‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 70 sur 143 · LES MAITRESSES DE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LES MAITRESSES DE THÉÂTRE

Fuyez les courtisanes cl les femmes de théâtre, disent encore les vieux parents de province en donnant leurs bénédictions aux jeunes (ils de famille qui viennent à Paris.

Chers vieux parents, il n'y a plus de courtisanes à Paris, et les femmes de théâtre ne sont pas ce que vous pensez. Les unes, parmi ces dernières, sont d'honnêtes mères de famille qui élèvent plus ou moins mal leurs enfants ; les autres, en très-petit nombre, sont les plus énigmatiques créatures de la terre, ou de l'enfer, si vous l'aimez mieux.

De six heures à minuit, elles appartiennent au directeur, au régisseur, au coiffeur, à Thabilleuse et au public. Après minuit, après s*ôtre débarbouillées, par conséquent faites comme un pastel estompé, elles rentrent chez elles pâles, brisées, haletantes. Elles soupent. Affreux régime ! l'estomac bourré de viandes froides, elles se couchent, et dorment mal jusqu'à huit heures du matin. A peine les yeux ouverts, elles se mettent à répéter leur rôle dans la pièce à l'étude ; puis elles prennent précipitamment une tasse de café à la crème et s'en vont dare-dare au théâtre, où la répétition les retient jusqu'à quatre ou cinq heures. De cinq à six il faut qu'elles dînent. C'est le seul instant qui leur est laissé pour songer à ce qui constitue la vie de tout le monde, au ménage, à la famille, aux créanciers. Cherchez maintenant le temps qu'elles onl à prodiguer aux plaisirs, au Champagne frappé et à l'amour.

LES MAlTUESSb^S A PAULS. 110

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