GÉRONTE
Paris voit tous les jours de ces métamorphoses : Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses, Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal Aux superbes dehors du Palais-Cardinal : Toute une ville entière avec pompe bâtie Semble d'un vieux fossé par miracle sortie.
Les seigneurs, appelés t Paris par les fêtes de la cour, bâtirent dans ces nouveaux quartiers de riches hôtels avei de grands jardins : ainsi furent construits, en moins d'un demi siècle, dans b Mirai-, les hôtels d'Estrées (rue Barbette), d'Epernon Vieille rue du Temple), de L'Hospital i rue du I emple i : dans l'île Saint-Louis, les hôtels Lambert el Bretont illier», conservés jusqu'à ii"- jours avec les magnifiques peintures de Lesueur; dans le faubourg Saint-Germain, les hôtel* rie Cuti Mjuai ( "ont ■ , de Biniill piai Malaipiai- , île l.imn- et Mole (rue
Saint-Dominique . de Bîron, de Chaulnes, de Matignon (rue de Varennes), etc. Que d'événements, de plaisirs, de douleurs, uni vus ces riches maisons que l'industrie a presque tonte- il, — truite- on envahies! belle- il. une-, galants seigneurs, intrigues amoureuses, projets ambitieux, (laiteries courtisanes, conversations élégantes, fêtes splendides, esprit, grâce, valeur, où êtesvoos? Ab ! dirait \ illon :
Où sont-ils! vierge souvei
M ils G ! intiin'
xvn LE DIABLE A PARIS.
En même temps s'élevaient des monuments qui oui subi bien des révolutions, mais dont Pari- s'enorgueillit encore. D'abord c'est l'Abbaye du Val-de-Grâce, bâtie par Anne d'Autriche, dont le dôme a été peint par Mignard et chanté par Molière; que de larmes et de colères royales a mes ce magnifique asile, où Richelieu exila si souvent la Fondatrice ! La révolution l'a respectée : elle n'en a fait qu'un hôpital militaire. — Ensuite c'est le palais dn Luxembourg, construit par Marie de Médicis sur les dessins de Jacques Desbrosses, et qui a vu tant d'habitants différents I séjour de Gaston d'Orléans et de sa généreuse fille, mademoiselle de Monlpeusier, de la duchesse de Bcrry, digne fille du Régent, du comte de Provence, qui fui Louis WIN. il devint prison d'État pendant la terreur, puis successivement palais du Directoire où mourut la République, palais du Sénat, où mourut l'Empire, palais de la chambre des Pairs, où mourut la Restauration et aussi quelque peu la Pairie elle-même! Ali! si les rois savaient pour quels hôtes ils bâtissent leur palais ! — Enfin c'est le Palais-Cardinal ou Palais- Royal, bâti de 1630 a 1656 par Richelieu, et qu'il légua a la couronne. L'histoire de ce palais ferait une bonne partie de l'histoire de la France pendant deux siècles : c'est la que Louis \l\ . enfant, \il les trou Ides de la Fronde; il devjnl l'apanage de la branche d'Orléans; c'est de la que partit la révolution de 1789; il devint pendant la République, sous le nom de Palais-Egalité, une caverne de joueurs et de débauchés ; l'Empire en Ml le palais du Tribunal : deux cents ans justement après sa fondation, la révolution de Juillet alla y chercher un roi. Les beaux jardins piaules par Richelieu, ces allées superbes de marronniers, où il aimait à méditer, d'où Anne d'Autriche entendit le grondement des barricades de 1648, n'existent plus; ils n'existent plus ces arbres dont Camille Desmoulins arracha quelques feuilles qui furent le signal du bouleversement du monde : à leur place sont de tristes allées sans verdure, et ces belles galeries que le duc d'Orléans-Egalité fit construire en 1786 comme pour préparer son forum à la révolution.
D'autres constructions attestent la prospérité de la \ille et la sollicitude du gouvernement : c'est l'aqueduc d'Accueil, qui amène les eaux de Rimais; c'est la fondation du Jaridin-des— Piaule-, la plantation du Cours-la-Reine, la construction de l'église Saint-Roch, où furent enterrés Corneille, Lenôtre, Maupertuis; de l'église Saint-Eustache , où furent enterrés Colbert. Tourville, Vaugelas, Voiture ; de la chapelle Saint-Joseph, où furent enterrés Molière et La Fontaine. Les fondations religieuses devinrent si nombreuses qu'elles menacèrent de couvrir le quart de la ville : noire siècle positif en a l'ail justice avec son goût admirable pour les arls et son respect ordinaire pour le passé. Les Minimes de la place Royale sont aujourd'hui une caserne de garde municipale; les Jacobins du faubourg Saint-Germain, le Musée d'artillerie; les Capucins de la rue Saint-Jacques, un hôpital de vénériens; les Oratoriens du pire de Berulle et les soins de la Visitation de la mère de Chantai, deux temples protestants ; les Petits-Pères ou Auguslins déchaussés, si célèbres par leur galerie de tableaux, leur bibliothèque, leur cabinet d'antiquités, la mairie du troisième arrondissement; les lilles de la Madeleine, une prison; les filles de Sainte-Elisabeth, un magasin de farine; les
chanoinesses du Saint-Sépulcre, un magasin de fourrage; Port-Royal de la rue Saint-Jacques, le Port-Roval d'Angélique Arnaud, ce temple de toutes les vertus chrétiennes, c'est... l'hospice d'accouchement! A la place du couventdes Bénédictins, d'où seul sortis VÀrt de vérifier les dates, la collection îles Scriptores rerum gallicartim, et tant d'autres trésors- d'érudition devant lesquels la science moderne se prosterne la lace en terre, il J a une rue, la ru.
