‹ Le Diable a ParisChapitre 94 sur 123 · HISTOIRE VÉRIDIQUE DU CANARD · texte numérisé non relu

HISTOIRE VÉRIDIQUE DU CANARD

de Paris, valent bien, certes, les aimables créatures contestées à Dieu par Voltaire.

Ceci est le canard fossile, protégé par la science, et qui a encore un bel avenir. — Les vieux savants avaient été moins loin en nous léguant le célèbre Homo diluvii testis, et les os gigantesques du roi Teutobocus. Mais qui égalera jamais l'histoire du poisson-évèque , péché dans la Baltique, qui fut présenté au pape et lui parla en latin ?

Les navigateurs antérieurs au seizième siècle en ont rapporté bien d'autres, sans compter l'Eldorado, le poisson kraken, qu'on prenait pour une île flottante, le vaisseau-fantôme, le dragon de Rhodes et le serpent de mer, tel qu'il a été o« par M. Jacques Arago.

Que ce dernier, le roi des canards, nous serve de transition pour arriver aux temps modernes.

Il fut encore une époque où les journaux n'étaient pas inventés, quoiqu'on eût trouvé déjà la poudre et l'imprimerie. Alors le canard tenait lieu de journaux. La politique avait peu d'intérêt pour les habitants des villages et tles campagnes; l'Hydre de l'anarchie, le Vaisseau de l'Etat, l'Ouragan populaire n'étaient pas encore capables d'émolivoir ces attentions ignorantes; elles se portaient plus agréablement sur des fictions moins académiques. — Le loup-garou, le moine-bourru, la bête du Gévaudan, tels étaient les sujets principaux que la gravure, la légende et la complainte se chargeaient d'immortaliser.

Ceci est du Louis XV ; mais déjà le sieur Uenaudot avait fondé la Gazette île France, et le sieur Visé le Mercure galant; — le canard allait avoir un domicile fixe... le journalisme était créé !

Le premier canard répandu par les journaux a été la dent d'or. Un enfant

était né avec une dent d'or; le fait fut constaté, prouvé, étudié par lesAcadémies; on publia «1rs mémoires pour et contre. — Plus lard il lui reconnu quels dent était seulement plaquée; mais personne no voulut croire à cette explication.

Il y eut encore l'accouchement phénoménal d'une comtesse de Hollande, unie d.' trois cents enfants, qui furent tous baptisés

Les journaux officiels s'augmentèrent peu pendant le dix-huitième siècle; le Journal <U Trévoux, le Journal des Savants, semèrent force canards scienlifiques dans la société d'alors ; les Mémoires secrets de Collé et le Recueil de Bachaumont ne négligeaient pas non plus ce sous-^enre intéressant.

La Révolution avait le culte du vrai. Le canard eût été dangereux à cette époque; on le garda pour des temps meilleur.-.

L'Empire en avait beaucoup connu (des canards) le long des temples de

karnae, sur les obélisques et iienéralement dans les pays étrangers La

grande armée en rapportait quelquefois dans ses foyers, mais en admettait extrêmement peu dans ses lectures.

11 était donné à la Restauration de réinstaller le canard dans la publicité parisienne. — Le premier et le plus beauaprès INI i fut la Gemme a la tète de mort.

Cciie créature bizarre avait du reste un corps superbe et deux ou trois millions de dot. Les journaux donnaient son adresse, mais elle ne recevait pas. (>n se tuait à sa porte, on soupirait sous se- fenêtres, on attaquait en vers et en prose sa vertu et ses millions. Plusieurs devinrent sérieusement amoureux et la demandèrent sans dot, pour elle-même. — Un Anglais l'enleva enfin, et fut très-désappointé de trouver, au lieu d'une tête de mort, une figure assez jolie, qui avait spéculé sur une réputation de laideur pour se faife trouver charmante. — 0 illusion!

Qui ne se souvient encore de l'invalide <i In télé de bois!

Les journaux se multiplièrent... le canard s'agrandit : le Constitutionnel, le Courrier et les Débals étaient encore bien petits cependant.

Hais dan- l'intervalle des sessions, durant les lon^s mois des vacances

politiques et judiciaires, ils sentirent le besoin de doi rà la curiosité un

aliment capable de soutenir l'abonnement compromis. Ce lui alors que l'on \it reparaître triomphalement le grand serpent de mer oublié depuis le

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