‹ Le Diable à ParisChapitre 46 sur 188 · POURQUOI · texte numérisé non relu

POURQUOI

Pourquoi, souvent, ceux qui parlaient le plus haut à Paris se taisent-ils tout à coup?

Le ruisseau voisin, dont le murmure m'importunait, se tait depuis qu'aucun obstacle n'embarrasse son lit; sur les rouages du moulin qu'il fait mouvoir, un peu d'huile fut à propos versée, et j'ai cessé d'entendre le bruit strident qui blessait mon oreille.

Le silence a donc une cause, mais elle est quelquefois ditlicile à découvrir.

J'ai vu des hommes, adversaires bruyants de certains ministres, blâmer bien haut leur système, déclamer contre les abus, flétrir de honteuses faveurs, dénoncer des marchés scandaleux:, condamner des manœuvres corruptrices, et j'avais pour ces hommes une haute estime. Quelques mois après, rien n'était changé, si ce n'est leur conduite : le mal était le même, mais ils ne le voyaient plus, ils ne voulaient plus le voir.

Quel prodige opéra cette métamorphose? Quel enchanteur ferma tout à coup tant de bouches menaçantes?

Je m'adressais cette question, qui pour moi resta longtemps insoluble. Le hasard, auquel sont dues presque toutes les découvertes, m'a donné, je crois, le mot de l'énigme; de même que les médecins physiologistes découvrent dans les entrailles des animaux les mystères de la vie humaine, de même dans les actions d'un chien j'ai trouvé l'explication du fait qui m'avait tant surpris.

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