des Guillelmites ! A la plaie du couvent des lilles du Calvaire, dont le père Joseph lui le fondateur, encore une rue ! A la place du louvenl des Petits-Augustins, qui devint plu- lard le
M i de- m iments français, est ce pandémonium qui a coûté tant de millions, celle école
sans enseignement, sans élèves, sans cour-, mai- non pas -an- professeurs... l'école des B m»- \t i- ! \ la place du convenl de- Jacobins de la me Sainl-Honoré, où s'assemblèrent les terribles révolutionnaires qui en mil pris le nom, est un marché! A la place du couvent des Mlle- Saint-1 bornas, est la Bourse, ce temple de l'agio dont le dieu est un écu !
Paris présentait alors un aspect ire— pittoresque ; les monuments du moyen âge s'j mêlaient nui édifices moderne-, les palais italiens aux erli-es gothiques, les tours féodales aux
HISTOIRE DE PARIS. sxi
colonnes grecques. Le peuple s'entassait dans la vieille ville, dans la Cilé, les quartiers Saini- Denis et Saint— Martin , le quartier Latin : là étaient le commerce, l'industrie, les tribunaux, les collèges ; clans les quartiers neufs étaient le* larges rues, les riches hôtels, la noblesse et le grand monde. D'ailleurs peu de police, point de lumière, force liions, cl beaucoup de boue : « heureusement, comme ilil Mascarille, on avait la chaise, ce retranchement merveilleux contre les insultes du mauvais temps. » Il j avait peu de promenades, ennui- étaient— elles réservées à la cour. Une partie du jardin des Tuileries avait été donnée par le roi à un nommé Renard, qui en avait fait un jardin de Heurs rares, un bazar de meubles précieux, un cabarel élégant, un lieu secret de rendez-vous galants : tonte la noblesse le fréquentait, et il fut le théâtre de nombreuses aventures joyeuses on tragiques. La promenade populaire était le Pont- Neuf, qui était encombré de marchands, de charlatans, de chansonniers, et surtout de voleurs ; c'était là que Mondor vendait sou miraculeux orviétan, Tabarin débitait ses folies goguenardes, Brioché montrait ses marionnettes el ses singes. Voici en quel? ternies en parle Berthaud dans sa Ville de Paris :
Pont-Xeuf, ordinaire théâtre
Des vendeurs d'onguent et d'cmplàlrc ;
Séjour des arracheurs de dents,
Des fripiers, libraires, pédants.
Des chanteurs de etiansons nouvelles.
D'entremetteurs de demoiselles.
De coupe-bourses, d'argotiers, etc.
Cette époque est aussi celle des beaux jours de la foire Saint-Germain, immense bazar composé de neuf rues couvertes et de trois cent quarante loges, où se vendaient pendant deux mois les produits des quatre parties du monde, où se rassemblaient des spectacles et des plaisirs de tout genre, animaux rares, charlatans, loteries, jeux de hasard. Le peuple y allait le jour; la noblesse y allait la nuit, toujours masquée el déguisée, sans suite ou avec des grisons, c'est-à-dire des valets vêtus de gris. La foire Saint-Germain partage avec la foire Saint-Laurent, qui commence à cette époque, l'honneur d'avoir été le berceau de l'opéra-comique et du vaudeville; c'est tout ce qui nous en resle.
En ce temps, les théàlres commencèrent à prendre une forme régulière el à devenir l'amusement principal des Parisiens. Les Confrères de la Passion et les Enfanls-saus-Souci étaient encore, à la fin du seizième siècle, des artisans el des jeunes gens qui montaient sur le théâtre accidentellement et seulement les jours de fêtes; mais bientôt ils cédèrent leur privilège a une troupe régulière de comédiens, qui prirent le litre de comédiens du roi : alors le Théâtre- François commença. Pendant trente ans, Hardy, qu'on pourrait appeler le Scribe de son siècle, fil, avec ses huit cents pièces, tragédies, comédies, pastorales, aussi absurdes que fastidieuses, les Irais de ce théâtre; il fut aidé par les prologues drolatiques de Turlupin, de Gautier Garguille, de Guillot-Gorju, ces Odry île leur temps, dont les railleries malignes et obscènes amusaient la populace. Un nouveau théâtre lit bientôt concurrence à celui de l'hôtel de Bourgogne: ce furent les comédiens italiens ou bouffons, qui s'établirent d'abord dans la rue de la Poterie, a l'hôlel d'Argent, puis dans la Vieille rue du Temple, où ils prirent le nom de troupe du Marais. I.a brillaient Arlequin, Pantalon, Scaramouche, Trivelin, qui, pendant près de deux siècles, ont eu le lalenl d'amuser nos pères avec de grosses farces qui nous trouveraient aujourd'hui bien dégoûtés. \ ces théâtres il faut ajouter celui du Palais-Cardinal.
construit par Richelieu : c'est là que le cardinal lit j r va Mirante; c'est la que, en 1636,
parut le Cid.
