AUGUSTINE ET SON MAITRE
PROVERBE EN IN ACTE ET EX l'NE SCENE, REFUSE PAR LE THEATRE-FRANÇAIS.
Per»onnafrc« :
ALUtSriMK, cuisinière.
SoM Maitmi, î^c de ({luranli* aiiK, hel lioiumo.
La sciurse paxse à J'arii, rue Satnl-Hrtnoré. Le l h t-n Ire représente une chambre à coucher en détordre.
LB MAITRE couctié, sounant et appelant. — Augustine î
(Augustine ne répond pas.) LE MAiTBB sonnoTit et appelant plus fort. — Augustine ! Augustine!
(Augustine continue à ne pas répondre,) LE MAITRE cassont le cordon de la sonnette, — Augustine ! Augustine ! Augustine !
AUGUSTINE. — Voilà! m'vlà! Quel affreux sabbat vous faites! Que voulezvous?
LE MAITRE. — Mes joumaux !
AUGUSTINE, étonnée, — Je les lisais.
LE MAITRE. — Il me semble que vous pourriez me les donner d*abord. AUGUSTINE, avec dédain, — Oh! mon Dieu! les voilà, vos journaux. Ils ne sont pas dt^jà si intéressants. Depuis trois jours nous sommes sans
feuilletons
LE MAITRE. — Mou café, Augustiue.
AUGUSTINE. — Il n'est pas fait. Voilà tout.
LE MAITRE. — A dix heures î
AUGUSTINE. — Vous oubliez que nous sommes en hiver et qu'il n'est jamais
jour.
LE MAITRE. — Il faut pourtaut que je sorte. AUGUSTINE. — Si vous preniez votre café à votre second déjeuner. LE MAITRE. — Je uc déjeunerai pas ici.
AUGUSTINE. — Deux soucis de moins pour moi, en ce cas. Et où allez-vous déjeuner?
LB MAITRE. — Chcz uiî ami.
AUGUSTINB. — ...e.
LB MAITRE. — Chcz uiî ami, vous dis- je.
AUGUSTiNB, appuyant sur la voyelle, — ...e.
LE MAITRE. — ...c! c! c! 6 !.... VoyoDS que je m'habille.
ALGLSTiNE, S asseyant dans un fauteuil. — Ne vous fâchez pas.
LE MAITRE. — Mes boltes 1
AUGUSTiPïE, croisant les jambes. — Vos bottes ne sont pas prêtes.
LE MAITRE. — Et pOUPqUOi?
AUGUSTiNE, fièrement. — Je vous ai dit que je ne voulais plus les vernir. Cette besogne-là n'est pas d'une femme.
LE MAITRE. — Vous u'avez plus voulu frotter mon appartement, parce que ce n'était pas, disiez-vous, la besogne d'une femme ; vous n'avez plus voulu ensuite battre mes habits, parce que ce n'était pas, avez-vous dit encore, la besogne d'une femme; vous n'avez plus voulu faire mes commissions, toujours parce que ce n'était pas la besogne d'une femme ; aujourd'hui, vous refusez de vernir mes bottes, parce que ce n'est pas la besogne d'une femme. Mais quelle est donc, je vous prie, la besogne d'une dc^mestiqne ?
AiGtsTi.NE. décroisant les jambes, — Comme cela vous coûte peu à dire! votre domestique!! Eh bien, votre domestique vous demande son congé.
LB MAITRE, très-ayitê. — Soit! Je suis las de ce despotisme !
AUGisTiNE, quittant le fauteuil. — Dcspo.... quoi?
LE MAITRE, jetant son bonnet de nuit. — ...tisme.
ALGusTiNE. — Vous nc savez qu'humilier les gens! Voilà vos clefs. Voilà celle du caveau; veillez-y : vos portiers sont des ivrognes.
LE MAITRE. — Tu iic mc l'avais jamais dit.
AUGi sTLNE. — Voilà la clef de votre argenterie. Veillez-y aussi. La maison n'est pas sure. On y entre comme dans une halle.
LE MAITRE. — C'cst vrai.
ALT.isTiNE. — Voilà lu clcf dc VOS vins tins et de vos liqueurs. Ne les laissez pas traîner. Les bonnes aiment le parfait-amour.
LE MAITRE. — V\\ calembour.
LES MAITIŒSSES A 1>AUIS. 117
AUtiusTiNE. — Je ne sais pas ce que vous voulez dire, monsieur. LE MAITRE. — Quel ton superbe !
ALGusTiNE. — Ah î j'oubliais de vous rendre cette croix d'or (jue vous m'avez donnée la dernière fois que je vous ai soigné de votre gros rhume. LE MAITRE. — Gardc-la, Augustine.
AtGLSTiNE. — Je ne veux rien de vous.
(En cherchant la croix d'or pendue à son cou au bout d'un cordon de soi\ Augustine dérange sa collerette, son fichu ^ elle s'im^yatiente,]
LE MAITRE. — Voyous... Augusliue ; pas d'enfantillage... Je prendrai un homme de peine pour vernir mes bottes, tu as raison.
AiGusTiNE. — Laissez-moi m'en aller.
LE MAITRE. — Nc suis-jc pas uu bou maître?
AUGUSTINE. — Qu'est-ce que cela me fait?
LE MAITRE, soletinelletncnt. — Augustine, j'élève tes gages à cinq cents francs.
AUGUSTINE, près de la ])orte. — Croyez-vous que ce soit l'intérêt qui me guide?
LE MAITRE. — Nc parlons plus de cela.
AUGUSTINE. — Vous allcz VOUS habiller?
LE MAITRE. — Ouî, mon cufauL
AUGUSTINE. — Vous déjcunercz ici?
LE MAITRE. — Je tc l'ai dit, on m'attend
AUGUSTINE, moins loin de la porte. — On attendra. Vous aviez promis de me faire voir le drame qu'on joue à la Porte-Saint-Martin. On le joue ce soir.
LE MAITRE. — Eh bicu ! tu iras ce soir à la Porte-Sainl-Martin. Es-tu contente ?
AUGUSTINE. — Oui
LE MAITRE. — A préscut, écoute-uioi.
AUGUSTINE. — Dites
LE MAITRE. — Je t'ai donné un domestique pour cirer l'appartement, un domestique pour battre mes habits, un domestique pour faire mes commissions, un domestique pour vernir mes bottes. Laisse-m'en
prendre un à mon tour pour qu*il fasse mon lit. Voilà dix ans que
je dors dans un lit qui n est pas fait. AUGusTiNE, boudant, — Il parait que mes précédentes avaient donc aussi de
l'autorité chez vous. Je m'en doutais.
De la cuisine suivez-moi au théâtre, et nous ferons connaissance avec