèrent Arlequin, Pantalon et Scaramouche, et dont nous avons aussi parlé ailleurs (Hist. de Paris, p. xxv). Vers son extrémité, la Vieille- Rue-du-Temple prend le nom des Filles-du-Calvaire, d'un couvent fondé par le père Joseph du Tremblay, et aujourd'hui détruit.

Le seul édifice public que renferme la Vieille-Rue-du-Temple est Vimprimerie royale, fondée par le duc de Luynes et complétée par Richelieu, non pour le service de l'État, mais uniquement dans l'intérêt des lettres. Cet établissement fut d'abord placé au Louvre, puis à rhôtcl de Toulouse, enlin dans le bâtiment actuel, qui est une des parties de l'hôtel Soubise. Ce n'est que depuis 1795 qu'il est devenu l'imprimerie du gouvernement : il occupe cent vingt-cinq presses, deux mécaniques, et possède quarante alphabets.

La Vieille-Rue-du-Temple est la grande artère du Marais, ce quartier bàli presque en-

I Voir U iéri« de àtuim — Cim«liirr« de PurU — U Pért-Lnàhaiu — p4g«s i4S el 249 du 2* folunic.

Uèrement sou» Henri IV et toa» Louis XIII, et qui fut alors le quartier de la noblesse el du loie. Aojoard*liui c''e5t un quartier paisible, bien aéré, babilé généralement par des rentiers, mais où Tinduslrie commence à prendre pied. Les rues rappellent peu de souvenirs bistoriques : la plupart portent des noms d''anciennes provinces. Parmi celles qui déboucbent dans la Vîeille-Rue-du-TempIc, nous remarquons :

i* Rue Sa. nle-Croix-de-la-Br étonner te. Construite au treizième siècle sur le Champ-aux- Bretons \ elle prit le nom de la Uretonnerie^ auquel on ajouta celui de Sainte-Croix^ quand les religieui de ce nom vinrent %j établir en 1258. « Revint unn autre manière de frères, dît Join ville, qui se faisaient appeler frères de Sainte-Croix, et requislrent au roy que il leur aidast. Le roy le lit volontiers, el les bébergea en une rue appelée le qunrrefourdu Temple, qui ores est appelée la rue Sainte-Croix. » LVglise, bâtie par Eudes de Montreuil, était un chef-d'œuvre d^élégance : elle renfermait le tombeau de Barnabe Brisson, qui fut pendu par les Seize. Sur son emplacement est un passage.

2* Rue des Francs-Bourgeois. Elle date du treizième siècle el portait d'abord lo nom de Vieilles-Poulies; elle prit son nom actuel d'un hospice fondé pour vingt-quatre bourgeois pauvres et qui cessa d'exister au seizième siècle. Une partie de l'hôtel Barbette donnait dans cette rue, et il en reste la tourelle qui fait le coin de la Vieil le-Rue-du-Temple. Au n** 15 était rhôtel du chancelier LeTellier, père de Louvois. Aun^'SI était celui du comte de Charolais, si fameux dans le dix-septième siècle par ses cruautés et ses débauches.