I.e (ad nous conduit tout naturellement i l'Académie française, (.elle société, qui a commencé sa carrière par la condamnation du chef-d'œuvre de Corneille, ci qui a largement tenu
tout ce que promettait un h bran début, esl i asseï bourgeoise ut. rue Saint-Denis, dans
la maison de Conrard, secrétaire du roi, qui réunissait chez lui quelques-uns de ces per minages appelés alors beaux-esprits, aujourd'hui I les de lettres. Richelieu se lii le prolec-
i,<m de cette réunion ei l . n-r.i en .!• oiirm ,,■ française c'était en 1635, l'ani nu i il
jeta Pépéo de la France dans la guerre de Trente ans, el l'on ne saurail dire lequel de ces deux grands actes lui a plus justement mérité la reconnaissance de la postérité. L'Académie, après irl du cardinal, alla se loger chez le chancelier Séguier, rue Grenelle-Saint-Honoré, dans un hôtel qui nvait eu jadis pour habitants des princes de Bourbon, mais qui aujourd'hui , par le retour trop ordinaire des choses d'ici-bas, ne loge [dus guère que îles chevaux (honni soil nui mal j pense! : c'csl l'hôtel des Fermes. Elle 5 resta jusqu'en 1672, où Colberl la mil au Louvre. Ce n'csl pas le moindre des honneurs qu'ail subis le château de François I"!
I es troubles de la Fronde marqui ni nue ère importante dans l'histoire de Paris : c'csl celle ,1,. | , ruinc ,|,. ses libertés municipales, qui remontaient probablement au temps des Romains .•1 qui disparurent dan- la grande unilé monarchique de Louis XIV. I 11 droit d'octroi, un impôt uns sur les maisons construites au delà de l'enceinte, lurent les premiers prétextes du désordre- la cause fui la haine qu'inspirail le cardinal Mazarin. Le Parlement prit parti pour le peuple el demanda la réforme de l'Etat. La cour lit arrêter, dans sa maison de la rue Saint- I m, lu, le conseiller Broussel, homme médiocre que ses déclamations contre le gouvernement avaient rendu populaire. A celle nouvelle la foule s'émeut; on veut arracher Broussel à gardes; les chaînes sonl lendues, les barricades formées; lous les souvenirs cl les armes
,1 |i | igue -• réveillenl : la régente Anne d'Autriche esl assiég lans le Palais-Royal. On re-
Broussel; mais les troubles continuèrent, el la reine, insultée par des pamphlets sanglants, s'enfuil avec sa cour à Saint-Germain. Aussitôt Paris se met en mouvemenl ; le Parlement, le clergé, lç corps de ville, votent des impôts, des levées de Iroupes, des amas d'armes: les seigneurs méconl mis de la cour viennent se mcllre à la tète de la révolte : parmi eu\ était
la belle duchesse de Longaeville, qui abandonna son hôtel de la rue Sainl-Nicaise | r aller
prendre sej ■ à l'Hôtel-de-Yille. La guerre commença : mais les bourgeois', bruyants et indisciplinés, s'enfuyaient à la vue des soldais royaux ; on riaitdes défaites comme des succès ; Srarroii. Harignv, Chapelle, Mézeray, jetaient dans le public d'innombrables pamphlets; le coadjuteur de lielz écrivait, intriguait, se battait; les femmes se mêlaient, .i^rc leurs amours, à toute celle révolte dégénérée.
On lii la pii\ Les troubles recommencèrent. Le Parlement demanda formellement b renvoi de Mazarin. Apre- de nombreuses émeutes, le ministre se relire; la reine venl le suivre; la foule s'v oppose el cerne le Palais-Royal. La régente, pour démentir le bruit de l'enlèvement du roi, est forcée d'admettre dans -es appartements les officiers des milices, uni iléiilenl silencieusement devant Louis \l\ endormi.
