‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 143 · AUGUSTINE ET SON MAITRE · texte numérisé non relu

AUGUSTINE ET SON MAITRE

PROVERBE EN IN ACTE ET EX l'NE SCENE, REFUSE PAR LE THEATRE-FRANÇAIS.

Per»onnafrc« :

ALUtSriMK, cuisinière.

SoM Maitmi, î^c de ({luranli* aiiK, hel lioiumo.

La sciurse paxse à J'arii, rue Satnl-Hrtnoré. Le l h t-n Ire représente une chambre à coucher en détordre.

LB MAITRE couctié, sounant et appelant. — Augustine î

(Augustine ne répond pas.) LE MAiTBB sonnoTit et appelant plus fort. — Augustine ! Augustine!

(Augustine continue à ne pas répondre,) LE MAITRE cassont le cordon de la sonnette, — Augustine ! Augustine ! Augustine !

AUGUSTINE. — Voilà! m'vlà! Quel affreux sabbat vous faites! Que voulezvous?

LE MAITRE. — Mes joumaux !

AUGUSTINE, étonnée, — Je les lisais.

LE MAITRE. — Il me semble que vous pourriez me les donner d*abord. AUGUSTINE, avec dédain, — Oh! mon Dieu! les voilà, vos journaux. Ils ne sont pas dt^jà si intéressants. Depuis trois jours nous sommes sans

feuilletons

LE MAITRE. — Mou café, Augustiue.

AUGUSTINE. — Il n'est pas fait. Voilà tout.

LE MAITRE. — A dix heures î

AUGUSTINE. — Vous oubliez que nous sommes en hiver et qu'il n'est jamais

jour.

LE MAITRE. — Il faut pourtaut que je sorte. AUGUSTINE. — Si vous preniez votre café à votre second déjeuner. LE MAITRE. — Je uc déjeunerai pas ici.

AUGUSTINE. — Deux soucis de moins pour moi, en ce cas. Et où allez-vous déjeuner?

LB MAITRE. — Chcz uiî ami.

AUGUSTINB. — ...e.

LB MAITRE. — Chcz uiî ami, vous dis- je.

AUGUSTiNB, appuyant sur la voyelle, — ...e.

LE MAITRE. — ...c! c! c! 6 !.... VoyoDS que je m'habille.

ALGLSTiNE, S asseyant dans un fauteuil. — Ne vous fâchez pas.

LE MAITRE. — Mes boltes 1

AUGUSTiPïE, croisant les jambes. — Vos bottes ne sont pas prêtes.

LE MAITRE. — Et pOUPqUOi?

AUGUSTiNE, fièrement. — Je vous ai dit que je ne voulais plus les vernir. Cette besogne-là n'est pas d'une femme.

LE MAITRE. — Vous u'avez plus voulu frotter mon appartement, parce que ce n'était pas, disiez-vous, la besogne d'une femme ; vous n'avez plus voulu ensuite battre mes habits, parce que ce n'était pas, avez-vous dit encore, la besogne d'une femme; vous n'avez plus voulu faire mes commissions, toujours parce que ce n'était pas la besogne d'une femme ; aujourd'hui, vous refusez de vernir mes bottes, parce que ce n'est pas la besogne d'une femme. Mais quelle est donc, je vous prie, la besogne d'une dc^mestiqne ?

AiGtsTi.NE. décroisant les jambes, — Comme cela vous coûte peu à dire! votre domestique!! Eh bien, votre domestique vous demande son congé.

LB MAITRE, très-ayitê. — Soit! Je suis las de ce despotisme !

AUGisTiNE, quittant le fauteuil. — Dcspo.... quoi?

LE MAITRE, jetant son bonnet de nuit. — ...tisme.

ALGusTiNE. — Vous nc savez qu'humilier les gens! Voilà vos clefs. Voilà celle du caveau; veillez-y : vos portiers sont des ivrognes.

LE MAITRE. — Tu iic mc l'avais jamais dit.

AUGi sTLNE. — Voilà la clef de votre argenterie. Veillez-y aussi. La maison n'est pas sure. On y entre comme dans une halle.

LE MAITRE. — C'cst vrai.

ALT.isTiNE. — Voilà lu clcf dc VOS vins tins et de vos liqueurs. Ne les laissez pas traîner. Les bonnes aiment le parfait-amour.

LE MAITRE. — V\\ calembour.

LES MAITIŒSSES A 1>AUIS. 117

AUtiusTiNE. — Je ne sais pas ce que vous voulez dire, monsieur. LE MAITRE. — Quel ton superbe !

ALGusTiNE. — Ah î j'oubliais de vous rendre cette croix d'or (jue vous m'avez donnée la dernière fois que je vous ai soigné de votre gros rhume. LE MAITRE. — Gardc-la, Augustine.

AtGLSTiNE. — Je ne veux rien de vous.

(En cherchant la croix d'or pendue à son cou au bout d'un cordon de soi\ Augustine dérange sa collerette, son fichu ^ elle s'im^yatiente,]

LE MAITRE. — Voyous... Augusliue ; pas d'enfantillage... Je prendrai un homme de peine pour vernir mes bottes, tu as raison.

AiGusTiNE. — Laissez-moi m'en aller.

LE MAITRE. — Nc suis-jc pas uu bou maître?

AUGUSTINE. — Qu'est-ce que cela me fait?

LE MAITRE, soletinelletncnt. — Augustine, j'élève tes gages à cinq cents francs.

AUGUSTINE, près de la ])orte. — Croyez-vous que ce soit l'intérêt qui me guide?

LE MAITRE. — Nc parlons plus de cela.

AUGUSTINE. — Vous allcz VOUS habiller?

LE MAITRE. — Ouî, mon cufauL

AUGUSTINE. — Vous déjcunercz ici?

LE MAITRE. — Je tc l'ai dit, on m'attend

AUGUSTINE, moins loin de la porte. — On attendra. Vous aviez promis de me faire voir le drame qu'on joue à la Porte-Saint-Martin. On le joue ce soir.

LE MAITRE. — Eh bicu ! tu iras ce soir à la Porte-Sainl-Martin. Es-tu contente ?

AUGUSTINE. — Oui

LE MAITRE. — A préscut, écoute-uioi.

AUGUSTINE. — Dites

LE MAITRE. — Je t'ai donné un domestique pour cirer l'appartement, un domestique pour battre mes habits, un domestique pour faire mes commissions, un domestique pour vernir mes bottes. Laisse-m'en

prendre un à mon tour pour qu*il fasse mon lit. Voilà dix ans que

je dors dans un lit qui n est pas fait. AUGusTiNE, boudant, — Il parait que mes précédentes avaient donc aussi de

l'autorité chez vous. Je m'en doutais.

De la cuisine suivez-moi au théâtre, et nous ferons connaissance avec

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