LES MAITRESSES DE THÉÂTRE
Fuyez les courtisanes cl les femmes de théâtre, disent encore les vieux parents de province en donnant leurs bénédictions aux jeunes (ils de famille qui viennent à Paris.
Chers vieux parents, il n'y a plus de courtisanes à Paris, et les femmes de théâtre ne sont pas ce que vous pensez. Les unes, parmi ces dernières, sont d'honnêtes mères de famille qui élèvent plus ou moins mal leurs enfants ; les autres, en très-petit nombre, sont les plus énigmatiques créatures de la terre, ou de l'enfer, si vous l'aimez mieux.
De six heures à minuit, elles appartiennent au directeur, au régisseur, au coiffeur, à Thabilleuse et au public. Après minuit, après s*ôtre débarbouillées, par conséquent faites comme un pastel estompé, elles rentrent chez elles pâles, brisées, haletantes. Elles soupent. Affreux régime ! l'estomac bourré de viandes froides, elles se couchent, et dorment mal jusqu'à huit heures du matin. A peine les yeux ouverts, elles se mettent à répéter leur rôle dans la pièce à l'étude ; puis elles prennent précipitamment une tasse de café à la crème et s'en vont dare-dare au théâtre, où la répétition les retient jusqu'à quatre ou cinq heures. De cinq à six il faut qu'elles dînent. C'est le seul instant qui leur est laissé pour songer à ce qui constitue la vie de tout le monde, au ménage, à la famille, aux créanciers. Cherchez maintenant le temps qu'elles onl à prodiguer aux plaisirs, au Champagne frappé et à l'amour.
LES MAlTUESSb^S A PAULS. 110