3* Rue de Paradis. Cette rue, par laquelle se prolonge la rue des Francs-Bourgeois, a pris une grande importance depuis qu'elle se continue par la rue Rambuteau, dont nous parlerons plus tard. Elle tire son nom d'une enseigne et renferme: i^ L'église de Notre-Dame^s- Blancs-Manteaux^ reconstruite en 1G8G, etdont l'origine remonte à des religieux mendiants, dits serfs de la vierge Marie, qui s'établirent à Paris en 1258 : a Revint, dit Joinville, une autre manière de frères qu'on appelle l'ordre des Blanrs-Manteauv, el requistrent au roy qu'il leur aydast qu'ils peussent dcmourer à Paris. Le roy leur acheta une maison et viez places entour peureux héberger, de lez laviez porte du Temple, à Paris, assez près des lisserans. » Cet ordre ayant été supprimé en 1271, le couvent fut donné aux Cuilielmiles, et à ceux-ci succédèrent, en 1618, les Bénédictins. Nous avons dit ailleurs que c'est là que furent composés l'Art de vérifier les Dates., la Nouvelle Diplomatique et la Collection des Historiens de France. Sur l'emplacement du couvent est la rue des Cuiilelniites. — 2** Le Mont-de-Piétéy fondé en 1777, et dont les bâtiments furent achevés en 178(5. Nous ne dirons rien de cet établissement qui n'est plus en rapport avec nos mœurs et dont la réforme radicale est demandée par tous les esprits éclairés. — 3« Uhôtelde Soubise où sont les Archives du royaume. Nous avons raconté ailleurs (Hist. de Paris, p. x el xviii] quelles transformations a subies cet hôtel : disons quelle est aujourd'hui sa destination. L'Assemblée Constituante, le 7 septembre 1780, décréta que les pièces originales qui lui seraient adressées, et la minute du procès-verbal de ses séances formeraient un dépôt qui porterait le nom d'Archives nationales. Ce dépôt, placé d'abord à Versailles, s'en alla à Paris avec l'assemblée, fut placé au couvent des Capucines et s'enrichit des formes et planches pour la confection des assignats, des caractères de rimprinierie du Louvre, des machines de l'Académie des Sciences, etc. La Convention nationale régularisa ce dépôt par nu décret du 7 messidor an II, et ordonna qu'on y renfermerait les sceaux de la République, les lypes des monnaies, les étalons des poids el mesures, les traités avec les puissances étrangères.

1 • Sous le rf«;n« de saint Louis, dit Sainl-Fuit, il n'} avjil cnrore dans ce quartier (jnc quelques maisons ^parues ul rlnignfes les unes des autres. Henaud de Brt'lian, viromie de Pudousc et de YU\v, occu|Mit une de rcs niai!ion«. Il arait épousé, en 1225, la fille de l.éulyn, prinre de ftalles, et était venu à Paris pour quelque iicgorijtiun scrrcle contre l'An- ((letcrre. La nuit du rcndredi au samedi saint 1228, rinq Aii){lais entrèrent dans son ocryier, le défièrent et rinsulièrent. Il n'avait avec lui qu'un chapelain et qu'un domestique; ils le secondèrent si bien que trois de ces Anglais furent tués; les deux autres s'enfuirent; le chapelain mourut le lendemain de ses blessures. Brelian, avant que de partir de Parie, acheta cette maison et le vtrgier^ et les donjia à son brave et Cdclc domestique, appelé Galleran. 1^ nom de Champ-aux^Bretons qu'on donna au jardin, k l'occasion de ce combat, devint le nom de toute la rue. • l'ne rue voisine, dite d« VHomme- 4f mr, a pris son nom du même évéaeuenl. Dans celte rue était la maison de Jacques Cœur.

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le titre général de la fortune cl de la dette publique, etc. Les archives s'en allèrent avec la Convention aux Tuileries, où elles furent logées à côté du comité de salut public, puis au Palais-Bourbon avec le Corps législatif. Napoléon, le 6 mars 18()8, leur attribua Tancien bôlel Soubise, et toutes les archives des pays conquis vinrent s''y entasser au nomhrcdeplus de 100,000 liasses. Ce dépôt devint alors si considérable que, malgré des constructions nouvelles, le vaste hôtel Soubise se trouva insuffisant, et que Napoléon ordonna de bâtir pour les archives, entre les ponts dMéna et de la Concorde, un immense palais qui devait avoir en capacité 100,000 mètres cubes, avec des jardins destinés à doubler rétablissement dans la suite des temps. La chute de TEmpire empêcha Texécution du monument, et les étrangers vinrent, en pillant les archives, débarrasser Thôtel Soubise de son encombrement. On réorganisa cet établissement en 18S0, et il est aujourdMiui partagé en six sections qui renferment 145,000 cartons, outre des curiosités historiques, telles que Tarmoire de fer, les clefs de la Bastille, le livre rouge, etc. C'est au savant Daunou qu'on doit principalement Porganisalion des archives. L'entrée principale est dans la rue du Chaume, en face des débris, aujourd'hui occupés par un marchand de charbon, de l'ancienne église des religieux de la Merci.

