AVEC LES VIEILLES MAITRESSES
Ouvrez le spirituel Horace, le mordant Juvénal, ou Ovide, et vous vous convaincrez qu'à Rome les maîtresses ne pouvaient sortir que du rang des esclaves. Aussi étaient-elles loin de représenter, par l'autorité, la fantaisie, le caprice souverain, la maîtresse parisienne, qui vous choisit avant que vous ne l'ayez choisie. Au premier pli du front, au plus léger sillon à l'angle des tempes, au moindre changement de nuance dans la pureté du teint ou l'émail bleuâtre des dents, le maître la renvoyait à sa maison des champs, à ses cuisines ou au service du bain; et il s'en occupait ensuite autant que de la iouve de Romulus.
Ce qui ôtait chez les Romains toute saveur à ces liaisons particulières, c'est le mépris qu'affectait la loi envers les femmes affranchies cl les femmes esclaves. Elles étaient si peu considérées, que le mari qui les fréquentait publiquement ne passait pas pour adultère. Aucun opprobre, aucune flétrissure ne l'atteignait. Or, comme le nombre des femmes esclaves et des femmes affranchies étrusques, grecques, africaines, juives. formait l'immense majorité des femmes marchant sur le pavé de Rome, l<- concubinage \ était aussi étendu que peu remarqué.
On voit (pie la maîtresse antique n'a rien de commun avec la maîtresse parisienne, si magnifiquement personnifiée dans celle qui osa dire un jour ;i son amant : « Quand lin irez- vous de me compromettre? VOUS ne cessez de vous montrer en public avec votre femme. »