La guerre civile recommence ; mais elle devient la dernière campagne de la noblesse contre la royauté : Paris, don! les désirs de liberté ont été h étrangement dénatures, n'j joue plus qu'un triste rôle : ennemie de Mazarin, ennemie de ('.onde, que le Parlement a également déclarés criminels de lèse-majesté, elle ne s'inquiète de- années de la cour et du prince, de leurs mouvemenl-. de leurs combats, que lorsque toules deux se rapprochent de ses murs. Gondé, qui .-lait a Saint-Cioud, cherche 1 gagner Charenton el veut traverser Pari- : il se présente à la
porte de la Conférence ; les bourgeois le rep -eut; il est forcé de tourner les faubourg- du
nord, qui étaient fortifiés. Abus Turenne se porte contre lui et l'attaque dan- le faubourg Saint-Antoine. La bataille s'engage avec acharnement dans les rues, les maisons et les jardin-. Mazarin place b- jeune Louis \1V sm la terrasse d'une maison de Popincourl pour lui donner ce terrible spectacle qu'il n'oublia jamais. Les Parisiens étaient sur les muraille-, les pories fermées, inquiets d'une lutte qu'ils devaient paver cher, quel que fut le vainqueur; un grand tumulte agitait In ville; les bourgeois étaient opposés, le peuple favorable au prince rebelle, La bile du .lu, d'Orléans, made iselle de Monlpensier, voulait qu'on lui donnât un
refuge dans Paris : elle ameute la multitude, menace le conseil de ville, el se jette dans la Bs idle. Cnndé, avec sa petite armée de nobles, se défendait avec héroïsme; mais || allait succomber: soudain une décharge d'artillerie, pie-, pie a boni portant, jelle le désordre dans l'armée i il.- canon de la Bastille, c'csl Madi moiselle qui vient d'j mettre le feu. Eu
même temps la porte Saint- Vntoine s'ouvre : ('onde s'y jette avec ses soldais ; le canon de ta P> i-iille redouble, el l'armée du mi -,■ mol eu retraite.
HISTOIRE DE PARIS; xxvn
Coudé, réfugié dans Paris, voulut s'en rendre maître par la terreur : une grande assemblée s'élanl lomie à l'Hôtel-de-Ville pour amener une pacification, le prince, c|iii la \il favorable au retour du roi, ameuta la populace, qui se rua dan* l'Ilolcl, le saccagea et massacra cini|uarite bourgeois. Alors la ville fui livrée à la plus complète anarchie; mais le prince s'efforça vainement de rendre son pouvoir durable ; la bourgeoisie reprit le dessus, le força à s'exiler et demanda le retour du roi. Lacour rentra dans Paris et la traita san^ ménagement : on aboli! sis privilèges, on désarma sis milices, on brisa ses chaînes, on lui imposa une garnison royale cl des magistrats royaux; les registres du Parlement e| de l'Hôtel— de-Ville qui contenaient les actes de celle époque furent lacérés par la main du bourreau. Milices, chaînes, magistratures populaires, privilèges municipaux, ne lurent plus rétablis pendant toute la monarchie absolue. Paris lut tenue dans la soumission la plus complète, regardée continuellement avec défiance, annulée comme puissance politique : elle cessa même d'être le séjour de la cour, qui se tint dorénavant, d'abord à Saint-Germain, ensuite à Versailles. Cet état de choses dura cent trentesix ans; alors Paris se réveilla, et loules les libertés que la Fronde avait demandées, toutes celles qu'elle avait perdues, furent largement obtenues et reconquises. Le canon de la liaslille avait, en Kio2, tué le mari de Mademoiselle, qui voulait épouser Louis XIV ; le canon de la Bastille, en I7<S!I, tua toute l'ancienne monarchie ; et c'est de ce faubourg Saint-Antoine, spectateur indifférent de la bataille livrée entre la royauté et la noblesse, que devaient partir les plus terribles exécuteurs de l'une et l'autre de ces puissances.
Paris, désertée parla cour et privée de toute vie politique, n'en garda pas moins toute son importance, n'en augmenta pas moins sa splendeur et ses richesses, n'en prit pas moins, pendant le grand règne, un immense accroissement : sa population s'éleva à près de cinq cent mille aines; ou y compta cinq cents grandes rues, neuf faubourgs, cent places, neuf ponts, cl Vauban put dire d'elle : « Celle ville est à la France ce que la tète est au corps humain. C'est le vrai cœur du royaume, la mère commune de la France, par qui tous les peuples de ce grand Fiat subsistent, cl dont le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement.» De ce temps datent réellement L'administration de la police, l'éclairage cl le nettoyage des rues, le service des pompes à incendie, etc. Quant aux monuments, qui ne les connaît? qui n'a songe en visitant les Invalides, l'Observatoire, le Louvre, la place Vendôme, la place des Victoires, les portes Saint-Denis et Saiul-Marliu, à repeupler ces édifices des grands hommes du dixseptième siècle, à faire apparaître Louis XI \ avec le cortège admirable que Richelieu el Mazarin lui avaient préparé, à recréer par la pensée ce temps de gloire el de grandeur où nous étions la première nation de l'Europe, non pas seulement pour lui avoir diele la paix, mais par le respect qu'inspiraient aux autres peuples noire prééminence intellectuelle, les merveilles de nos arts et de noire industrie. Laissons donc ces superbes témoignages d'une grandeur qui s'en esl allée; négligeons même les fondations religieuses île celle époque, presque toutes destinées au soulagement des malades cl à l'instruction des pauvres, aujourd'hui détruites ou profanées, cl cherchons quelques lieux obscurs qui n'en méritent pas moins le souvenir de la postérité.
