‹ Le Diable a ParisChapitre 110 sur 123 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

Un soir j'entrai, près de l'Opéra, dans un divan oii se réunissaienl des artistes et des littérateurs; on y fumait beaucoup, on y parlait davantage. C'étaienl des figures imites particulières : il y avait là des peintres à tous crins, d'autres rasés en brosse comme des cavaliers et des têtes rondes. Ceux-ci portaient les moustaches en croc et la royale, comme les raffinés du temps de Louis XIII ; ceux-là laissaient gravement descendre leur barbe jusqu'au ventre, comme feu l'empereur Barberousse : d'autres l'avaient bifurquée comme celle des christs byzantins; le même caprice régnait dans les coiffures: les chapeaux pointus, 1rs feutres à larges bords y abondaient; on eût dit des portraits de Van-Dick, sans cadre ; un surtout me frappa : il était vêtu d'une espèce de paletot en velours noir qui, pittoresquement debraille, permettait de voir une chemise assez blanche ; l'arrangement de ses cheveuxel de son poil rappelait singulièrement la physionomie de Pierre- Paul Ruberis; il étail blond et sanguin, et parlait avec beaucoup de feu. La discussion roulait sur la peinture, .l'entendis là des choses effroyables pour

moi, qui avais été élevé dans l'a urde la ligne pure et dans la crainte de

la couleur. Les mots dont ils se servaient pour apprécier le mérite de certains tableaux étaient vraiment bizarres: « Quelle superbe chose! s'écriait le jeune homme à tournure anversoise; comme c'est tripoté! comme c'est torché ! quel ragoût '. quelle pâte ! quel beurre ! il esi impossible d'être plus chaud et plus grouillant. » Je crus d'abord qu'il s'agissait de préparations culinaires, mais je reconnus mon cireur, et je vis qu'il était question du tableau de M. ■■", dont le jeune peintre à barbiche blonde se posail l'admirateur passionne. L'on parlait avec un mépris parfait des gens <pie j'avais

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