4** Rue Barbette. Elle a été ouverte, ainsi que la rue voisine des Trots-Pavillons ^ sur l'emplacement de l'hôtel Barbette, après la mort de Diane de Poitiers, qui habitait cet hôtel : la rue des Trois-Pavi lions a porté pendant quelque temps le nom de Diane,

5® Rue du Perche, Elle renfermait un couvent de capucins dont l'église existe encore sous le vocable de Saint-François-d'Assise,

6° Rue Saint-Louis, Cette grande et belle rue date du dix-seplième siècle. On y voyait, au coin de la rue Saint-Claude, Vhôtel Turenne, qui fut vendu par le neveu du grand capitaine le cardinal de Bouillon, aux religieuses bénédictines du Saint -Sacrement. C'est ce qui fil donner à la rue le nom de Turenne pendant la révolution. Le couvent des bénédictines fut alors détruit, et sur son emplacement on a b&ti récemment l'église de Saint- Denis-du-Saint- Sacrement, Cette église est un de ces petits temples païens dont l'art moderne reproduit invariablement le type absurde et disgracieux, et dont on peut faire au besoin un théâtre, un hos' pice, une prison, un tribunal, etc. — Parmi les rues qui débouchent dans la rue Saint-Louis, nous remarquerons celle de la Chaussée-des-Minimes, ainsi appelée d'un couvent élevé en 1609 sur une partie du jardin des Tournelles, et qui est aujourd'hui transformé en caserne. L'église, bâtie par Mansnrd, et que fréquentait madame de Sévigné, a été détruite. Dans celte même rue était encore le couvent- hospice des religieuses de la Charité-Notre-Dame, fondé en 1629.

La Vieille-Rue-du-Temple ou la rue des Filles-du-Calvaire, qui ta prolonge, aboutit âun boulevard qui porte ce dernier nom, et qui présente à peu près le même aspect que le boulevard Beaumarchais. Au delà de ce boulevard, la rue de. Afénilmontant sert de prolongement ou de faubourg à la Vieille-Rue-du-Temple. Cette rue n'était, il y a un demi-siècle, qu'un chemin à travers les champs et marais qui couvraient tout l'espace compris entre les faubourgs Saint- Antoine et du Temple : ce n'est guère que depuis vingt-cinq ans qu'on a commencé à couvrir de maisons toutes ces cultures. Avant cette dernière époque, on ne voyait de rues que dans le voisinage des boulevards : ces rues, dites d'Angouléme, du Grand'Prieuré, de Malte, de Crussol, ont été ouvertes, en 1781, d'après les plans de Perard de Montreuit, sur des marais appartenant au grand prieuré de Malle, dont le titulaire était alors le duc d'Angouléme, et l'administrateur, le baron de Crussol.

La principale communication de la rue Ménilmontant avec le faubourg Saint-Antoine s'effectue parla rue Popincoiir^, qui doit son origine â une maison bâtie par Jean de PopincourI, président du parlement sous Charles VI. Dans cette rue était, au seizième siècle, un temple protestant qui fut dévasté parle connétable de Montmorency, lequel en reçut le titre de capitaine Brùle-Bancs. C'est de la terrasse du château de Popincourt que Mazarin fit voir â Louis XIV la bataille du faubourg Saint-Antoine; c'est là qu'entendant le canon de la Bastille, il dit de mademoiselle de Monipensier, qui avait tiré sur les troupes royales : Voilà un boulet qui a tué son mari. On trouve aujourd'hui dans la rue Popincourt une caserne,

un aballoir et Féglisc Saint' Anibroise, qui appartenait jadis aux Annonciades du Saint- Esprit.

La rue de Ménilmonfant tire son nom du village auquel elle conduit, et lui-même est ainsi appelé (Mesnil, ou hameau montant] y de sa situation sur le versant méridional du plateau de Belleville. Ce village a été Tun des théâtres de la bataille de Paris, et nous en reparlerons.

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