D'abord voici, sous les ; iliers des balles, la maison sombre et chélive qui a vu naître Mo-
lière : il « si ri, dit-on, dans la maison n" 54 de la rue Richelieu, en face de laquelle Paris
vient de lui élever un lardif monument. Dans la maison n" 18 de la rue d'Argenteuil , demeurait Corneille. Racine a habité pendanl quarante ans dans la maison n" 12 de la rue des
M is '. A voir les demeures modestes de ces grands hommes, on se ligure leur vie simple el
silencieuse, leur intérieur si calme cl si bourgeois, leurs éludes si larges, si sincères, dans une
chambre mal éclairée, sans ornements, garnie de quelques vieux livres; on croit assistera
I Dan, una lettre ■■ Boilcau, datée du camp de Gévrios, -\ mu 1692, il lui raconta la revue que le roi vïonl de passai
il.' m m armée, forte il ix-vîngl nu M'- homme enicmbto, lui quatre lignée, ■ i'i il il : a J'étale si las, si ébloui de voir briller
il' 1 1 Ide m 'm quel , i étourdi d'entendre des Lundi des n peltos fl il<'* tiuibalc i, qu'en vérité je Me laissais
luîrepar cheval, sans ivoii plu 'I illunl h ;otj' lu do toul n cœur que tons les gens que je voyais
eusoent été chacun dans leur eha c ou dam leur leur» fcunnoi el leun cntunl , cl i dans uni rue dos
vi Hun -, .i i m i t Ile. .
LE PIUII.K A PARIS.
leurs discussions savantes, candides, polies, sur le bean, sur le goût, sur la prééminence des anciens ou des modernes, sur la grâce el le libre arbitre, \ ieilleries aussi ridicules qu'inutiles, dit notre superbe littérature, el qui occupaient tontes les imaginations de ce panvre dix-seplième siècle. Qui ne voudrait revoir la chambre où Molière lisait le Bourgeois gentilhomme à si servante, nu bien conversait avec Vivonne el Despréaux, ou bien dévorait les larmes que faisaient conler les infidélités de la séduisaule Rejart? Qui ne voudrait revoir Corneille dans son quatrième étage, vivant isolé et sans valets avec son frère, si pauvre, loi dont le génie a donné des millions aui acteurs et aui libraires, qu'un jour, en sortant de chez lui, il s'arrêta pour faire ra] souliers par le savetier du coin? Qui ne voudrait revoir Racine, demi-gen-
tilhomme, demi-bourgeois, après avoir suivi le roi a l'armée ou à Fontainebleau, retrouvant
dan ménage ses filles Babet, Nanette, Fanchon el Vadelon, ou bien i nvoyant à son fils,
i l'ambassade de Hollande, «deux chapeaux avec onze louis d'or et demi, vieux, faisant cent quarante livres dix-sept sous si\ deniers, en l'avertissant d'en être bon ménager et de suivre l'exempli de M. Despréaux, qui vient de louchersa pension et de porter chez son notaire iliv mille francs pour se faire cinq cent cinquante livres de rente sur la ville? »
Pareille vie ne fut pas celle de Regnard, lils d'un traitant qui lui laissa une grande fortune : les voyages, le j'en, les festins, l'occupaient autant que les lettres. Il avait une maison a l'extrémité de la rue Richelieu, près du rempart, dans one partie de la ^ i I li- encore déserte el d'où l'on avait devant -ni la Grange— Batelière, grande ferme qui avait appartenu aux évèqucs ï\ 17T ' '**"■" **'^-:^U6^^ de Paris, la hutte Montmartre et le- champs
Homme d'argent et de plaisir, Regnard avait deviné hs lituv que préfèrent aujourd'hui la finance et la mode. Voici la description qu'il eu a faite :
Au bout de cette nie où le grand cardinal,
5'élève une maison modeste, retirée.
I> ait le chagrin surtout ne connaît point l'entrée L'œil voit d'abord ce mont dont les antres pr I Fournissent à Paris L'honneur de ses plafonds.
Ou de trente moulins les ail- s 'tendues
M'uppr- mu n! chaque jour quel vent chasse les nues.
Le jardin est étroit, mais les yeux, satisfaits,
S'y promènent au toin sur de vastes marais.
I est [â qu'en mille endroits laissant errer ma vue,
Je vois naître à loisir l'oseille et la laitue, etc.
Li - financiers marchaient déjà, à celle époque, de pair avec les princes : aussi la lable exquise el les wu< i lioisis de Regnard attiraient-ils chez lui, au moins autant qui' son esprit, les personnes les plus dislingui i - pai leur rang el leur goût, comme le duc d'Enghien, le prince de I lonli, le président Lamoignon, etc.
