‹ Le Diable a ParisChapitre 109 sur 123 · FEUILLETS DE L'ALBUM D'UN JEUNE R.APIN. Ô · texte numérisé non relu

FEUILLETS DE L'ALBUM D'UN JEUNE R.APIN. Ô

mûre, et la femme d'un gris perle tout à fait mélancolique, dans le genre des peintures d'Overbeck et de Cornélius. Ce teint parut peu les flatter, mais ils furent contents de ma manière de peindre, et ils dirent à l'auteur de mes jours : « Au moins M. votre tils étale-t-il bien sa couleur et ne laisse-t-il pas un tas de grumeaux dans son ouvrage. » Il fallut me contenter de ce compliment assez maigre; pourtant j'avais représenté fort exactement la verrue de M. Crapouillet, et les trous de petite vérole qui criblaient son aimable visage ; on pouvait distinguer dans l'œil de madame la fenêtre d'en face avec ses portants, ses croisillons et ses rideaux à franges. La fenêtre ressemblait beaucoup.

Ces portraits eurent un véritable succès dans le monde bourgeois ; on les trouvait très-unis et faciles à nettoyer avec de l'eau seconde. Le courage me manque pour énumérer toutes les caricatures sérieuses auxquelles je nie livrai. Je vis des tètes inimaginables, groins, mufles, rostres, empruntant des formes à tous les règnes, principalement a la famille des cucurbitacées; des

nez dodécaèdres, des yeux en losange, des mentons carrés nu taillés eu talon de sabot ; une collection de grotesques à faire envie aux plus ridicules I »< 1 1 j -,- .i f i ^ inventés par la fantaisie chinoise.

Je lus ii même d'étudier tout ce que laisse de trivial, de laid, d'épaté et de

sordide, sur un visage humain, l'habitude des pensées basses et mesquines. La nuit je me dédommageais de ees horribles travaux, dont ceux qui les ont faits peuvenl seuls soupçonner les nausées, en dessinant à la lampe des" sujets ascétiques traites à la manière allemande, et entremêlés de pantalons mi-partis, de lapins blancs et de bardane.

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