‹ Le diable à Paris: les Parisiennes à ParisChapitre 10 sur 35 · CONVERSATION ET CONSULTATION · texte numérisé non relu

CONVERSATION ET CONSULTATION

Flammèche était un diable de bonne foi, et qui ne tenait pas d'ailleurs à s'en faire accroire à lui-même ; — il avait donc bientôt reconnu que sa mission n'était point aussi facile à remplir qu'il se l'était imagiiu'. Le peu qu'il avait vu et entendu l'avait tout d'abord convaincu que, pour avoir été le secrétaire intime do Satan, et le diable le mieux instruit des secrets de l'autre monde, il n'en était pas moins dans le nôtre fort neuf en toutes choses.

Aussi, après avoir considéré dans le premier moment Paris avec la curiosité banale d'un entomolo giste examinant sous le verre de sa loupe une fourmilière quelconque, s'élait-il bientôt senti intércs i' par la singularité du spectacle qu'il avait sous es, yeux. Dans ces mouvements, en apparence si dcar-

donnés, il avait fini par distinguer une certaine symétrie ; et dans ces bruits, d'abord si confus, des voix et (les discours qui ne manquaient pas absolument de sens et d'harmonie. La scène n'avait pas grandi, mais les acteurs, mais la pièce, avaient pris des proportions raisonnables. Un mathématicien lui avait prouvé, par A -f B, que l'infini étant partout et dans tout, dans l'unité comme dans le nombre, un est aussi parfait que cent mille, et que la terre, par conséquent, est, sinon aussi grosse, au moins aussi digne de l'attention de l'observateur que toute autre partie plus considérable de l'univers, — ce qui revient à dire, avec raison peut-être, qu'un ciron vaut un éléphant, — et Flammèche avait trouvé sans réplique cette théorie de l'infini. Un métaphysicien lui avait démontré que les plus grandes choses sont contenues dans les plus petites, maxima in minimis; et un gamin, à qui il avait fait une question probablement par trop naïve, lui avait demandé, avec beaucoup de sang-froid,— s'il revenait de son village..

feef, Flammèche en était arrivé à s'avouer ingénument, ce qui était encore une naïveté — qu'il avait tout à apprendre avant de pouvoir rien critiquer.

Son parti avait été bientôt pris.

« J'apprendrai, se dit-il, fût-ce à mes dépens I o Et Flammèche, qui était intrépide, commença bra- \ement, non par le plus diflîcile, mais à coup sûr [mv

le plus dangereux , puisque tout â*abord , ainsi que nous l'avons dit, il était dev^u «fiioupeux.

L'Amour est im naître qui aè feit gràice à personne.

UNE CQNSULXATIOH.

La iecture du véridiqne et spiiitoel doemnent ^'on vient de lire sous cette rubrique : « Ce que c'est qvlune Parisienne, » confondit telleiaent toutes les idées que Flammèche amoiH^ux s'était faites des femmes en général , et de la Parisieime en particulî^, «t le jeta dans de telles perplexités, foe, voulant s'en tirer à tout prk :

« Baptiste, dit-il «n if ad^esBant en dépit de cause à son valet de chambre, répoDdsHBuOi : Que penses-tu des femmes?

-*- Mais , monsieur... dit Baptiste de l'air d'un homme pris au dépourvu.

— Dis toujours, reprit Flammèdbe; quepenses-to des femmes?

«—Dame, monsieur, dit enfin Baptiste, — c'est selon. »

Et il fut impossible de tirer de la bouche du sage Baptiste un mot de plus.

« Au fait, pensa Fiammècbe, ee garçon a raison, et sa réponse en vaut «une autre.

» Baptiste, je n'ai plus de cigares, » dit Flammèche.

OPmiOT« DÉFINITIVE DE BAPTISTE SUR LES FEMMES.

Baptiste, qiii était sorti un instant pour aller nhsY' cher des cigares, venait de rentrer.