Non loin de la maison de Regnard, des hôtels commençaient a se bâtir, comme celui de
Luxembourg, quia fait place, il \ a quelques années, a la rue Neuve-Vivic ; mais le beau
1 h- n'allait pa ire -.• loger de ce i "le : . 'était le Marais qu'il affectionnait. Là, dans la
rue Pavée-Sainl-Antoinc, était le lai hôtel de Lamoignon, où ce grand magistral, l'ami di Racine et de Boileau, réunissait tous le. beaux esprits. Non loin de la était, dans la rue des
tournelles, la maison élégante de Nin le Lenclos, cette Aspasie moderne, dont las,,,,
epn iirienne professait déj i les opinions hardies du siècle suivant, el qui devina Voltaire. Daus
la rue Cullure-Sainte-Calhcri t. ni l'hôtel Carnavalet, b&li par Duccrccau cl par Mansard,
■' "' par J in Goujon, illustré par le séjour de mad de Sévigné. A ce nom, tout le dix-
HISTOIRE DE PARIS. wix
septième siècle nous apparait avec s. m goùl exquis pour les jouissances de l'esprit, ses conversations charmantes, ses femmes pleines de séductions, de grâces, de finesse : « Sociétés depuis longtemps évanouies, ilil Chateaubriand, combien vous ont succédé ! Lesdanses s'établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sur les pas de la joie! »
Achevons le Paris de Louis XIV par les maisons de deux grands personnages, maisons situées dans des rues obscures, où le dernier de nos huissiers refuserait d'habiter : c'est le n° 27 de la rue de la Tixéranderie, et le n° 20 de la rue des Hais. Dans la première, au deuxième étage, deux petites chambres ont été habitées par la veuve de Scarron : c'est là que sa beauté et son esprit lui attirèrent, malgré sa pauvreté, tant d'illustres visiteurs; c'est de là qu'elle est allée s'asseoir à côté de Louis XIV, et presque sur le trône de France. La deuxième était l'hôtel de Colbert; et elle porte encore sur sa face intérieure quelques sculptures relatives aux arts: le grand ministre l'avait achetée nu bâtie dans les commencements de sa fortune; on peut conjecturer sans crainte que dans les splendeurs de Versailles il regretta plus d'une fois le séjour de la rue des Hais.
Sous le règne de Louis XV, Paris garde la tranquillité politique à laquelle le grand roi l'avait façonnée, et ses rues ne sont le théâtre d'aucun événement. Exceptons toulelois la rue Quincampoix, qui vil les folies du système de La», l'hôtel de Nevers, situé rue Richelieu, où demeurait le grand financier, cl qui, après sa fuite, fut consacré à la Bibliothèque royale. Quant aux troubles e.xcilés par le jansénisme et les miracles du diacre Paris dans le cimetière Sainl-Mcdard, ils méritent à peine d'être mentionnés. Les monuments de cette époque sont peu nombreux : ce sont d'abord la llalle-aux-Blés, construite sur l'emplacement de l'hôtel de Soissons, l'hôtel des Monnaies, construit sur l'emplacement de l'hôtel de Nevers, l'École militaire, transformée aujourd'hui eu caserne cl en place forte; puis l'église Sainte-Geneviève, dont l'humble patronne de Paris a été chassée pour y mettre Voltaire, monument qui n'a plus de sens, temple de tous les dieux qui n'a plus de Dieu , nécropole des grands hommes où sont enterres les sénateurs de Napoléon ; enfin la place Louis XV, qui a vu presque autant de cadavres que les plus fameux champs de bataille, cadavres restés dans le tumulte des fêles ou lombes sous la hache révolutionnaire. C'est là qu'à la place delà slalue du monarque dont le lâche égoïsme a préparé le bouleversement de la France, s'esl élevé l'échal'aud où est mort son petit-fils; c'est laque, pendant la Terreur, une gigantesque slalue de la Liberté, les pieds dans le sang, a présidé aux sacrifices révolutionnaires ; c'est là qu'en 181-i les armées alliées ont fait célébrer une messe solennelle en expiation du sang versé sur celte place, que cinq cent mille hommes, venus de tous les coins de l'Europe, ont entonné le Te Detim de leur victoire sur la révolution. Aujourd'hui c'est la place de la Concorde : avec ses eaux jaillissantes, sa décoration d'opéra, ses statues, son obélisque, sa magnifique perspective, c'est la plus belle place du monde. Qu'elle reste à jamais digne de son nom ! digne des quatre grands monuments qui l'encadrent, la Madeleine, le Palais-Bourbon, les Tuileries, l' Arc-de- Triomphe I Ils semblent avoir été places là symboliquement comme pour rappeler à la France que les bases cl les conditions de sa grandeur sonl dans la religion, la liberté, la force du pouvoir cl l'amour de la gloire !
Lis édifices parlii uliers de celle époque sonl nombreux, mais peu féconds en souvenirs bisloriques. D'abord c'est l'Élysée-Bourbon, construit en 1 7 1 S par le comte d'Evreux, acquis par madame de Pompadour, et qui devint la voluptueuse résidence du financier Beaujon. Plus lard une sœur de .Napoléon l'habita; Napoléon y resta lui-même quelques jours après le désastre de Waterloo; ce fut le séjour du duc de Berry. De combien d'histoires, de plaisirs, de douleurs, ces s. dons magnifiques, ces délicieux ombrages n'ont— ils pas clé les témoins! — Nous nommerons ensuite l'hôtel de Richelieu, rue Neuve-Sainl-Augustin, n°30. Construit par- le comte de Toulouse, acquis par le duc d'Antin, il devint, en 1760, l'habitation pompeuse du seigneur qui résume Ions les vices cl les qualités de la noblesse du dix-huilièuic siècle.
