LA RUE DU TEMPLE, LE TEMPLE, LE BOULEVARD ET LE FAUBOURG DU TEMPLE
La grande voie publique qui a pris le nom de Tordre des templiers, commence à la place de Grève par les rues des Coquilles^ Barre-du-Bec^ Sainte-Avoye. Elle n'était pas probablement comprise dans Tenceinte de Louis VI, et s'est arrêtée d'abord près de la rue de Braque où était une porte de Tenceinte de Philippe-Auguste, ensuite a la bastille du Temple, près de la rue Meslay, dite autrefois du Uempart, où était une porte de Tenceinle de Charles VI.
La rue des Coquilles se nommait autrefois Gentien, d'une famille célèbre qui a donné à la vdie un prévôt des marchands et le savant auteur de l'histoire de Charles VI : elle a pris son nom actuel d'une maison dont toutes les fenêtres sont ornées de coquilles sculptées. Cette maison est située au coin de la rue de la Tixéranderie et était, en 1519, l'hôtel du président Louvel. La rue Barre-du-Bec lire son nom de l'abbé du Bec qui avait, dit-on, son tribunal ou sa barre de justice dans cette rue, au n^ 19.
La rue Sainle-Avoye, qui s'est longtemps appelée du Temple, a pris son nom d'un couvent fondé en 1288, en l'honneur de sainte Hedwige ou Avoye, et qui fut occupé, en 1623, par des; Ursulines : le couvent, aujourd'hui détruit, a servi de temple israclilc sous l'Empire. Dans cette rue étaient les hôtels de Mesmes, Saint- Aignan^ Caumartin^ qui sont aujourd'hui encombrés de marchands, de barils d'huile et de tonnes de sucre : nous en avons parlé ailleurs (Hist, de Paris y p. xv). Les rues Sainte-Avoye, Barre-du-Bec, des Coquilles, sont les succursales du commerce de l'épicerie, dont les rues de la Verrerie et des Lombards sont la métropole.
La rue du Temple était autrefois un vaste marais ou culture qui tomba en la possession des templiers, et dans lequel ils bâtirent un grand manoir qui devint le chef-lieu de l'ordre. La grosse tour fut construite en 1212 par le frère Hubert ^ C'était une forteresse imprenable où Louis IX enferma son trésor, où Philippe le Bel chercha un asile contre la fureur populaire (Hist, de PariSj p. vu), où les templiers avaient amassé des richesses réputées les plus grandes du monde, et qui n'ont pas été une des moindres causes de leur ruine. Le 13 octobre 1307, Philippe IV se transporta au Temple avec ses gens de loi et ses archers, mit la main sur le grand maître, Jacques de Molay, et s'empara du trésor de l'ordre. Le même jour et à la même heure, tous les templiers furent arrêtés par tout le royaume. Alors commença ce procès mystérieux qui est resté pour la postérité un problème insoluble, et après lequel périrent sur l'échafaud ou dans les prisons les derniers défenseurs du saint sépulcre. Les biens de l'ordre furent donnés au\ hospitaliers de Sain l-Jean-de- Jérusalem, qui devinrent dans la suite les chevaliers de Malte. Alors l'on n'entendit plus parler du Temple, si ce n'est dans les guerres des Anglais et celles de la Ligue, où l'on se disputa souvent la possession de cette forteresse. En 1667, le grand prieur Jacques de Souvré fit bâtir, en avant du vieux manoir, un vaste hôtel dont une partie existe encore. Ce fut le théâtre des plaisirs de son successeur, Philippe de Vendôme, dont les soupers donnèrent au Temple une célébrité nouvelle, par le choix, l'esprit, le scepticisme des convives. Là brillait le galant abbé de Chaulieu, qui, pauvre de 30,000 livres de revenus en bénéfices, mourut en chrétien fervent dans ce palais où il avait
1 V»ir le dessia d« la tour du T0mpU d«nf VUiitoire d* Partie pftgc vu du l" volume
GÉOGRAPHIE DE PAKIS. xx?
