‹ Le Diable a ParisChapitre 111 sur 123 · FEUILLETS DE L'ALBUM D'UN JEUNE HAPIN · texte numérisé non relu

FEUILLETS DE L'ALBUM D'UN JEUNE HAPIN

jusque-là respectés à l'égal des dieux, et mon maître en particulier était traité comme le dernier des rapins. Enfin, l'on m'aperçut dans le coin où je m'étais tapi comme un cerf acculé, tenant un coussin sous chaque bras pour me donner une contenance, et l'on me força à prendre une part active à la conversation. Je suis, je l'avoue, un médiocre orateur, et je fus battu à plate couture. On pluma sans pitié mes ailes d'ange, on contamina de punch et de sophismes ma blanche rose séraphique ; et le lendemain le peintre à paletot de velours noir vint me prendre et me conduisit à la galerie du Louvre, dont je n'avais jamais osé dépasser la première salle : je me hasardai à jeter un regard sur les toiles de Rubens, qui m'avaient jusqu'alors été interdites avec la plus inflexible sévérité; ces cascades de chairs blanches saupoudrées de vermillon, ces dos satinés où les perles s'égrèneni dans l'or des chevelures ; ces torses pétris avec une souplesse si facile et si onduleuse, toute cette nature luxuriante et sensuelle, cette fleur de vie et de beauté répandue partout troublèrent profondément ma candeur virginale. Le cruel peintre, qui voulait ma

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perle, nie tint une heure entière le

nez contre un Paul Véron ; il me lit passer en revue les plus turbulentes

esquisses du Tintoret, et me conduisit aux Titien les plus chauds et les plus ambrés; puis il me ramena dans son atelier orné de buffets de la renaissance, de postiches chinoises, de plats japonais, d'armures gothiques el circassiennes, de tapis de Perse, et autres curiosités caractéristiques; il avait précisément un modèle de femme, et poussant devant moi une boite de pastel ei un carton, il me dit : « Faites une pochade d'après cette gaillarde '. voilà des hanches un peu Rubens et un dos crânement flamand. » Je lis, d'après cette créature étalée dans une pose qui n'avait rien de céleste, un croquis du je plissai timidement quelques teintes roses, en retournant a chaque fois la tête poui ni'assurer que mon maître n'était pas la. La séance

r.Jli LE TIHOll! M DIABLE.

finie, je m'enfuis rhez moi l'âme pleine de trouble et fie remords, plus agité

que si j'eusse tué mon père ou ma mère.

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