‹ Le Diable a ParisChapitre 45 sur 123 · MOYEN FACILE · texte numérisé non relu

MOYEN FACILE

< l F F r K I \U\ JOURNAUX POUR PERDRE TOUS LEURS ABONNÉS.

* > 1 1 saii que les journaux, par une révolution opérée sous nos veux, onl remplacé le livre qui parconséquenl n'exisie plus, la chaire, la tribune, eten général tous les organes divers donl se servaient autrefois la raison, le lalenl el la vérité pour arriver au plus grand nombre d'intelligences. Sous son poids, centuplé par l'action <lr la vapeur, le pilon a écrasé toutes ces nobles choses, il les a broyées, réduites en pâte e! le cylindre les a ensuite roulées en feuilles, qu'on a enfin ployées en journaux. La métamorphose durera autant qu'elle pourra. C'est l'affaire de ce vieillard fantasque qu'on appelle le Temps, Toujours est-il que l'univers, h l'exemple de Cadet Rous-

152 LE TIKOlll DU DIABLE.

sel, a pris, depuispeu, cette livrée de papier gris. !)<•> gens s'en réjouissent, d'autres en pleurent. Les philosophes regardenl passer. Nous sommes heureusemenl de ceux-là.

Aussi est-ce sans haine que nous demandons à ne pas partager l'enthousiasme el le lyrisme de ceux qui voient tout l'avenir social dans la transformation d'une poignée de chanvre avec laquelle on eût tout aussi facilement l'ait une corde pour pendre les huguenots sous Charles IX, une bourre1 de fusil sous Napoléon, et dont on préfère aujourd'hui faire un journal. La corde et la bourre peuvent revenir. Ne vous y fiez pas. Sans nier ce qu'il y a de bon, nous avons nos raisons pour nous méfier de l'excellence et de l'infaillibilité du journalisme.

Donnez ces raisons. Soit.

Avec le journalisme, nous dit-on d'abord, il est de toute impossibilité que l'histoire ne soit pas désormais à l'abri du mensonge : premièrement, parce que, sans les journaux, il ne sera permis à personne d'écrire l'histoire;

en sec 1 lieu, paire (jue les journaux sont le miroir le plus limpide, l'écho

le plus sûr, la contre-épreuve la plus exacte îles faits contemporains.

N'est-ce pas là un grand, un immense avantage, inconnu aux époques prixées du bienfait des journaux'.' Répondez

Je reponds ; Cet avantage n'existe pas.

— Il n'existe pas '

— Non.

Prenons, je vous prie, un fait contemporain, d'hier, tiède encore, un fait très-grave cependant, un de ceux dont il faut, à tout prix, que l'histoire

s'occupe, et voyons s'il est donne à ce l'ait d'arriver à la postérité axée la candeur, la virginité que le journalisme doit, selon vous, lui conserver. Un jour je lis celte phrase dans les journaux :

o Le duc de Bordeaux a fait une chute de cheval et il s'est cassé la » jambe, o

Voilà un événement très-malheureux, me dis-je, mais que va— t-il s'ensuivre? Quelques mois d'attente me l'apprendront. J'attends. Enfin les

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