Richelieu l'acheta, dit-on, avec les dépouilles du Hanovre, le meubla de chefs-d'œuvre, et \ ajouta île nouvelles constructions, parmi lesquelles ce lourd pavillon qui exisle encore sur le boulevard, ei qui a vu, peiiduul la révolution, les fameux bals des vit limes, — Enfin nous ci-
xxx LE DIABLE A PARIS.
lerons une panne chambre de la rue Plâtrière, n° 21, et un appartemenl somptueux du quai des Théalins, au coin de la rue de Beaune, d'où -ont partis la plupart des écrits qui ont bouleversé le monde : dans la première habitait Bousseau : dans le deuxième, Voltairel
Le théâtre prit pendant ce règne duo très-grande importance, et deviul nue sorte de tribune
politique : ans
goûl de la scène i empara si
tien de toutes les classes de la socii
que
les théâtres publics devinrent insuffisants et qu'il n'j eut pas d'hôtel de grand seigneur on de riche financier ou l'on ne jouât la comédie. La Comédie-Française avait passe de l'hôtel du Petit-Bourbon au Palais-Royal, puis dans nu hôtel de la rue Guénégaud, puis, en 1688, dans nu jeu de paume de la eue des Fossés-Saint-Gevmain, en face du cale Procope, qui était
le rendez-vi les beaux-esprits i elle 3 resta jusqu'en 177(1, et c'est là qu'elle attira la
[•oule avec les tragédies sentencieuses de Voltaire. L'Opéra, était au théâtre du Palais-Royal il \ resta jusqu'en I7S-J. Les Italiens continuaient a jouer à l'hôtel de Bourgogne des scènes chantantes et des arlequinades ; ils se réunirent en I7li:i à l'Opéra-comique, qui était h, a li luire Suint-Germain et qui linil par déposséder les bouffonneries italiennes. I 11 autre théâtre où courait la foule était celui de la luire Saint-Laurent, où Dancourt, Lesage, Dufresoy, Piron, répandaient les Unis de celle gaieté qu'on appelait alors française. On riait encore dans ce temps-là ; on se hâtait de rire ! Aujourd'hui la nation frivole est île venue sérieuse; riches et pauvres, ignares et savants, s'ennuient sur le même ton ; il nous foui pour nous intéresser, peur nous dérider, les tragédies de la cour d'assises el les orgies des bals masqués.
Outre les théâtres, il j avait alors île- lieux de plaisirs à bon marché, où le peuple trouvait facilement a s'amuser, où le beau monde ne rougissait pas de partager ses joie- : c'étaient les pimpantes guinguettes que notre civilisation a remplacées parles tristes restaurants. Les plus
fréquentées étaient les Porcherons. Voici quel étail ce lieu champêtre, qui a vu tant de joies folles, lanl de parties franches, qui a entendu tant de Dons-flons, tant de refrains graveleux. Toul l'espace compris entre la Ville-l'Evèque el le faubourg Montmartre était occupé par des champs cultivés, piaule- d'arbres fruitiers, bordés de haies vives, ayant à peine quelques maisons parmi lesquelles la ferme des Mathurins (rue de la Ferme), la ferme de l'BâtelrDieu nie Saint-1 azare, en face la rue de Clichj la tour des humes, moulin appartenant aux religieuses de Montmartre, la ferme Chantrelle (rue Chantereine 1, la Granoa-lïa/glieVe, etc. Il
était traversé par un chemin rue Saint-Lazare , bordé de cabarets, de m» - rustiques, de
jardins, etc., lesquels formaient le hameau îles Porcherons. Il lirait son nom d'un château dit aussi château du ( 05, situé rue Saint-Lazare, près de la ferme de l'Hôtel-Dieu, et qui avait été bâti par Jean Bureau, grand maître de l'artillerie sous Charles \ IL On en voit encore quelques restes, cl une porte ornée de sculptures, an n"'-i!*. La rue de Clich] s appelait, à
en le ' • 1 li ii. m. le chemin du Coq. On allait aux Porcherons par un chemin qui parlait du
boulevard cl portail plusieurs noms : chaussée des Porcherons, chaussée delà ferme de l'Hôtel- Dieu, chaussée de la Porte-Gaillon, à cause de la porte de Paris, en l'ace de laquelle elle s'oulirmin de la Grande Pinte, i cause d'un cabaret qui j élail situé, enfin chaussée d'Ântin, 1 . nusede l'hôtel d' \uin Bicbclieu, lequel avoisinail la porte Gaillon. Ce dernier nom lui
HISTOIRE DE PARIS. xxxi
csl resté, el il a été donné à tniil le «juarlior, i|ii,'iikI 1rs Porchcrnns sont devenus le quartier de la finance, dn luxe, îles arts, de la mode. Le premier grand hôtel construit dans la rue de la Chaussée-d'Anlin, fut celui de l'actrice Guimard, qui depuis appartint au banquier Perregaui et \ ieni d'être converti en magasin de nouveautés. Quand les guinguettes commencèrent à disparaître, les Frères Ruggiéri établirent le jardin de Tivoli, où ils donnèrent des spectacles d'illumination ; mais ce jardin ne devint à la mode que pendant la révolution. Que de félos somplueuses, de jolies femmes, de plaisirs, de feux d'artifice, \ onl mis le Directoire, l'Empire et la Restauration! Tout cela n'est plus : fusées, danses, amours, loul s'esl évanoui; frais ombrages, gazons fleuris, bosquets enchanteurs, loul a disparu devant le démon de la maçonnerie. et la vapeur règne à la place où les ballons, les montagnes russes, les concerts champêtres onl attiré la foule.
