‹ Le Diable a ParisChapitre 42 sur 123 · FLAMMÈCHE A SATAN · texte numérisé non relu

FLAMMÈCHE A SATAN

« Sire,

« Je reçois cette lettre bordée de noir, tachée de gouttes d'eau ou de » larmes (je ne sais lequel des deux , car chez ce peuple singulier quel- « ques humilies, dit-on, et beaucoup de femmes prennent leurs larmes

dans leur carafe); elle m'annonce une calamité publique, une perte à a jamais déplorable. Je me hâte de vous l'envoyer; puisse-t-elle égayer un ■ instant Votre Majesté. Les chagrins de la terre sont la joie de l'enfer. »

Plus d'un demi— siècle s'esl écoulé depuis qu'un homme de génie, honore, ce qui est bien rare, de la protection de son roi, éleva, pour les plaisirs du riche el du pauvre, un théâtre vraiment merveilleux. Là, jamais de sifflets el déchûtes, toujours des applaudissements el de la joie; point dfl

rivalités parmi les acteurs ; point d'intrigues de coulisses; point de relâche par indisposition. Le succès fut grand comme l'œuvre. La génération naissante envahit du parterre au cintre la salle de Séraphin ; Séraphin s'était fait un nom que devaient bégayer avec reconnaissance les générations à naître.

Une pensée philosophique avait animé Séraphin; il s'était dit : « Cornet ment passons-nous sur celte terre? comme des ombres. — Comment donc « représenter les choses d'ici-bas?... » Les ombres chinoises étaient créées.

Puissants ministres, orateurs foudroyants, poètes qui parlez si bien le langage des dieux, romanciers qui parlez si bien la langue des portières, acteurs et actrices qui recevez chaque matin de MM. X ou Z un brevet d'immortalité, vous-mêmes Flore, Georges, Lepeintre jeune (quoiqu'en disent des esprits légers qui ne s'attachent qu'à l'apparence), vous n'êtes que des ombres !

Quel utile enseignement! La Rochefoucauld, La Bruyère, Vauvenargucs et les autres moralistes ont moins contribué à l'amélioration de l'espèce en découvrant aux esprits déjà formés nos vices et nos faiblesses, que le bon Séraphin en faisant entrer cette seule vérité dans les jeunes intelligences.

L'idée première était profonde; les développements fuient heureux. Je ne citerai pas des scènes restées dans tous les souvenirs, mais je ne puis m'empêcher de rappeler ici quelques paroles pleines de sens et déraison, que répètent chaque soir des acteurs d'un nouveau genre, héritiers tic la sagesse de leur compatriote C.onfutzé :

Demande. Peut-on traverser la rivière?

Réponse Les canards l'ont bien passée

Leçon de logique.

/». Quelle heure est-il

/(. \ uici mon cadran solaire

Leçon de politesse.

l> Comment s'appelait ton père /; i c i le secret de ma mère

Leçon de discrétion

Ainsi partout, dans les détails comme dans I ensemble, de bons conseils . i i\ utiles maximes.

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