vécu en nonchalant épicurien ; là le jeune Voltaire vint compléter les leçons qu'il avait commencé de recevoir dans la société de Ninon de Lenclos. Le grand prieuré passa ensuite au prince de Gonti, qui y donna asile à J. J. Kousseau. Le dernier titulaire fut ce duc d^Angoulêmc, qui vient de mourir dans Texil; et son père, le comte d'Artois, y vint quelquefois renouveler les orgies du prince de Vendôme. Les fleurs de ces fêtes étaient à peine fanées, les échos de ce voluptueux séjour murmuraient encore de tant de rires, de petits vers, de chants obcènes, quand Louis XVI et sa famille furent amenés au Temple pour y expier ces plaisirs. Ge ne fut pas dans Thôtel du grand prieur qu^ils furent enfermés, mais dans la forteresse, vaste tour quadrangulaire, flanquée à ses angles de quatre tours rondes, et qui, élevée de cent cinquante pieds, dominait tout le quartier de sa masse sombre et sinistre. Après Tborrible drame qui se passa dans ses murs, après que la seule victime échappée à la tempête révolutionnaire en fut sortie, la tour du Temple eut d^autres hôtes : Sidney-Smith y fut captif en 1796, et délivré deux ans après parle dévouement de ses amis; Toussaint-Louvcrture y resta pendant quelques mois et alla ensuite mourir au château de Joux; Picliegru y vint avec Gadoudal, Moreau, les frères Polignac, etc. : il y fut trouvé mort dans son lit. Le gouvernement impérial fît disparaître cet édifîce qui rappelait tant de sanglants souvenirs. Gelui qui écrit ces lignes se souvient d''avoir joué tout enfant dans les ruines immenses de cette masse effrayante dont les murailles avaient plus de vingt pieds d'épaisseur. G'était en 181 i : Fhôtel du grand prieur était devenu une caserne de gendarmerie ; on commençait à y bâtir la façade qu'on voit aujourd'hui, et Ton devait y placer le ministère des cultes; un grand jardin s'ouvrait à la place qu'avait occupée la tour. Avant que rien ne fût achevé, 1814 arriva, et l'hôtel projeté du ministre des cultes devint un des quartiers des étrangers, jusqu'à ce qu'une princesse de Gondé vint s'y établir avec des bénédictines du saint sacrement, pour pleurer et prier sur les infortunes royales. Ge couvent existe encore.
A côté du Temple était un vaste enclos qui s'étendait jusqu'aux remparts de la ville, et qui de temps immémorial servait d'asile aux criminels, aux débiteurs, aux ouvriers qui travaillaient sans maîtrise. Ge privilège exista jusqu'en 1780, et, grâce à lui, l'enclos se couvrit de maisons qui, selon Gorrozet, donnaient au Temple l'uspect d'une ville, et qui, louées à des prix très-élevés, procuraient un revenu considérable au grand prieur. L'une de ces maisons, construite en 178J, par Perard de Montreuil, est la Rotonde du Temple, vaste bâtiment de forme elliptique, d'une architecture simple et sévère, qui est entouré d'une galerie couverte, percée de quarante-quatre arcades. Devant elle, s'ouvraient deux fétides ruelles qui servaient de marché, et qu'on appelait les Charniers. L'enclos avec ses maisons devint propriété nationale. Les charniers furent détruits, et l'on construisit, en 1809, un vaste marché, formé de quatre grands hangars, sombres, hideux, ouverts à lout vent, où campent plus de 6,000 marchands, et où viennent s'installer tous les débris des vanités et des misères de Paris : c'est la halle aux vieilleries et le marché où le peuple monte à bas prix sa toilette et son ménage. Plusieurs rues furent ouvertes, qui portent des noms de l'expédition d'Egypte, Perrée, Dupelil-Thouars. Dupuis, etc. La Rotonde fut achetée par Santerre, qui ne craignit pas de venir demeurer en face de la tour du Temple, et il y mourut en 1808.
La rue du Temple renfermait jadis plusieurs établissements religieux : l» Le couvent des Filles-Sainte-Èlisabeth, fondé en 1614 par Marie de Médicis, et dont l'église a été construite en 1630; les bâtiments, qui ont servi longtemps de magasins de farine, sont occupés aujourd'hui par des écoles municipales, et l'église rendue au culte en 1809. 2p Le couvent des Franciscains de Notre-Dame-de-Nasareth^ fondé par le chancelier Viguier et aujourd'hui détruit.
Parmi les rues qui débouchent dans la rue du Temple, nous remarquons :
1° Rue des Vieilles- Audriettes. Elle tire son nom d'un couvent de religieuses hospitalières, dont le fondateur s'appelait Audry. Au coin de la rue du Temple était une échelle patibulaire élevée par le grand prieur de France pour les criminels de sa juridiction : ses débris ont subsisté jusqu'en 1789.
2«» Rue Montmorency. Elle tire son nom de l'hôtel qu'y avait, en 1215, Matthieu de Montmorency, et s'appelait aussi CourtatAd-Villain, du nom d'un de ses habitants; pendant la IL D
XXYI LE DLVBLË A PARIS.
Ké\olution, on lui a donne celui de la Réunion. Dans cette rue élatl IV^giisc du couvent des Carmélites, fondé en 1617, et qui occupait l'espace compris entre les rues Montmorency, Transnonain et Chapon. Ce couvent ayant été détruit en 1790, plusieurs maisons furent construites sur son emplacement : celle qui occupe le n° 12 de la rue Transnonain est horriblement célèbre dans les annales de nos derniers troubles.