Sous le règne de Louis XVI. l'ardeur de progrès, qui animait le gouvernement comme la nation, enfanta, maigre l'orage révolutionnaire qui commençait a gronder, des fondations assez nombreuses : le collège de France, l'école de Médecim , le palais de Justice, la restauration de la fontaine des Innocents, la pompe à feu de Cbaillot, le pont Louis XVI, sont de celte époque. Le goût de la scène, qui se répand de plus en plus, fait bâtir les théâtres Français, de l'Odéou, de la Porte-Saint-Martin, Favarl, Fevdeau, de la Gaieté, de l'Ambigu-Comique, etc. On perce de nombreuses rues, on comble les fosses des anciens remparts, on débarrasse les ponls des maisons qui les surchargent, on transporte les cimetières hors de la ville, on assainit les prisons; mais l'opération la plus importante de cette époque est la construction du mur d'octroi et des cinquante-six barrières qui existent encore : il semblait que le gouvernement voulut préciser le lieu où allait éclater la révolution.
Les souvenirs historiques que rappelle Paris, à partir de cctle époque, sont trop vivants pour que nous les retracions : qui ne connaît les champs de bataille du | 1 juillet el du lOaoùl, du 9 thermidor et du 15 vendémiaire? Qui ne sait que le Figaro qui prédit la révolution demeurait dans une belle maison du boulevard Saint-Antoine, d'où il vil en tremblant la prise delà Bastille? que le vaincu du 9 thermidor était le commensal d'un pauvre menuisier de la rue Saint— Honoré? que le 18 brumaire esl sorti d'une maison élégante de la rue Chantereinc, bàlic par Condorcet, où se réunissaient les Girondins, qui fut habitée par Talma et enfin achetée par la veine de Beaubarnais? Esl-il besoin de rappeler les barbares du Nord campant sur nos boulevards, spoliant nos musées, renversant le vainqueur d'AusIerlilz île sa colonne? El puis, quinze ans après, les Parisiens relevant les barricades de la Ligue el de la Fronde, chassant encore un roi, trônant encore iiiv ruileries? Souvenirs sanglants, crimes politiques, vous apparaissez à chaque coin de rue, à chaque monument! Ici, c'est la machine infernale de la rue Saiiil-Xicaise; là, le coup de poignard de la rue Rameau; plus loin, la mitraillade du boulevard du Temple; d'un autre coté, le massacn de la rue Transnonain ! Oui nesail aussi toutes les ruines que, pendant la tourmente révolutionnaire, les passions du peuple oui entassées? Qui ne sait avec quel goût, avec quelle science l'Empire, la Restauration, el surtout notre époque, les ont réparées? (.rire aux travaux de nos Lescot, de nos Mansard modernes, Paris n'esl plus la ville de Philippe—Auguste et de Richelieu ; elle a perdu son aspect pittoresque du moyen âge, elle a dépouillé son costume féodal et >ri manières de la renaissance, pour se rouvrir de quartiers ueut-, de grandes nu-, de larges places, pour ouvrir de- marchés, des foulâmes, des abatloirs, de- égouts, pour édifier des monuments modernes : colonne de 1805, aie de Triomphe, ponts d'Austcrlilz el d'Icna, n'êtes-VOUS pas la pour témoigner de notre grandeur évanouie?
Bourse, Notre-Dame de Lorette, pénitencier de la Roquette, fort- détachés, n'étes-vous pas la pour témoigner le progrès de- arts ei le règne de la liberté? Cependant l'an- n'est plus, comme les autres filles, un entassement d'hommes et de pierres;
c'est la métropole de la civilisation moderne : les nations sont là qui écoutent ses moindres paroles, nui épient ses moindres mouvements, qui attendent d'elle la vie. Il suffit de quelques mots tombés de cette tribune du gi nn bumain pour éveiller riiez les peuples les plus éloignés des sentiments inconnus; les idées ont besoin de passer par sa bouche pour .noir droit de nie; le froncement de ses sourcils ébranle le monde. Que trois enfants parcourent les rues en élevant un lambeau tricolore sur un bâton, les trônes tremblent, les peuples s'agitent, les armées se mettent en marche ; le groupe menaçant s'en va jouer à la fossette, rois, soldais, naiions, tout rentre dans le repos.
Patrie d'Etienne Marcel, i ité de 89 et de 1830, foyer de la révolution française, les destinées son! glorieuses, mais qu'elles allument de haines ! Que de fois, depuis un demi-siècle, on a rêvé l'enchaînement ou la ruine de la nouvelle Babylonc? Qu<- d'imprécations el de colères les réprobations el tes sarcasmes ont excitées! Mais les enfants sont là qui serientdesmcnar.es de ees autres Brunswick ; et si des insensés voulaient tourner contre toi ces murs récemment élevés contre l'étranger, il suffirait de leurs propres pierres dans les mains deces David qui ni les nos, pour renverser ees impuissants Goliath el leurs misérables desseins.