‹ Le Diable a ParisChapitre 43 sur 123 · SÉRAPHIN · texte numérisé non relu

SÉRAPHIN

Après le travail de ses compositions mécaniques et littéraires. Séraphin ne se reposa pas : il y joignit des marionnettes. Il voulut que ses jeunes amis eussent de bonne heure sous les yeux l'image exacte de ce monde dans lequel ils devaient vivre. C'était leur rendre encore un immense service.

D'où viennent en effet nos erreurs, nos faux jugements sur les choses et sur les hommes? de l'ignorance des causes. Il faut connaître les ressorts pour apprécier la machine.

Sur le théâtre parurent donc d'autres personnages, des grands et des petits, des habits brodés et des blouses , des robes de soie et des robes de bure. Tous se meuvent avec ordre : ce n'est pas leur intelligence qui les guide ; une force étrangère règle leurs mouvements dans un but qu'ils ignorent. Mais où est cette force invisible qui fait agir ainsi hommes d'Etat, généraux, sénateurs, écrivains et tutti quanti? — Où?... vous êtes bien curieux : respectez le secret de la comédie.

Quand ces acteurs ont assez sauté au gré des fds d'or ou de soie qui les dirigent, tous vont bientôt, leur rôle fini, se reposer dans le même néant : la farce est jouée.

Honneur à l'homme de bien, au philosophe-pratique qui créa de pareils tableaux pour le plaisir et l'instruction de ses contemporains et de la postérité ! Oui, honneur à son ombre et à ses ombres ! La mort jalouse nous l'a ravi, mais il vivra dans l'histoire ; il y prendra sa place parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Déjà peut-être quelque illustre écrivain rassemble les matériaux nécessaires pour élever à sa mémoire un monument digne de lui. En attendant, je ne sais quel rimeur vulgaire a composé la pièce suivante, pour attester au moins la moralité de l'œuvre si courageusement entreprise et si heureusement achevée par celui que nous pleurons.

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