‹ Le diable à Paris (volume 2)Chapitre 71 sur 143 · TN RUSSE ET SON AMANTE · texte numérisé non relu

TN RUSSE ET SON AMANTE

Un Russe, riche en fourrures, aimait une fois une actrice du ThéAtre- Français. Sur ce terrain les nationalités sont sans rancune ; elles s'embrassent même. Ce Russe aimait donc celte actrice. On le voyait tous les soirs à Torchestre applaudir son adorée. On le vit constamment à cette place pendant les trois mois qu*elle joua un rôle d'homme dans je ne sais plus quel drame infmiment spirituel. Qu'il devait être heureux! La jeune actrice était vraiment charmante en culotte de satin, en bas de soie, en justaucorps pincé, avec ses moustaches et ses regards de velours bleu en amande.

Vous croyez qu'il était heureux?

Un jour, il quitte brusquement l'orchestre, la France, et laisse ces mots à son adorée :

« Mademoiselle,

« On m'avait dit en Russie que vous étiez la femme de Paris, par consé- « quent de l'univers, qui saviez le mieux et le plus élégamment vous (( habiller. Personne, me disait-ou, ne se drape comme vous dans un chAle, (c personne ne pose plus adorablement son pied sur le pavé, aucune femme a n'est aussi gracieuse dans une robe de satin.

« J'arrive à Paris, je me présente, vous m'accueillez. Votre porte m'est « toujours ouverte, mais excepté le jour. Vos travaux, vos études com- « mandent cette exception. Je ne puis donc vous voir que le soir et après M le soir. Mais depuis trois mois, tous les soirs vous Ates en homme, et

120 LK TlUOlU DL DIABI.K.

« après le soir vous n'êtes en rien du tout, comme, du reste, tout le « monde.

« Je pars donc, mademoiselle, sans avoir pu vous voir dans le costume '< de votre sexe, sous lequel on m'avait dit en Russie que vous étiez si « ravissante; et c'est pour cela que je pars. »

MORALITÉ DK LA FAHLR.

Aucune. Je ne lui en trouve pas.

Parvenu à ce point de la route que nous nous sommes tracée, le découragement nous saisit. Nous avons déjà marché bien longtemps, et pourtant que ne nous reste-t-il pas à dire? Que d'intéressants épisodes, de portraits originaux, de peintures vraies et railleuses sont encore dans les limbes, et qu'une main habile aurait pu en tirer! Nous avions une chasse magnifique à faire sur la terre la plus féconde en gibier, et nous rapportons un moineau franc. Cet aveu ne part pas d'une fausse modestie, et nous le prouvons en nous accusant de n'avoir pas parlé de :

LA MAITRHSSE DONT ON A PEIR.

Celle qui vous écrit :

« Monstre,

« Si vous vous mariez, je me jette à l'eau, je mange du vert-de-gris ou je M me précipite du haut des tours Notre-Dame. On ne se joue pas ainsi « d'une Ame tendre et crédule.

« Anastasie. »

Aiiaslasie a quelquefois quarante ans, et ce qu'il y a de plus affreux.

Page 1