« Que diable I lui dit encore Flammèche, qui avait fini par trouver que la réponse de son valet de chambre laissait quelque chose à désirer, que diable ! Baptiste, tu as dû être joli garçon ; il n'est pas possible que tu n'aies rien de mieux à répondre à ma question que les deux mots que tu viens d'articuler tout à l'heure. »

Et comme Baptiste, pour ne pas répondre c'est seliMy ne répondait rien du tout :

a Mais enfin, lui dit Flammèche, tu as été amoureux?

— J'ai été si jeune!...' dit Baptiste.

— Eh quoi 1 dit Flammèche, te repentirais-tu d'avoir aimé? »

Baptiste hésita un instant.

û II y a femme et femme, dit-il enfin.

— Comme il y a fagot et fagot, » dit en riant Flammèche, que le laconisme de Baptiste mit en bonne humeur.

Baptiste^ qui avait respectueoseaQeiat baissé les yeux pendant que son maxire l'inierrogeait, et qui les a\ait même fermés tout à fait, sans d(Mite peur se mieux reeueâlir quaad il avait eu à loi répondre, B>aptiste renteodant rire et ne comprenant rien à cette subite

40 LE DUBLE A PARIS.

gaieté, se hasarda alors à lever la tète pour en savoir le motif. Mais les regards de Baptiste ne rencontrèrent que le fauteuil vide de Flammèche.

Quant à Flammèche lui-même, il avait disparu!

Un autre que Baptiste eût été intrigué de cette incroyable disparition, car la porte n'avait point été ouverte, les fenêtres n'avaient point cessé d'être fermées, et l'appartement que Flammèche occupait dans l'hôtel des Princes, où il était descendu, avait toujours passé pour être parfaitement clos: un autre aurait cherché fious les tables, sous le lit, derrière les rideaux, partout enfin, si peu probable qu'il pût être qu'un ambassadeur s'y fût caché dans le seul but de causer une surprise à son valet de chambre. Mais Baptiste était un serviteur trop discret pour s'inquiéter jamais de ce que pouvait faire son maître, et pour scruter ses actions. Il se contenta de replacer le fauteuil dans un des coins du salon, de fermer le secrétaire, de ranger les papiers et de descendre à l'offlce.

Le lendemain Flammèche n'avait point reparu.

Un autre que Baptiste se serait dit peut-être : « Où donc monsieur a-t-il passé? » mais Baptiste, qiii était Allemand, et même Prussien, ne se dit rien du tout, et se borna à l'attendre.

Personne, on le voit, n'était moins bavard que Baptiste, puisque, contre l'ordinaire des gens qui par-

lent peu, il ne causait même pas quand il était tout seul.

Vers dix heures du matin, un domestique monta une lettre à Baptiste.

Cette lettre était de Flammèche.

Lettre de Flammèche à Baptiste.

« Mon hon garçon, lui disait Flammèche, je re- » viendrai quand je pourrai.

» En attendant mon retour, qui peut être prompt » et qui peut ne pas l'être, et tant que durera mon » absence, tu seras mon chargé d'affaires, — c'est à- » dire que tu auras soin d'ouvrir une fois par semaine, » tous les lundis, mon secrétaire; tu prendras, les

• yeux fermés, dans le tiroir du milieu, un des ma-

• nuscrits qui s'y trouveront, et après en avoir fait » un paquet proprement cacheté, tu auras à l'envoyer » (par la poste) au Diable, mon maître, en y joignant » les lettres à son adresse qu'il m'arrivera peut-être f de te fah*e passer pour lui.

» Te voici, par conséquent, mon cher Baptiste, » ambassadeur par intérim; c'est la moindre des » choses, comme tu vois; ne t'effraye donc pas, 9 mais sois exact, tu as à faire à un maître qui ne sait » pas attendre.

» JV. B. — Parmi les manuscrits qui s'offriront à » ta vue, ne va pas t'aviser de choisir; prends au ha«

» sard I — Il n'y a de juste, il n'y a d'impartial — que B le hasard I

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